Deuxième vendredi de Carême 2023 / Conter la Bible

"Conter la Bible" nous entraine dans les aventures d'Isaac et de Jacob au livre de la Genèse

Premier vendredi de carême 2023 / Françoise Ladouès

Un grand Merci à Françoise Ladouès pour ce survol de l'Histoire de l'Eglise.
 

Ce que vous faites pour devenir des justes / Mt 6 1-18 / Homélie des cendres


Lors de la rencontre du 8 février de cette année, les adultes, qui se préparent au baptême pour Pâques 2024, nous demandaient en quoi consiste le carême.
Chaque interrogation dans le cadre des rencontres du catéchuménat est une occasion pour les accompagnateurs de se remettre en question. Il s’agit de donner des réponses simples et compréhensibles pour des adultes qui ne baignent pas dans la culture catholique.
C’est donc pour nous, les vieux cathos, comme le dit Mgr James, l’opportunité de chercher en nous les réponses au-delà de la culture. Il s’agit de donner des réponses qui nous engagent. Les réponses, quand elles sont ajustées, font de nous des témoins du Christ.

Pour ce mercredi des cendres, jour qui nous introduit dans le carême, nous les baptisés sommes invités à entrer en nous-mêmes pour répondre à la question : « c’est quoi le carême ? ».

Le carême est le temps offert par la liturgie de l’Eglise pour retrouver le sens profond de notre baptême en nous rapprochant de Dieu, en nous invitant à nous convertir.
C’est pour cela que c’est aussi le temps où ce précise, pour les catéchumènes, le chemin vers leur baptême.
Cécile, Cyndie, Pauline, Alex, Benjamin et Yannick vont recevoir de l’évêque le dimanche 26 février l’appel décisif à leur baptême. A partir de ce moment, nous les chrétiens de Gradignan, nous les baptisés de Gradignan, sommes invités à cheminer à leur côté. Ce sera pour les catéchumènes un témoignage. Ce sera pour nous les baptisés une occasion de vivre en disciple du Christ.

Pour vivre en disciple, Jésus nous invite à la rencontre en vérité de ceux qui croisent notre chemin. Il nous demande d’aimer, de faire preuve de charité, c’est cela faire l’aumône. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » Il s’agit là de convertir notre cœur. Il s’agit de s’ouvrir à l’autre au lieu d’en avoir peur. Il s’agit de comprendre ses difficultés plutôt que de juger.


L’autre moyen de vivre en disciple de Jésus, c’est de prier. Humblement, nous pouvons nous tourner vers le christ en reconnaissant notre pauvreté et lui demander de nous apprendre à prier. « [Jésus] était un jour quelque part en prière. Quand il eut fini, un de ses disciples lui dit : Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » La prière nous situe à notre vraie place par rapport à Dieu. La prière quand elle se fait véritablement accueil de la volonté du Seigneur, transforme notre vie. Elle nous convertit. La prière, quand elle se met à l’écoute de Dieu, nous convertit. Ainsi, la conversion n’est plus un effort que nous gagnerions à la force de nos bras mais un don de Dieu.

Enfin, pour le carême et pour témoigner de notre baptême, nous sommes invités au jeûne. Jeûner, c’est chercher ce qui est essentiel dans nos vies. Préparés par le partage fraternel et la prière, nous sommes prêts pour nous tourner vers le Seigneur en nous débarrassant de ce qui encombre nos vies. Il s’agit de ne garder que ce qui est nécessaire, l’essentiel pour vivre. Il ne s’agit pas de rentrer au monastère mais de se désencombrer de ce qui nous détourne de Dieu. Le carême invite les baptisés à entrer en eux-mêmes pour chercher dans les racines de leur baptême ce qui vit, ce qui palpite, ce qui est réellement précieux.

Pour le carême, nous avons les trois pistes que le Christ nous invite à suivre quand il nous dit : « Ce que vous faites pour devenir des justes ».

Dans un instant, nous allons recevoir de la cendre sur notre front. Nous entendrons ces paroles : « convertis toi et crois à l’Evangile ».
 
Seigneur, que ces paroles pénètrent notre chair comme la cendre marque notre front !
Seigneur que ces paroles qui accompagnent les cendres guident les pas des baptisés sur le chemin du carême !
Seigneur que ces paroles qui accompagnent les cendres fortifient les catéchumènes vers leur baptême !
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Tends-lui l'autre / Mt 5 38-48 / une homélie

Qui sont mes ennemis ?
Puisqu’il faut les aimer, qui sont-ils ?
Il y a bien des gens que je n’aime pas… est-ce que ce sont eux mes ennemis ? Non, ça ce sont les ennemis que je m’invente, que je me construis. Est-ce que j’ai des ennemis ? … j’ai beau chercher, je n’en vois pas. Des gens qui me voudraient du mal, des gens qui me feraient la guerre….

Mais un ennemi, ce n’est pas ça, l’ennemi, c’est simplement le contraire de l’ami, c’est simplement celui qui ne m’aime pas.
Alors oui il y a des gens qui ne m’aiment pas. Aimer ses ennemis, c’est aimer les gens qui ne nous aiment pas. C’est donc sortir de la logique du miroir, du donnant-donnant : tu m’aimes/je t’aime. Tu me donnes/je te donne. Tu me fais du mal/je te fais du mal. Œil pour œil/dent pour dent.

La logique du donnant-donnant, c’était ce que nous avions appris. C’était la leçon bienvenue de la loi qui mettait fin à l’escalade de la vengeance.
Mais c’était la loi inaccomplie, la loi sans la voix, sans celui qui vient et qui ouvre la bouche pour transformer l’Ecriture en Parole, pour faire basculer le monde de la Lettre à la présence d’un Corps.
Œil pour œil dent pour dent, au fond, il se pourrait que ça reste notre idéal de justice, que notre monde continue de tourner sur cette logique, sans se l’avouer bien sûr, en arrondissant un peu les angles, mais de la cour d’école à la cour d’assise, nous n’en sortons pas tout à fait.

Alors quand non seulement on ne rend pas la première gifle reçue, mais qu’on semble se rendre disponible pour une deuxième, c’est l’irruption du plus grand désordre. C’est même scandaleux.
Cette parole de Jésus est probablement celle qui aura fait le plus ricaner le monde au sujet des chrétiens. Faut-il être stupide pour non seulement ne pas se défendre, mais en redemander ? Celui qui ferait cela serait au mieux un gros naïf, au pire, quelqu’un qui aimerait souffrir, une sorte de sado-maso catho.
Jésus nous demanderait de provoquer la violence contre nous-même pour faire de nous une victime héroïque, tout en encourageant l’autre dans sa violence, et en l’enfermant dans son rôle de bourreau ? Si c’était ça, ce serait une perversion.

Avez-vous remarqué que le texte ne dit pas « tends-lui la joue gauche », ni même « tends-lui l’autre joue » ? Non le texte dit « tends-lui l’autre »... L’autre on ne sait pas quoi.
A celui qui te frappe sur la joue droite, propose-lui de l’autre.
A celui qui s’attend à recevoir du même, propose de l’autre.
De l’autre pour un œil, de l’autre pour une dent. Partout où il y a du même, partout où règne le miroir, suscite de l’autre, du différent, de l’inattendu, de l’inouï.
A celui qui en veut à ta tunique, donne aussi le manteau qu’il ne te demande pas. A celui qui comptait se débarrasser de toi au bout d’un kilomètre, reste encore un kilomètre de plus avec lui.
Aime celui qui ne t’aime pas.

Il ne s’agit donc pas ici de devenir « gentils », ni de devenir des héros doloristes, ni d’être des imbéciles heureux obéissants à une loi absurde. Il ne s’agit surtout pas de « faire semblant », dispenser un amour de façade, mettre les formes, sourire sur commande.
Il s’agit d’entrer dans une logique qui n’est pas celle du monde, mais celle du Père. Il s’agit d’entrer, et de faire entrer les autres, dans une filiation nouvelle.
Une filiation qui ne fonctionne pas dans le miroir, qui refuse l’équilibre d’une égalité fermée sur elle-même.
Aimer ceux qui nous aiment, c’est bien, c’est normal, c’est du bon sens, et ce n’est pas trop difficile. Aimer ses ennemis, c’est scandaleux, c’est impossible, c’est absurde, c’est de la folie.
« Que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage ».(1Co3 18)

Jésus veut que nous soyons parfaits de la folie parfaite du Père ! Il veut que cette folie soit une déflagration pour le monde.
Sortir du miroir, c’est ouvrir le monde à la possibilité de l’autre, du Père lui-même. Il nous appelle non pas à être gentils, mais à être fous. Car « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ».(1Co3 19)

Et si nous nous sentons incapables de répondre à son attente, si aimer nos ennemis nous semble au-delà de nos forces, si nous nous sentons pauvres et démunis face à ça, raccrochons-nous à cette phrase de la lettre de Paul. Apprenons-la par cœur, gravons-la en nous, qu’elle ne nous quitte pas, qu’elle nous revienne sans cesse en mémoire :
Tout vous appartient : que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. (1Co3 21b-23)

Amen
Sylvain, diacre

"Lecteurs d'Evangile"

Un nouveau site pour se plonger dans des lectures de l'Evangile attentives aux détails.

Pour écouter (ou ré-écouter) et se laisser entrainer sur un chemin de lecteurs.

Une source précieuse à partager !

lecteursdevangile.fr

La lumière du monde / Mt 5 13-16 / Une homélie

« Le Seigneur soit avec vous ! »

Cette adresse au peuple de Dieu rassemblé intervient plusieurs fois de la part des célébrants, évêque, prêtre ou diacre, au cours de la célébration de l’Eucharistie, comme dans d’autres situations liturgiques.
L’assemblée s’adressant à son tour au ministre répond « Et avec votre esprit »
Connaissons-nous le sens de cet échange ?
S’agit-il d’une formule d’amabilité ou de mondanité liturgique ?

Par ces quelques mots le ministre rappelle que c’est le Christ ressuscité qui préside nos assemblées. Il se donne à nous par notre rassemblement, par sa Parole et le don de son corps et de son sang auxquels nous communions.
Les ministres sont pour leur part signes et serviteurs de cette présence. Et quand vous répondez « et avec votre esprit » vous demandez qu’opère en eux l’Esprit Saint reçu à leur ordination.
C’est la lettre de Paul aux Corinthiens qui m’a orienté vers cette introduction liturgique.

« Frères, quand je suis venu chez vous je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ ce Messie crucifié »

Le Christ est au centre de nos célébrations, au centre de notre vie.
Dans la liturgie c’est Dieu qui est à l’œuvre et il nous associe à son œuvre de salut pour l’humanité. La liturgie nous unifie et nous donne des repères pour, ensemble, en Eglise, devenir un seul corps et aller au centre du mystère du Christ ressuscité.
« Le Seigneur soit avec vous », vous tous, membres des équipes liturgiques, sacristines et sacristains, servants d’autel, chantres et choristes, fleuristes… et aussi ceux qui entretiennent l’église, vous tous qui œuvrez pour que nos célébrations nous portent. Que le Seigneur soit au centre de votre action et de vos vies

Paul s’exprime à propos de son rôle de prédicateur
« Mon langage, ma proclamation de l’Évangile n’avaient rien d’un langage de sagesse, mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient pour que votre foi repose non sur la sagesse des hommes , mais sur la puissance de Dieu »
Quand personnellement commence la préparation d’une homélie je peux dire comme Paul, « je suis craintif et tout tremblant ». Je m’appuie sur un écrit du Pape François dont le sujet et autant la liturgie que la prédication.

« La Parole transforme le cœur et oriente notre vie vers le Seigneur. La prédication n’est pas l’expression d’une opinion, d’une théorie elle n’est pas un discours théologique, elle ne sert pas de bulletin d’informations ni une tribune.
Il ne s’agit pas de nous mettre sous l’autorité de nos goûts, nos tendances, nos préférences mais sous l’unique Parole de Dieu qui nous façonne et c’est elle qui nous rend annonciateur de la Bonne nouvelle. »
« Les trois sources de la liturgie comme de la prédication sont : Histoire du Salut, (l’œuvre de Dieu) la Parole de Dieu (Le Verbe fait chair) et le cri monde »

Annonciateurs de la  « Bonne Nouvelle »
« Vous êtes le sel de la terre...Vous êtes la lumière du monde »
Sel et lumière n’existent pas pour eux-même. Ce qui compte c’est la terre, c’est le monde. Cette Parole nous met à la suite des apôtres en situation de missionnaires ; Nous ne sommes pas témoins pour nous-même. Nous qui recevons la Parole de Dieu nous devenons sel et lumière pour ce monde. C’est un envoi, Voilà qui nous remet à notre place…

Sel de la terre nous sommes là pour révéler aux hommes le sens, la saveur de la vie.
Être lumière du monde c’est selon l’expression de l’Evangile être au service de nos frères.

C est aussi le sujet de la première lecture.
Isaie appelle le peuple à ne pas se contenter du culte (jeûne) mais à vivre l’Alliance au quotidien. Et il est précis, il appelle à des gestes de libération et de partage, de solidarité, de soutien : en un mot des geste d’amour. « Là où est l’Amour, là est Dieu »- « Ubi Caritas… »
Alors nous sommes à l’image de Dieu, A notre petite mesure nous reflétons sa lumière.
Nous savons combien dans nos tribulations terrestres le sel peut s’affadir, et la lumière faiblir, surtout si nous ne nous appuyons que sur notre parole (sagesse des hommes) ou si nous pensons diffuser notre propre lumière.
Dans son discours Jésus nous a donné un chemin. L’extrait de ce jour est situé juste après les Béatitudes. Être sel de la terre et lumière du monde c’est vivre selon l’esprit des Béatitudes, c’est-à-dire à l’opposé de l’esprit du monde. Vivre selon les valeurs d’humilité, de douceur de justice, en artisans de paix.
Nous ne sommes pas rassemblés pour nous, pour nous qui sommes ici. Nous n’avons pas reçu la Parole pour nous seuls. Nous ne communions pas au corps du Christ juste pour notre salut individuel, mais nous sommes envoyés au monde ….

Que le Seigneur soit avec nous

Robert Zimmermann , diacre