Célébration pénitentielle / Deux méditations

 "L'arbre de la Croix indique le passage"

Luc 19, 1-6

01 Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
02 Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
03 Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
04 Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
05 Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
06 Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.

Zachée monte-t’il sur l’arbre parce qu’il est petit ? L’excuse est aisée. Zachée se cache dans l’arbre. Il est comme enfermé dans son péché. Zachée se positionne en hauteur pour éviter le mépris qu’il ressent venant de la foule. Il se sent regarder de haut par ses concitoyens.

Alors « Jésus leva les yeux. » Jésus lève les yeux sur Zachée. Il lève les yeux sur le collecteur d’impôt qui s’enrichit sur le dos de ses concitoyens.

Jésus ne porte pas un regard condescendant sur Zachée le pécheur. Il lève le regard vers lui et déjà, il y a comme un germe de pardon. Jésus ne demande pas à Zachée de descendre. Jésus ne prononce pas de reproches. Il lève les yeux et ainsi révèle la dignité en Zachée. Zachée celui qu’on regarde de haut reçoit le regard de Jésus qui le relève.

Quand, nos fautes nous rapetissent. Quand la honte nous emprisonne et nous pousse à nous cacher. Jésus lève les yeux sur nous et notre péché se révèle à nous, nos manques d’amour, notre égocentrisme.

Et Jésus, nous appelle par notre nom, comme Zachée, nous sommes connus, nous sommes reconnus.

L’appel de notre nom nous invite au mouvement. Il nous invite à descendre de nos certitudes. Il provoque notre conversion.

Jésus lève les yeux sur moi. Jésus m’appelle. Jésus m’invite au pardon.

Seigneur Jésus,
toi qui as levé les yeux sur Zachée,
lève ton regard sur moi.
Seigneur Jésus, viens me rejoindre,
là où je me cache
là où j’ai honte.
Seigneur Jésus, donne-moi le courage de descendre,
et la joie de t’accueillir chez moi.
Dominique

Ezéchiel 31

01 La onzième année de la première déportation, le troisième mois, le premier du mois, la parole du Seigneur me fut adressée :
02 « Fils d’homme, dis à Pharaon, roi d’Égypte, et à sa multitude : À qui te comparer dans ta grandeur ?
03 Voici : un cèdre du Liban avait une belle ramure, des branchages produisant de l’ombre, et une taille si élevée que son sommet était au milieu des nuages.
04 Les eaux l’ont fait grandir ; l’Abîme qui lui a donné de croître faisait couler ses fleuves autour du lieu où il était planté, et dirigeait ses canaux vers tous les arbres de la campagne.
05 Ainsi sa taille était-elle plus élevée que celle de tous les arbres de la campagne, ses surgeons s’étaient multipliés, ses branches, allongées, grâce aux eaux abondantes qui coulaient vers lui.
06 Dans ses rameaux nichaient tous les oiseaux du ciel, sous ses branches toutes les bêtes sauvages mettaient bas, et à son ombre habitaient de nombreuses nations.
07 Il était beau par sa grandeur, par l’ampleur de son branchage ; ses racines s’étendaient jusqu’aux eaux abondantes.
08 Les cèdres ne l’égalaient pas dans le jardin de Dieu, les cyprès n’étaient pas comparables à ses branches, ni les platanes à ses rameaux ; aucun arbre dans le jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté.
09 Je l’avais rendu beau par l’abondance de ses branches ; tous les arbres d’Éden, dans le jardin de Dieu, le jalousaient.
10 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce qu’il a haussé sa taille, parce que son sommet atteint les nuages, que son cœur s’est élevé avec orgueil,
11 je le livre aux mains du tyran des nations qui le traitera selon sa méchanceté. Je l’ai chassé.
 
 

 

 Planté sur l’abîme, mon péché grandit.

Ce qui l’irrigue et le nourrit, c’est l’orgueil.
L’orgueil en source inépuisable.

Ses racines se fortifient, son tronc s’élève, ses branches de déploient.
Il envahit tout, prend toute la place, fait de l’ombre à tout.
Mais moi, je ne le vois pas.
Ou plutôt, je crois qu’il est là depuis toujours,
qu’il est désormais impossible de l’abattre.

Et me voilà partagé :
D’une part la terreur de le voir basculer,
car pourrais-je survivre à sa chute ?
Quels dégâts va-t’elle entraîner ?
Que vais-je faire de tout ce ciel dégagé ?
Et d’autre part, on s’habitue à tout…
et même, au fond, j’ai appris à vivre avec… et pas si mal.
Il fait bon vivre à l’ombre de son péché…
On s’arrange
On attend
Et à force d’attendre, on ne le voit plus…
Immense, planté là, multipliant ses repousses…
Il suffit de regarder ailleurs.

Orgueil à nouveau
Orgueil toujours

Au matin de Pâques, en voyant le Seigneur, certains auront cru voir le jardinier.
Alors laissons faire le jardinier,
laissons-le faire tomber l’arbre d’orgueil.

Il épuise le sol, il cache la lumière, il ne porte aucun fruit.
Quand il sera tombé, on s’apercevra tout étonné qu’il était tout petit, on verra qu’il était creux, un arbre de carton, un décor de théâtre.

Qu’il fasse place nette à l’arbre qui vient
L’arbre du Salut
L’arbre du pardon
Sylvain

Je suis la résurrection et la vie / Jn 11 1-45 / Une homélie


Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus se tient devant le tombeau de Lazare. Pour ceux qui accompagnent Jésus au tombeau de Lazare, la mort a eu le dernier mot. Tout est fini. La vie de Lazare est finie, ensevelie dans ce tombeau. Et Jésus pleure.
Les relations que Lazare entretenaient avec ses amis sont rompues. Et Jésus pleure.
Une pierre est roulée pour fermer hermétiquement le tombeau. Et Jésus pleure encore.
Cela fait quatre jours que Lazare repose dans le tombeau. L’espérance n’est plus. La décomposition du corps répand son odeur nauséabonde. Et Jésus pleure.
C’est alors que Jésus prononce cette parole étonnante : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Jésus ne dit pas seulement qu’il propose la résurrection. Jésus n’annonce pas seulement la résurrection, il dit : « Je suis » la résurrection.
La vie nouvelle n’est pas seulement une promesse pour plus tard. Elle commence dès maintenant. Elle commence dès la rencontre avec Jésus.
 
Cette parole résonne de manière toute particulière pour les catéchumènes.
Ils sont en chemin vers le baptême. Et ce chemin ressemble, d’une certaine manière, à celui de Lazare.
Dans l’Évangile, Lazare est appelé par son nom : « Lazare, viens dehors ! » Et il sort du tombeau.
De la même manière, Dieu appelle chacun des catéchumènes par son nom pour les accompagner vers le baptême. 
 
Le baptême n’est pas une tradition ou une étape symbolique. Le baptême ouvre à la vraie vie. Le baptême nous sort de nos tombeaux, il nous fait passer de la mort à la vie, de l’obscurité à la lumière, d’une existence centrée sur soi à une vie habitée par Dieu.
 
Sortir de nos tombeaux, la question demeure. Car si le baptême dénoue les bandelettes qui nous enserrent, combien de fois retournons-nous dans nos tombeaux. En effet, cet Evangile ne concerne pas seulement Lazare, ni seulement les catéchumènes. Il est aussi pour les baptisés depuis plus longtemps, pour nous qui nous disons disciple du Christ.
 
Tous nous connaissons nos tombeaux : ceux de nos blessures. Le lieu de nos découragements, là où les ténèbres enferment
Devant nos tombeaux, Jésus ne reste pas indifférent. Jésus pleure. Dieu n’est pas un spectateur de nos souffrances.
Jésus demande : « Enlevez la pierre. »
Enlever la pierre, c’est la part qui nous revient : enlever la pierre de la peur, du refus, du manque de confiance. Enlever cette pierre qui nous empêche de voir la vraie lumière du Christ. Enlever ce bouchon de nos oreilles qui nous prive de la voix du Seigneur. Dans nos tombeaux les voix sont étouffées. Alors Jésus nous demande d’enlever cette pierre qui fait obstacle à sa parole.

Quand Lazare sort du tombeau, Jésus ordonne : « Déliez-le et laissez-le aller. »
Cette parole nous est adressée à nous l’assemblée des chrétiens de Gradignan.
L’assemblée chrétienne est appelée à aider chacun à se libérer de ses liens. La communauté existe pour se soutenir les uns les autres. Et c’est particulièrement vrai pour les catéchumènes : ils ne doivent pas marcher seuls. Nous avons la responsabilité de les accompagner.
Cet Évangile nous prépare déjà à Pâques. Bientôt une autre pierre sera roulée. Bientôt les vêtements seront pliés sur la pierre. Le ressuscité a vaincu la mort. Il est vivant.
C’est cette vie que recevront les catéchumènes au baptême. C’est cette vie que nous sommes appelés à redécouvrir chaque jour.
« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. »
 
Aujourd’hui Jésus nous interroge tous : « Crois-tu cela ? »
Crois-tu que le Christ puisse faire surgir la vie là où tout semble fermé ?
Mes amis, demandons la grâce d’entendre aujourd’hui Jésus nous appeler, chacun par notre nom.
Et lorsque sa voix se fait entendre, ayons le courage de sortir de nos tombeaux.
Car le Christ n’est pas seulement celui qui promet la vie.
Il est la Résurrection et la Vie.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

La boue du Parlant / Jn 9 / Une homélie

 
(...) 
Le Fils de l’homme, le Christ, c’est le parlant 
Le parlant absolu, le parlant par définition
Le seul qui parle vraiment, qui parle en vérité
La Parole véritable.
Nous étions nés aveugles
Nous étions du peuple qui marchait dans la nuit.
(...) Mais la lumière du monde est passée près de nous,
Elle a nous a donné l’onction de sa salive mélangée à la poussière du sol
Nous avons été sali de cette boue bienheureuse, de la boue des origines, de la boue du Verbe créateur.
Et en sortant de l’eau qui nous a lavés, nous avons été jetés dehors, expulsés du monde, expulsés de la ténèbre, expulsés de notre génération, du commun des mortels. Nous sommes devenus « enfants de la Lumière ». Le monde des ténèbres n’a plus de prise sur nous…
    A moins que…
A moins que nous ne désirions ardemment retourner dans les structures de mort qui sont si puissantes, si séduisantes au fond, si rassurantes même parfois.
Nous sommes toujours libres d’aller nous blottir, roulés en boule, sous le discours étroit de la loi, de la culpabilité, du jugement du monde, du regard qui condamne, nous pouvons aller dormir bien au chaud dans la nuit du péché.

Ou alors, entendre la question du parlant
Du seul qui peut, qui sait, parler : « Crois-tu au fils de l’homme ?»
                                                    Crois-tu au parlant ?

Réveille-toi, ô toi qui dors,
relève-toi d’entre les morts,
et le Christ t’illuminera.
╬ Amen
Sylvain, diacre

Quelle est cette soif ? / Jn 4, 5-42 / Une homélie


       
C’était environ la sixième heure… Jésus était assis simplement au bord du puits… un puits profond… Jésus était cloué sur le bois de la croix … Jésus dit ‘J’ai soif !’ Jésus, quelle est donc cette soif que tu exprimes ? quel est ce désir qui coule dans tes veines ? Toi dont sortira de ton côté ouvert par le coup de lance du sang et de l’eau !

        Une source vive ? Une source qui coule comme des mots qui parlent au cœur. Des phrases simples qui relèvent, qui mettent en marche jusqu’à ne plus avoir peur du regard des autres, qui annonce un avenir là où tout semblait fini !

        La femme samaritaine est partie laissant sa cruche et voilà que viennent les disciples apportant de quoi manger. Mais Jésus leur dit : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas ! »

        Jésus, quelle est donc cette nourriture ? Quel est ce pain qui te rassasie ? Toute parole qui vient de Dieu ? toute personne qui entend ? quelle est donc cette volonté du Père qui t’a envoyé ? Toi qui te donnes en nourriture pour tes disciples et pour la multitude !

        Les terres fidèles ou infidèles, Judée, Samarie ou Galilée, d’Israël ou des terres païennes, tout cela n’a plus d’importance : c’est la Terre tout entière qui est réceptacle de la Parole ! Le verbe était la vraie lumière qui, venant dans le monde illumine tout homme » entendons-nous dans le prologue de Jean.

        Les montagnes, l’Horeb, le Sinaï, le Thabor, le mont Garizim ou Sion sur lequel se dressait fièrement le Temple ne sont désormais plus les lieux privilégiés de la présence de Dieu, des lieux où il faut adorer ! C’est maintenant, en esprit et en vérité, dans un lieu quelquefois improbable où s’entend une parole qui fait sens. Jacob endormi sur une pierre, en terre étrangère en avait déjà l’expérience heureuse : « Dieu était là et je ne le savais pas ! » (Gn 28, 16).

        Pendant trois jours les samaritains ont fait l’expérience  de la foi, ils ont cru à cause de la parole de la femme, et ils ont cru ta parole, toi Jésus, le sauveur du monde.

        Quelle est donc notre foi aujourd’hui ? Quelle est notre soif ? quelle est notre faim ? Avons-nous faim et soif de Dieu ? avons-nous faim de sa Parole ? Avons-nous soif de l’Eucharistie, sang et eau offert du côté ouvert ? Avons-nous faim du pain brisé qui travaille nos corps blessés pour une communion ?

Vincent Garros 

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie / Mt 17 1-9 / Une homélie


Ce dimanche, c’est expédition dans la montagne ! Jésus gravit le mont Thabor avec trois de ses disciples. Au sommet, les disciples connaissent une expérience qui changera leur vie à tout jamais. Ils perçoivent leur maitre avec un visage resplendissant. Ses habits deviennent blancs comme la lumière. Au cœur de cette vision, ils entendent une voix leur dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »

Cette simple phrase ouvre une perspective immense pour nous. Je vais développer trois points : la joie du Père et du Fils, notre propre joie, un chemin de joie au quotidien.

        La joie du Père et du Fils.

Dans cette simple phrase se dévoile le caractère du Père. Le Père trouve sa joie dans le Fils. Dieu le Père se remplit de joie à la rencontre de son Fils. Ce Fils, qui est venu porter parmi les hommes le message d’Amour du Père, réjouit au plus profond le cœur de Dieu. Il n’y a à cet instant que l’amour qui s’exprime, pas de morale, pas de loi, pas de jugement, ni d’exigence. Il n’y a que joie et amour entre le Père et le Fils.

Et quelle joie, pour Jésus, que d’entendre son Père lui confirmer son amour ! Cette déclaration, il l’a déjà entendue le jour de son baptême. Quelle joie pour Jésus de se voir confirmé dans sa mission par son Père.

Ainsi nous découvrons le cœur de Dieu qui est rempli d’amour et que la joie est au cœur de la foi chrétienne. Notre Dieu n’est pas un Dieu triste. Il est un Père qui se réjouit.

        Notre propre joie.

Cette joie, elle nous touche particulièrement pour ce carême 2026. Vincent nous invitait aux cendres à humer le parfum de la joie. Pour la confirmation de Guillaume et Nadia, Monseigneur James nous exhortait à partager la joie reçue à notre baptême. Et si vous aviez assisté à l’appel décisif des catéchumènes, vous auriez vu se dessiner la joie sur les visages des catéchumènes dimanche dernier à Villenave d’Ornon. Ils ont tous été appelés à recevoir le baptême dans la nuit de Pâques.

Mystérieusement, nous, les baptisés, nous l’avons entendu cette simple phrase : « Tu es mon fils ou ma fille bien aimé(e), en toi j’ai mis tout mon amour ». Nous l’avons reçu quand nous sommes sortis symboliquement de l’eau lors de notre propre baptême. Ce baptême qui fait de nous des filles et des fils de Dieu. Le Père nous reçoit avec amour.

Il nous reçoit comme nous sommes. Il sait que nous sommes imparfaits. Que parfois nous refusons son amour. Que parfois nous avons une image dure de lui ou bien que nous pensons l’avoir déçu ou blessé. Le Père, lui, nous regarde à travers son Fils et il nous aime.

        Un chemin de joie au quotidien.

Après avoir dit son amour : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » le Père donne une consigne : « Écoutez-le. »

Voilà le chemin. Écouter Jésus. Il s’agit d’accueillir son Évangile, et de l’accueillir lui qui est la Parole de Dieu. Lui faire confiance, c’est-à-dire marcher derrière . C’est se mettre à son écoute dans le quotidien de nos vies. C’est continuer de se convertir après une expérience forte de rencontre.

Après la transfiguration, Jésus et les disciples descendent de la montagne, il y a un nécessaire retour au quotidien. L’expérience lumineuse ne dure pas. Il faut revenir à la vie ordinaire.

Nous connaissons tous des moments lumineux. Des moments où nous percevons la présence de Dieu, la visite de l’Esprit Saint. Des moments ou avoir la foi est facile car elle nous prend tout entier. Et puis, il y a le retour à la routine du quotidien, la vie peut nous paraître plus banale.

Mais la parole reçue à notre baptême demeure : « Tu es mon fils ou ma fille bien aimé(e), en toi j’ai mis tout mon amour », pour que la joie nous habite encore.

Demandons, pour cette 2ème semaine de carême, la grâce d’accueillir le regard joyeux du Père sur nous. Efforçons-nous d’écouter vraiment Jésus et de laisser sa lumière transfigurer peu à peu notre vie.

Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.