L'historien de l'Antiquité peut donner un
contenu sociologique à ce qui est devenu un concept usuel de l'ecclésiologie,
celui d’ « Église domestique », et faire réfléchir aux leçons de l'histoire.
L'exercice est d'autant plus périlleux que la « maison » n'a jamais été un
concept simple, non plus que la « famille », comme en témoignent les lexiques
grec et latin. En grec, langue des communautés chrétiennes jusqu'à la fin du
IIe siècle, la « famille » était désignée par le mot ‘oikos’ qui mettait
l'accent sur une unité d'habitation incluant des biens et des personnes, tandis
qu'un terme apparenté, ‘oikia’ [qui a donné œcuménisme NDLR], le faisait porter
sur les gens et la structuration communautaire. Paul, comme ses contemporains,
emploie l'un et l'autre.
En latin, le même mot ‘domus’ désignait un
habitat familial ainsi que le groupe plus ou moins étendu qui y demeurait ;
pris au sens de « maisonnée », il était plus utilisé que ‘familia’.
L'expression « Église domestique » s'inspire d'une désignation latine technique
– ‘domus ecclesiae’, la « maison de l'Église » - inventée au XXe siècle pour
rendre compte des plus anciens lieux chrétiens connus, identifiés dans des
maisons particulières. Dans la mesure où les aménagements architecturaux
reflètent les comportements sociaux, on a étendu ce concept à une forme de
l'Église et à une période de son histoire, celle des origines.
Ainsi
reconnue comme le cadre et la modalité de la première évangélisation, l'Église
« domestique » est aujourd'hui proposée comme une alternative aux célébrations
communautaires publiques, en cas d'impossibilité, mais surtout comme un modèle
de lieu de vie chrétienne résistant au monde séculier : « faire Église en sa
maison », c'est vivre à I ‘échelle intime et particulière ce qui est maintenant
en place dans l'Église universelle. L'histoire peut-elle se répéter ?
Replacer
la première mission chrétienne dans son cadre authentique conduit à inventorier
les potentialités de la maisonnée antique, avec toujours le même souci d'éviter
les anachronismes. La maisonnée antique ne se réduisait pas à la famille
nucléaire, mais rassemblait un groupe plus large, comprenant les époux, les
enfants, les domestiques et toutes les personnes vivant sous le même toit.
Envisagée sous l'angle du droit et celui du vivre ensemble, elle permet
d'examiner de nombreuses questions et conduit à s'interroger sur les relations
qui s'établissaient entre ses membres ainsi que sur la structuration
communautaire d'un groupe diversifié. Les maisonnées chrétiennes
fonctionnèrent- elles comme un laboratoire d'expériences et d'idées quand il
s'est agi de confronter les enseignements de l'Évangile et l'amour du prochain
avec un droit et une pratique fondée sur l’autoritarisme ?
Marie-Françoise BASLEZ
« Histoire des premières
communautés chrétiennes »
- pp14-15- -Éditions TALLANDIER
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