Ton Père qui voit dans le secret te le rendra / Cendres / Une homélie

Ce soir, mes amis, nous entrons dans ce beau temps du carême.
Ce temps propice à la conversion. Ce temps favorable pour laisser le Père scruter notre cœur. Pour nous laisser regarder. Il est venu le temps de faire la vérité sur nous-même.

Ce soir il est question de regard dans l'Evangile de Matthieu
"Ton Père qui voit dans le secret te le rendra."
Je propose que nous nous arrêtions sur ce regard. Sur ces regards.
Dans les trois invitations de Jésus pour devenir juste, nous retrouvons une opposition entre le regard des autres que certains essayent de capter et le regard du Père dans le secret.
Le regard est important pour nous. Outre le fait que parfois nous aimons être regardés, admirés, le regard nous fait exister.
Parfois, des personnes ont un sentiment d'exclusion car elles sentent sur elles des regards qui se détournent. De fait, le regard est une composante importante de l'intégration sociale. Je pense à ce SDF que nous évitons. A cette personne handicapée devant laquelle nous baissons le regard. Les actes de violence que nous ne voulons pas voir.
Imaginons-nous dans la peau de l'homme invisible. Personne ne porte le regard sur nous dans la rue. Personne ne nous salue sur notre lieu de travail. Plus personne ne se soucie de nous. Nous sommes comme morts. La folie nous guette comme cela est raconté dans le livre d'Herbert Georges Wells. Et cette folie peut aller jusqu'à la violence et le meurtre.
Dans le texte de Matthieu, il n'est pas question de ce genre de regard. Il s'agit de capter le regard des autres et de forcer l'admiration. Le regard des autres est retenu prisonnier par des artifices, la musique, le bruit, l'attitude. C'est l'autre versant de notre péché. Parfois nous ne voulons pas regarder et par ailleurs nous cédons de temps en temps au désir d'être admirés.
Le temps du Carême nous invite à nous défaire de tous nos artifices pour faire la vérité en nous devant le Père.
Pensons à Jésus qui n'a pas soigné son image, comme on dit. Pensons à ce qu'il donne à voir de lui sur la croix. Lui qui n'a pas péché, est identifié au péché. Parce qu'il est cloué sur le bois de la croix comme un malfaiteur.
Jésus nous invite à nous débarrasser de cette tendance pour laisser venir sur nous, le regard du Père. Il s'agit de découvrir un regard plein de tendresse et de miséricorde. Il s'agit d'être vrai car le Père nous connait. Il sait ce qui est de l'ordre de l'ombre chez nous.
Et si, en se mettant en vérité devant le Père, le cœur ouvert, viennent les larmes, soyez consolés, ce sont de belles larmes qui purifient.
Ce regard, les Evangiles en parlent abondamment. Jésus pose de nombreuse fois son regard sur ceux qu'il rencontre.
Le regard du Christ s'adresse à chaque personne en particulier. Ainsi il s'adresse à Zachée sur lequel il lève les yeux et le rejoint dans sa maison.
Il lève son regard sur la femme adultère qu'il ne condamne pas.
Il pose son regard et aime le jeune homme riche qu'il ne juge pas.
Il regarde Pierre dans les yeux et ne l'accable pas en dépit de sa trahison.
Il pose même son regard sur les pharisiens avec lesquels il partage des repas. Les pharisiens qu'il enseigne et qu'il admoneste sans les rejeter.
Son regard est un enseignement vivant qui nous permet de nous interroger sur notre regard. Sur quoi portons-nous notre regard ? Comment regardons-nous les autres et les événements ? Quel regard portons-nous sur nous-même ? Comment nous laissons nous regardés, scrutés par Dieu ? Comment laissons-nous la lumière nous rejoindre ?
Dans un instant, nous allons recevoir une marque sur le front. Cette marque, nous allons la recevoir avec de la cendre. La cendre c'est un résidu, un résidu de lumière. La cendre c’est de la lumière qui a disparu.
Dans la nuit de Pâques, nous recevrons un cierge allumé. Ce cierge sera la lumière du Christ que nous porterons.
Entre temps, nous disposons de quarante jours pour vivre comme des saints. Comme nous le proposait Calixte dimanche dernier. Nous avons quarante jours pour vivre un saint Carême.
Laissons venir la lumière. Chassons l'ombre qui empêche le regard de faire lumière.
Je propose pour cette entrée en carême de chasser en nous la cendre qui obscurcit la lumière.
Je propose de nous retirer du regard des hommes, pour mieux sentir sur nous le regard du père.


N’aie pas peur ! Laisse-toi regarder par le Christ,
Laisse-toi regarder car il t’aime (bis)
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre

Appelés à faire de notre relation aux autres le reflet de la sainteté divine / Mt 5, 38-48 / Une homélie du Père Koulaté


 
Voici une belle affiche pour ce 7e dimanche ordinaire, le dernier avant l’entrée en Carême de cette année.
Elle contient tout à la fois notre identité chrétienne, indissociable de notre identité sociale ; elle nous révèle à nous-mêmes et elle rappelle que nous sommes, dans le monde, appelés à être missionnaires de la sainteté divine.
1.      Appelés à la sainteté
Qu’est-ce que la sainteté ?
Sans nous embarrasser d’envolées intellectuelles et de démonstrations théologiques, retenons simplement la conception paulinienne, qui me semble très universelle comme le terme lui-même.
Alors que chez les Hébreux l’on assimilait la sainteté strictement à Dieu et aux lieux de sa demeure (Jérusalem et le Temple), ou bien, chez les Grecs, à des lieux redoutés et objets à l’égard desquels on éprouve une crainte respectueuse, Paul, lui, applique le mot à des vivants :
« Paul, apôtre du Christ Jésus, par la volonté de Dieu, aux saints et fidèles dans le Christ Jésus qui sont à Ephèse » (Ep 1, 1).
« Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience » (Col 3, 12).
On peut multiplier les exemples.
La conception de Paul est en réalité l’usage du Nouveau Testament qui applique la sainteté à des vivants, des hommes et des femmes de tous les jours. Et cet usage témoigne d'une étonnante évolution, marquée par une compréhension très profonde du message du Christ : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ».
Alors que Luc opte pour le terme "miséricorde", Mathieu préfère l’adjectif "parfait" pour désigner la sainteté : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Cette invitation peut nous paraître incroyable, prétentieuse et nous amener à nous demander comment le Seigneur peut-il nous assigner un objectif aussi haut. Assurément, le Christ ne nous incite pas à singer le Créateur dans une ridicule imitation. Il nous invite au contraire à nous vider de notre vanité, à laisser s'évaporer nos prétentions et nos ambitions, même les plus légitimes, pour laisser nos vies être transfigurées par le Père en les habitant par sa présence. Comme vous pouvez le constater, « la perfection divine n'est pas une abstraction. Elle est une réalité concrète qui se révèle dans notre monde ». Car le Père habite le monde.
Ne perdons pas de vue que depuis dimanche dernier, nous méditons le sermon de Jésus sur la montagne : ce discours qui, par la densité de son contenu, mais aussi par sa place et sa longueur (il couvre 3 chapitres) est bien le premier des 5 que Mathieu attribue à Jésus. La station de Jésus sur la montagne est l'expression symbolique de l'habitation divine dans notre monde. « Dieu fait homme montre aux hommes que Dieu est présent en leurs vies. Dieu se manifeste dans sa Création par la créature faite à son image ». Dès lors, frères et sœurs puisque nous avons été appelés à être configurés au Père saint, n’oublions pas nous sommes aujourd’hui les missionnaires de la sainteté dans le monde.
2.      Missionnaires de la sainteté dans le monde
Comment, concrètement, annoncer aujourd’hui la bonne nouvelle de la sainteté :
-          Dans un monde où la religion est continuellement suspectée, où les avancées de la science et de la technologiques défient les fondements de la foi et rivalisent avec le Créateur dans leurs inventions ?
-          Dans un monde à où la violence et la contrainte sont devenues le langage des puissants, des forts, si bien que ne pas riposter c’est manquer de caractère.
-          Dans un monde où les relations entre les hommes sont empreintes de haine, ou tout au moins de méfiance ?
Moïse avait fondé un droit qui représentait déjà, en son temps, une considérable humanisation des rapports sociaux ; c’est la loi du talion, qui venait limiter la vengeance et mesurer la juste compensation d’une offense : un œil (et non pas 2) pour un œil ; une dent (et non pas une mâchoire) pour une dent abîmée.
Mais Jésus énonce aujourd’hui une solution radicale : « Ne pas riposter au méchant ». C’est une voie révolutionnaire pour ceux qui ont choisi la sainteté comme style de vie et qui savent désormais que le coup "justement" rendu n’est pas une fin, mais le début d’une réaction en chaîne de la violence. Tel est l’exigence du Royaume qui appelle à vaincre le mal par l’amour et suppose une dilatation du cœur de l’homme désormais ouvert à tous. Même aux méchant. Car sur eux aussi, le Seigneur fait lever son soleil ; et même aux injustes, il accorde les bienfaits de la pluie.
Le pape François avait donc raison de dire que « la sainteté c'est une qualité du regard qui fait que dans l'autre je ne vois pas d'abord le mal mais la manière dont il est aimé par Dieu ».
Et si Mathieu préfère parler de "perfection", c’est que pour lui la miséricorde étendue jusqu’à l’amour de l’ennemi constitue cette perfection attendue des fils.
Être missionnaires de la sainteté dans le monde aujourd’hui sera pour nous, frères et sœur bien-aimés, d’ordonner notre vie à l'évangile de la miséricorde pour nous mettre au service du monde et de la société. Personnellement et collectivement. Pénétrés de la sagesse rayonnante de Dieu, récusons avec courage toutes les fausses sagesses qui ne contribuent qu’à ériger des murs entre les hommes et à inoculer le venin de la haine sous toutes ses formes : raciale, religieuse, sociale,).
Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse. Amen.
Père Calixte Koulate

Contre son frère/ Mt 5 17-37 / Une homélie

(...)
Ça change quoi le surgissement du frère ?
Le surgissement du frère dans nos vies, marque la fin du Deux pour ouvrir le temps du Trois.
Le Christ, en nous faisant entrer dans une filiation nouvelle, en nous donnant un Père, nous retire d’un monde binaire, il nous fait entrer dans un monde trinitaire, un monde dans lequel il faudra désormais compter jusqu’à trois : Dieu, moi, et mon frère.

La fraternité que nous donne le Christ comme Fils, n’est pas celle des frontons de nos mairies.
Celle-là est une fraternité sans Père, c’est une fraternité « de principe », une fraternité de théorie, c’est une fraternité qui compte jusqu’à deux : il y a ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas.
Méfions-nous de ne pas transformer la fraternité évangélique, c’est à dire reçue sans cesse d’un autre, en cette fraternité volontariste dont nous serions les seuls artisans.

Ce que Jésus inaugure avec ce simple balancement dans le langage : « on vous a dit… et moi je vous dis » c’est une révolution, disons une conversion… un retournement.
Il n’abolit rien de la Loi, il la rend parfaite, complète, accomplie.
« vous avez appris… et moi je vous dis »
« Je vous dis » parce que je suis la Parole elle-même.

Vous avez appris qu’il y avait du deux, et moi je vous dis qu’il y a du trois
Vous avez appris qu’il y a l’eau et le feu
Et moi je vous dis que Dieu peut faire surgir le feu du milieu de l’eau,
comme pour Elie, comme pour le baptême à venir.

Vous avez appris qu’il y a la vie et la mort.
Et moi je vous dis que vous ignorez ce qu’est la vie et que la mort n’est pas ce que vous croyez.
Je vous dis que Lazare dort, et que ceux qui ne gardent pas ma Parole sont morts,
je vous dis que la vie véritable n’a rien à voir avec celle qui vous quittera bientôt.

Vous avez appris que le pain n’est que de la farine et de l’eau.
Et moi je vous dis que lorsqu’il est mêlé à de la Parole et du souffle, il devient un corps,
un corps qui n’est pas celui que vous connaissez,
un corps qui se donne et qui fait de nous des Fils… des frères.

Entrons joyeusement dans ce mystère
Avançons sans crainte dans cette Loi parfaite,
elle nous empêche de nous payer de mots et nous demande de consentir à la Parole véritable…
Avec elle, Dieu se glisse entre mon frère et moi.
Avec elle, mon frère se glisse entre Dieu et moi.

╬ Amen
Sylvain, diacre





Vous êtes la lumière du monde / Mt 5 13-16 / Une homélie

"Vous êtes la lumière du monde." Jésus adresse à ses disciples cette phrase célèbre Il la prononce après les béatitudes sur la montagne près du lac de Tibériade.
"Vous êtes la lumière du monde." C'est aussi à nous que Jésus s'adresse, nous les baptisés, nous les disciples d'aujourd'hui, nous qui nous réunissons non pas sur une colline mais dans cette église de Gradignan parce que nous avons décidé de le suivre.
"Vous êtes la lumière du monde." Il y a de quoi se sentir flatter ce dimanche. On pourrait presque se prendre pour des lumières. Alors que ce qui nous est demandé c'est seulement d'être des lampadaires efficaces comme nous le disait ici même, il y a quelques années, le père Jean-Loup Ducasse.
Car oui, il s'agit de porter haut la lumière du Christ. Et ce n'est pas rien.
Ce n'est pas rien et cela peut même effrayer. Et cela nous effraie car nous nous pourrions interpréter cette parole comme étant appelés à être des porte-étendards et à arpenter la ville tel un Jonas appelant à la conversion dans la ville de Ninive.
Et bien non, il s'agit juste d'être la lumière du monde en toute modestie.
Pour cela, le texte d'Isaïe de ce dimanche peut nous éclairer, si je peux me permettre ce petit jeu de mots…
" Alors ta lumière jaillira comme l’aurore," nous dit le prophète. Pour cela, il propose de partager son pain, d'accueillir celui qui n'a pas de toit et de vêtir celui qui est nu. Et surtout, le prophète ajoute de ne pas se dérober devant son semblable.
En fait, pour faire briller la lumière, il faut prendre soin de son frère et pas seulement des plus démunis. Prendre soin des autres, voilà une manière simple et efficace de ne pas mettre la lumière sous le boisseau. Les manières sont multiples de prendre soin les uns des autres. Et je suis certains que tous ici vous faites briller la lumière du Christ à votre manière.
Bien sûr dans le service du frère, il y a les associations caritatives. Elles ont toujours besoin de bénévoles. Ce service n'est pas facile mais un fardeau quand il est partagé devient tout de suite plus léger.
Il y a aussi les visites des malades, des personnes âgées, les personnes seules. Je connais une personne dans mon quartier qui fait cela, hors de toute structure, en toute discrétion, seulement avec son cœur.
Il y a la pièce qu'on donne aux personnes qui tendent la main à l'entrée de l'église, ou bien simplement leur dire bonjour, leur sourire, leur donner l'occasion de se sentir semblable.
Et puis, il y a une action primordiale pour prendre soin de ses semblables. Il ne faut pas oublier la prière. Le prophète ne dit-il pas : "Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra". Prier pour ceux qu'on aime, pour ceux qu'on n'aime pas, pour ceux qu'on ne connait pas, voilà une autre manière de faire jaillir la lumière sur le monde. La petite Thérèse avait découvert dans cette action sa mission. Elle priait pour ceux qui ne croient pas. Elle a prié pour un condamné à mort afin qu'il se convertisse avant de passer à la guillotine.
Enfin, judicieusement Isaïe nous adresse une recommandation utile pour notre humilité. Je le cite : "Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche." La justice, ce n'est pas nous. La justice, elle ne nous appartient pas. La justice elle n'est pas avec nous. La justice il s'agit de la suivre. La justice c'est le Christ. Le christ, il ne nous appartient pas. Dans nos vies, nous sommes appelés à suivre le Christ, et l'étendard, qu'il ne s'agit pas de porter, c'est la gloire du Seigneur qui ferme la marche.
Alors comme Paul dans sa lettre aux corinthiens nous pourrons dire que ce n'est pas avec prestige que nous annonçons le Christ, ce n'est pas pour notre propre gloire mais nous l'annonçons dans la simplicité de nos vies, avec nos faiblesses et nos écarts.
Nous sommes porteurs de lumières dans le soin à nos frères et dans la joie de suivre le Christ.
Voilà pourquoi, je vais une nouvelle fois dire sur nous ces paroles car elles nous font du bien. Je vais nous les adresser de nouveau pour qu'elles pénètrent notre chair et touchent notre cœur. Je vais les faire reposer sur nous comme une action de grâce pour toutes les petites actions qui dans nos vies font jaillir la lumière du Christ. Je vais les redire pour que nous les accueillions dans l'humilité de nos vies :


"Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde."


Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Dimanche de la Parole de Dieu 2020 / Mt 4 12-23 / Une homélie

(...)
Il faut entendre le récit tel qu’il nous est donné à lire :
Jésus passe / il appelle / on le suit.
Ces hommes le suivent parce qu’il les appelle. C’est tout. L’appel suffit.
C’est en entendant sa voix que ces hommes laissent tout et le suivent.
C’est à sa Parole qu’ils répondent.
Jésus parle, et la vie de ces hommes bascule
Jésus parle et nos vies basculent

Jésus c’est le verbe fait chair, c’est la Parole de Dieu dans la chair.
Donc quand Jésus parle, la Parole de Dieu se fait entendre.
Ces hommes le suivent parce qu’ils ont des oreilles, parce qu’ils sont réceptifs à Dieu-qui-parle.
Ils ont perçu dans cette voix la présence de Dieu pour eux, pour leur vie...
Et qu’importe le message, car comment comprendre en effet cette promesse étrange de devenir « pécheur d’hommes » ?
Tant pis si l’on ne comprend pas, c’est la voix qui percute, c’est la Parole qui soulève.

Où en sommes-nous avec la Parole de Dieu ?
Où en sommes-nous avec l’Ecriture ?
(...)

La lecture, ce n’est pas une affaire d’intellos, c’est une affaire d’amoureux !
On ne lit pas l’Ecriture pour en trouver le sens et devenir des savants, (encore moins pour y trouver un code de la route, ou un supplément de loi), mais pour permettre à la Parole de celui qui nous aime de percuter nos vies…
Pour laisser au Seigneur la voie libre pour travailler nos chairs.

Il y a mille manières de lire, mais s’il s’agit d’entendre, rien de plus efficace que de lire avec d’autres… parce que le Seigneur se tient aussi dans mon frère.
Parce que lire à plusieurs, ça donne de la voix, ça permet que la Parole résonne parfois, sans qu’il le sache, dans la voix de mon frère…

Par sa Parole, Jésus fait de ces hommes dans leurs barques, des disciples.
C’est la Parole qui fera de nous des disciples.
Et si nous voulons être disciples-missionnaires, et bien invitons à la lecture !

Rejoignez des groupes, créez des groupes, faites lire les enfants, les ados, lisez chez vous, lisez à deux, chantez l’Ecriture, mâchouillez la Bible, apprenez des bouts d’évangile par cœur !

- Que personne ne dise « ce n’est pas pour moi », les pécheurs sur leur barque ne disent pas « ce n’est pas pour moi »
- Que les hommes ne disent pas « c’est un truc de femmes » ! ou alors qu’ils viennent m’expliquer ce mystère.
- Que les jeunes ne disent pas « c’est un truc de vieux » !
- Que les vieux ne disent pas « j’ai déjà fait le tour de la question » !
- Que personne ne dise « nous ne pouvons pas lire tout seuls, il nous faut un maître »
Faites confiance au texte lui-même, respectez-le, laissez-le faire, ne cherchez pas quelqu’un qui parlera à sa place… nous ne sommes ni de Paul, ni d’Apollos ni de Pierre… ni de Fabien ni de Jean-Pierre et encore moins de Sylvain, mais du Christ.

Si nous ne scrutons pas le Christ dans sa Parole, nous nous inventerons un christ
Si nous nous inventons un Christ, il sera à notre image et nous annoncerons un faux Christ
Et si nous nous inventons un Christ, à quel corps viendrons-nous communier ?
Et puis si nous ne scrutons pas la Parole dans les Ecritures, comment la reconnaîtrons-nous quand elle se mettra à parler ailleurs ? dans nos frères, dans nos chairs….

Ayons conscience, avec François dans sa lettre, que « nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Ecriture sainte et du Ressuscité ».
ne les séparons pas, ils marchent ensemble.

╬ Amen
Sylvain, diacre

L'Agneau de Dieu / Jn 1, 29-34 / Une homélie

La partie inaugurale de la vie publique de Jésus est marquée par une série de témoignages forts, comme pour attester l’authenticité à la fois de sa mission et de son identité de Messie et de Fils de Dieu : en tant qu’accomplissement des promesses divines que l’évangile de Jean résume en ces termes : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn. 3,16).
Dimanche dernier, au baptême de Jésus, alors que l’Esprit-St descendait sur lui sous la forme corporelle d’une colombe, la voix du Père tonnait : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis toute ma joie » (Mt 3, 17).
On peut bien comprendre que ce soit le Père qui rende le tout premier témoignage sur Jésus, d’autant plus qu’il est la source et l’origine même de la mission dont est investie le Christ.
Aujourd’hui, c’est Jean le Baptiste qui, à la suite du Père, rend témoignage à Jésus en nous dévoilant son identité et sa mission à travers deux attributs sur lesquels je vous propose de porter notre méditation de ce jour.

1. Jésus est « l’Agneau de Dieu »
« Voici (dit Jean-Baptiste) l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».
L’identification de Jésus comme « Agneau de Dieu» est inédite. Elle ne se retrouvera dans l’évangile de Jean qu’au verset 36 de ce même chapitre 1er, lorsque le Baptiste présentera Jésus à ses propres disciples. De fait, c’est le titre de la première adhésion à Jésus dans l’Évangile, par lequel les premiers disciples de Jésus (André et, probablement, Jean) demeurèrent avec lui lorsqu’il leur fut introduit par leur premier maître, Jean le Baptiste.
Pour le comprendre, il faut noter que la référence à l’agneau a ses fondements dans l’Ancien Testament. Et dans cette vision grandiose du Baptiste au bord du Jourdain, semble avoir été convoqué ici Tout l’Ancien Testament, en partant déjà d’Abraham qui avait prédit à son fils Isaac que : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste » (Gn 22, 8).
Pour les spécialistes de la Bible, 3 principales fonctions se dégagent de la référence à l’Agneau : 
 

* Soit il s’agit de l’Agneau décrit par Isaïe (53,7) : « Comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis muette devant celle qui la tondent, il n’ouvre pas la bouche ». Et dans ce cas Jean verrait en Jésus la figure du Serviteur Souffrant qui prend sur lui la condition pécheresse du monde.


* Soit il s’agit de « l’Agneau immolé et dressé » de l’Apocalypse qui, d’après St Jean, est capable de remporter la victoire sur le péché et la mort (Ap. 5,6 ; 14,10; 17,14).

* Soit il s’agit de « l’Agneau Pascal » : Toujours selon Jean et cette fois dans l’évangile (19, 14), Jésus est crucifié à l’heure où les prêtres commencent à sacrifier les agneaux pour la fête de Pâque).  

Et si l’on ne perd pas de vue que l’évangéliste écrit à une époque postérieure à l’événement de Pâques à destination d’un auditoire qui vit une forte instabilité religieuse et sociale entraînant une importante crise spirituelle, on comprend plus clairement le lien qu’il établit entre Jésus-agneau pascal et ce peuple : la Gloire de celui-ci rejaillira sur ces derniers qui auront persévéré pour demeurer fidèles.

Mais est-il possible de dissocier, d’isoler chacune de ces significations d’«Agneau de Dieu» sans tronquer la réalité de cet attribut de Jésus? Clairement non.

Car l’attribut d’ « Agneau de Dieu » a une densité et une profondeur telles que l’on ne peut s’autoriser à le réduire. D’ailleurs, l’on ne saura jamais le sens précis de la formule dans la bouche de Jean-Baptiste. Et ce n’est pas plus mal. Car au moins, nous savons l’essentiel : C’est que « Jésus est l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » !

C’est-à-dire qu’il est le Serviteur de Dieu qui prend sur lui et assume nos fragilités et nos misères humaines, nos fautes et nos péchés. En ce sens, « Le Christ-agneau porte, supporte et emporte le péché du monde » parce que, pour nous et à notre place, il se met à la merci de tous les prédateurs de tous poils : sociaux, politiques, économiques, sexuels…, qui aujourd’hui incarnent le péché du monde en s’en prenant au plus faibles et aux plus petits.

Mais ce n’est pas tout.
Il est aussi « l’Agneau immolé et dressé », c’est-à-dire celui qui nous donne force et pouvoir de dominer les attractions de nos contingences humaines et les chaînes de nos esclavages multiformes qui nous tirent toujours vers le bas. Car il est lui-même vainqueur du mal sous toutes ses formes.

Mais pas seulement.
Il est encore « l’Agneau Pascal », l’agneau glorieux dont la gloire rejaillit sur tous ceux qui auront cru et vécu à la lumière de son message. 

En désignant ainsi Jésus « Agneau de Dieu » (et souvent l’iconographie présente Jean Baptiste le doigt levé vers Jésus), Jean a terminé sa mission : il est venu annoncer Jésus, dans son incarnation, sa mort et sa résurrection. Il peut laisser toute la place à Jésus. Dans quelques instants le prêtre reprendra le paroles de Jean en présentant la sainte hostie : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Saurons-nous le reconnaître comme tel ?

2. Jésus est le « Fils de Dieu » 
« Moi, (dit Jean le Baptiste) j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Ce témoignage du Baptiste est le couronnement d’une version toute personnelle du baptême de Jésus, différente de celle des autres évangélistes.

Dans la version de Jean, c’est Jean-Baptiste qui voit l’Esprit descendre sur Jésus. Ses yeux de chair voient un homme qui se met dans la file des pécheurs pour se faire baptiser alors qu’il n’en a pas besoin : « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi ». Et la révélation de Dieu lui donne de reconnaître en Jésus le « Fils de Dieu ».

Jésus, « Fils de Dieu », s’est fait homme pour que nous devenions fils de Dieu nous aussi. Voilà le témoignage de Jean Baptiste. Voilà ce que nous croyons en recevant le baptême. Nous sommes les enfants bien-aimés du Père. Nous sommes toute sa joie… Voilà ce qui se passe quand nous descendons dans le baptistère, quand nous versons ou faisons verser de l’eau sur la tête des enfants ou des adultes en disant : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Nous devenons Fille ou Fils de Dieu.
Mais nous avons souvent du mal à témoigner de notre filiation divine, parce que nous avons peur du regard des autres, de l’indifférence des autres, voire même de la différence avec les autres ; ou bien nous doutons que Dieu demeure en nous.

Pour Jean donc, Jésus est « l’Agneau de Dieu », celui qui préexiste, le « Fils de Dieu » rempli par l’Esprit St.
C’est par Jésus seul que nous pouvons vraiment nous tourner vers Dieu, comme il l’a fait lui-même en consacrant toute sa vie à l’œuvre divine. En coulant notre volonté dans sa volonté, nous offrons au Seigneur le véritable sacrifice qu’il attend de nous.

Jean-Baptiste en témoigne ; sa mission y trouve tout son sens. Voici qu’aujourd’hui le Fils bien-aimé prend à son compte les paroles du psaume : « Dans ma bouche, le Seigneur a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. Tu ne demandais ni holocauste, ni victime, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens!’».

C’est encore lui qui parle, en reprenant les mots d’Isaïe : « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. » Par le baptême d’eau et d’Esprit, nous sommes enfants d’un même Père, donc frères dans le Seigneur et avec lui. Si le Christ s’applique à lui-même la phrase du prophète, combien nous rejoint-elle aussi ! Alors, j’ose vous le redire, à vous tous et à chacun en particulier : « Oui, tu as du prix aux yeux du Seigneur, ton Dieu est ta force !»
Puissions-nous, ensemble, en réponse à l’amour du Père et avec Jésus, dire : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté ! ».

Amen.

Père Calixte Koulaté