L’Esprit Saint reste pour nous sans visage. Son iconographie est décevante, insignifiante…Le Christ lui a donné le nom de ’Paraclet’ [celui que l’on appelle à son secours] (Jn 14, 16-17 ; 16,7) mais ce nom signifie sa fonction à l’égard des hommes, non à l’égard du Père et du Fils qui n’ont pas besoin d’appeler au secours. Ce nom ne nous dit pas ce qu’il est en lui-même.
Les deux premières Personnes sont révélées par une relation significative et bien différenciée. Le Fils est né du Père. Le Père donne tout au Fils et le Fils reçoit tout du Père. Mais l’Esprit-Saint, qu’est-ce qui le définit ? Quelle est sa relation aux autres Personnes ? On l’a appelé ‘Le Dieu inconnu’. Mais c’est plutôt méconnu qu’il faut dire. Car il a été bel et bien révélé et sa trace est perceptible, non seulement dans toute la Révélation, mais dans toute la création et dans toute l’histoire de l’Église, où il est l’objet d’une expérience cohérente. Il réalisera des œuvres plus grandes que les siennes, promettait Jésus (Jn 14,12).
L’Esprit Saint n’est pas seulement ‘l’exégète’ du Christ, l’interprète qui le révèle, il est en quelque manière sa revanche sur le monde où Dieu fait homme n’a pas fait brillante carrière. Sa vie a été humainement un échec… Sa part était de partager le malheur des hommes et de donner ainsi la preuve du ‘plus grand amour’ (Jn 15, 13). C’est de ces racines profondes qu’a jailli l’Église. Mais c’est l’Esprit-Saint qui l’a fait naître, à la Pentecôte. Le Verbe incarné a été jugé et condamné par le monde. L’Esprit-Saint, envoyé, a déjà commencé à juger et condamner le monde, de l’intérieur, par la vie même qu’il y suscite (Jn 16, 7-12) …
Le propre de l’Esprit-Saint, c’est sa nouveauté. Il n’est pas novateur, ni révolutionnaire, ni même réformateur par l’extérieur, mais il renouvelle tout par le fond… Le paraclet est secret…il est discret…Il s’efface devant le Christ pour l’éclairer de sa lumière, il s’efface devant nous pour éveiller notre liberté même… Comme une présence intime vivante, une lumière sur le Christ, sur le monde et sur nous-mêmes, car il est en nous, au plus profond, non seulement comme notre créateur, mais comme source vive (Jn 4,14 et 7, 37-39), source cachée, qu’il s’agit de capter sans trop savoir dans quelle mesure notre énergie vient de nous-même ou de Lui.
Veni sancte Spiritus… Viens Esprit-Saint, remplis le cœur de tes fidèles…
René LAURENTIN in ‘L’Esprit Saint, cet inconnu’ Fayard 1997. Extraits pp 15-19

