Une foi active / Luc 19 1-10 / une homélie

L’Eglise a choisi un extrait du « Livre de la Sagesse » pour entrer aujourd’hui dans la liturgie de la Parole. 
Ce texte à la 2e personnes est comme une prière, une parole de gratitude.
« Le monde entier est devant toi, comme un rien sur la balance ; comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. »

Une image superbe pour dire notre petitesse face à la grandeur de Dieu, nous ne sommes pas plus qu’une goutte de rosée devant Dieu. Cette idée a souvent généré la peur ou la crainte de DIEU ; Mais la conscience de notre petitesse alimente une grande confiance en Dieu. Le livre de la Sagesse nous invite à reconnaître notre petitesse devant la grandeur de Dieu et en même temps il nous appelle à la confiance.
« Pourtant tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout, Tu aimes tout ce qui existe »

Le livre de la sagesse a été écrit à peine 50 ans avant J.-C. Il est comme l’ultime témoignage de l’expérience millénaire de l’histoire de Dieu avec l’humanité, à travers le peuple élu.
Des pères de l’Eglise et des théologiens modernes aussi ont vu dans le terme même de Sagesse une révélation de Dieu. Pour autant que notre langage humain peut qualifier Dieu, ils exposent que comme l’Amour, la Sagesse et un attribut de Dieu. Concernant Dieu la Sagesse n est pas une qualité morale, mais plus simplement l’Amour en action.
C’est du Dieu Amour et Sagesse que surgira le Fils de l’homme, Jésus Christ qui est le « sujet » de tout le nouveau testament.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui il y a aussi question de surgissement.
Zachée est méprisé, voire détesté pas la foule pour trois raisons : Il est pécheur, riche et chef des percepteurs et de plus un collabo corrompu. Il est un « rien » sur la balance de l’opinion. Or nous dit Luc « Il cherchait à voir » QUI » était Jésus
Zachée ne s’est pas juché sur le sycomore simplement pour voir passer une célébrité, mais il semble vouloir « connaitre » Jésus. Il est en recherche.

« Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux »

Un regard !
Et celui qui voulait voir, a été vu.
« Zachée descends vite Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi. »

Le regard de Jésus est à l’opposé de celui de la foule qui juge et condamne aussi bien Zachée que Jésus d’ailleurs. Aujourd’hui se réalise pour Zachée la Parole du livre de la Sagesse
« Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se convertissent »
Zachée reconnaît au fond de lui-même « Le Seigneur »
Lui si avide d’argent, se met soudain à voir les pauvres. Son regard devient fraternel, là où il ne voyait que des sujets fiscaux, il se met à voir des frères. Dans le regard de Jésus il se voit soudain lucidement et humblement tel qu’ il est sans désespoir ; au contraire il se sait aimé et pardonné; Il éprouve la joie de rendre au lieu de prendre, la joie de donner au lieu de voler.
Il se laisse sans hésitation visiter par le regard de Jésus, cette présence qui change son propre regard. Mais il a fallu que Zachée, bouge et s’extraie de la foule.

Que c’est bon, pour nous qui sommes rassemblés ici, d’entendre cette parole qui est comme une invitation à l’envers.
« AUJOURD HUI IL FAUT QUE J’AILLE DEMEURER DANS TA MAISON ».
C’est bien chez nous que Dieu a choisi de demeurer quelque soient le désordre ou la précarité de notre maison humaine, de notre maison l’Eglise.

Saurons-nous l’accueillir et nous laisser convertir ? Même si sommes souvent enfouis dans nos foules contemporaines. Nous dont le regard est souvent aveuglé par les circonstances de nos vies, notre actualité remuante et dramatique et nos quêtes multiples.

Aujourd’hui à tout moment Dieu peut nous surprendre. Nous avons à discerner de quelles foules nous devons-nous extraire. Quels sont les bruits, les attitudes, les événements qui nous empêchent de voir le regard de Jésus sur nous et sur notre histoire ?
Jésus Dieu d’amour et de sagesse est notre chemin dans notre combat pour l’homme et pour la terre.
Nous les disciples du Christ, que nous tentons d’être, nous avons une mission et c’est St Paul qui nous la rappelle dans sa lettre aux Thessaloniciens, c’est celle

« D’être dignes de l’appel que Dieu nous adresse »
« Lui qui par sa puissance nous donne d’accomplir le bien et de rendre active notre foi »

Une foi active qui s’engage pour Dieu et pour les hommes. Une foi qui nous aide à convertir notre regard et nos attitudes,
Une fois active, non comme une pensée pieuse, mais comme un engagement spirituel concret.
Une foi active non pas un slogan sur une banderole ou sur une affiche a fixer sur les murs de nos églises ; mais comme un véritable projet pastoral et missionnaire.

Laisse-toi regarder par le Christ, laisse-toi convertir par le Christ, il vient demeurer chez toi dans l’Eucharistie !

Robert Zimmermann
diacre

Justifié / Luc 18 9-14 / une homélie

« Seigneur, je te rends grâce car je ne suis pas comme le reste des hommes »
Je ne suis pas comme les autres.... je suis unique.
C’est vrai. Le regard que Dieu pose sur nous fait de nous des êtres uniques :
nous sommes sujets, libres de nos pensées et de nos actions.

Mais voilà que de cette singularité, nous faisons un individualisme, de cette amitié, nous faisons du nombrilisme… Nous vivons dans un temps qui glorifie notre égocentrisme… nous quittons la grâce que Dieu nous fait pour faire de nous-même notre propre référence…
Ce qui compte, c’est mon opinion, c’est ma manière de voir, c’est ma sensibilité*.

Et voilà que chacun se compare à son voisin, et, forcément, est sûr d’avoir raison, d’avoir fait le bon choix, d’être plus juste que son voisin.
Jusque dans nos manières de célébrer, dans nos manières de prier, chacun revendique la justesse de sa propre sensibilité :
Entre ceux qui prient comme ça et ceux qui prient autrement
Ceux qui lisent avec cette méthode et ceux qui lisent différemment
Ceux qui s’engagent ici, et ceux qui s’engagent ailleurs…
Mais aussi ceux qui communient comme ça ou comme ça, ceux qui s’agenouillent, et ceux qui restent debout, les jeunes et les vieux, les scouts en couleur et les scouts en beige et bleu, les prêtres en soutane et les prêtres en civil, les diacres au travail et ceux en liturgie…
« Seigneur, je te rends grâce car je ne suis pas comme le reste des hommes »

Tous, nous prions la prière du pharisien.
Tous, nous voulons être uniques, différents, et forcément, mieux que le reste des hommes.
Mieux que les autres, parce que nous faisons mieux que les autres.
Le pharisien est convaincu d’être plus juste parce qu’il fait ce qu’il faut faire.
Ce qu’il fait, il le fait bien, donc il est juste.
Il confond ce qu’il fait avec ce qu’il est.
Nous confondons tous ce que nous faisons avec ce que nous sommes.


Deux hommes montent au temple pour prier. Deux hommes prient pour eux-même. L’un est dans l’action de grâce pour ce qu’il fait (et il fait bien), l’autre est dans la demande pour ce qu’il est.
L’un se juge en regardant ses actions et en les comparant aux actions des autres, l’autre se juge en se regardant lui-même et en se découvrant pécheur.

Le pécheur ne demande pas pardon. « sois favorable au pécheur que je suis ».
Il demande la bienveillance du Seigneur, il demande à être aimé du Seigneur…
Non pas à cause de ce qu’il fait ou ne fait pas, mais au-delà de ce qu’il est.

Qu’avons-nous en commun ?
Nos actions ? Nos engagements ? Nos visions des choses ? Notre compréhension du monde, de l’Église, de la fraternité ? Nos pratiques religieuses, nos piétés ? Nos traditions ou notre modernité ? Nos supposées valeurs ?
Non… rien de tout cela. Nous avons en commun notre péché. Nous sommes pécheurs comme le publicain.

Et c’est une bonne nouvelle !!
Bonne nouvelle car l’Agneau de Dieu enlève le péché du monde.
Car le pécheur conscient de ce qu’il est, rentre chez lui justifié par le Seigneur.
Il n’est pas « devenu juste » comme certaines traductions le disent, il est « justifié », Dieu lui a fait justice, a accueilli sa prière, Dieu lui a été favorable… en un mot : Dieu l’a aimé.

Toutes les différences que j’ai pointées au début (et j’aurais pu continuer à l’infini), tout ce que nous érigeons entre nous pour nous différencier, pour nous sentir différent du reste des hommes, tout cela devrait se fracasser contre cet autel quand nous venons communier au corps du Christ ressuscité.
C’est Lui, et seulement Lui, qui peut construire ce corps unique.
Qu’importe notre nombril, qu’importe notre sensibilité, tout cela disparaît devant le désir que Dieu a de chacun de nous, devant le don sidérant qu’il nous fait de lui-même.
Si devant cet autel nous étalons notre petit théâtre auto-satisfait, nous sommes misérables.

Allons-nous rentrer tout à l’heure chez nous en héros justifiés par nous-même ?
Ou en pécheur justifié par amour ?

« Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis »

╬ Amen
Sylvain diacre
* Il faut lire la lettre apostolique du Pape François "J'ai désiré d'un grand désir"- Juin 2022 - 72 pages, 7€

Une fraternité de quartier / Malartic 2022

Le dimanche 18 septembre, la fraternité de Malartic se retrouvait au monastère du Broussey. La journée a été riche de débats et de rires.

 

La fraternité de Malartic est une fraternité de quartier telle que le propose le dernier synode "disciple missionnaire". Elle se réunit une fois par mois à tour de rôle dans la maison d’un de ses membres de 18h00 à 20h pour : se donner des nouvelles du quartier, prier, partager sur un texte de la Bible, évoquer des sujets qui intéressent l'un ou l'autre.

 

La fraternité s'envisage comme une présence d'Eglise dans le quartier, en lien avec notre paroisse.

Notre fraternité est jeune, elle s'est organisée sous l'impulsion de Carlos qui souhaitait s'emparer de la question du synode sur la synodalité.

 

Les membres de la fraternité de Malartic

Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! / Luc 17 11-19 / une homélie

Les textes de ce dimanche nous invitent à méditer sur l’étranger. Il y a d’abord le Général Naaman puis dans l’Evangile de Luc un samaritain dont on ignore le nom. Ces deux étrangers sont guéris de la lèpre.

Naaman est guéri. Dans sa culture ou comme le lui dicte son rang social, Naaman veut remercier Elisée en offrant des cadeaux d’une grande valeur. Elisée refuse. Il ne veut pas être rémunéré pour ce qu’il considère être un don du Seigneur. Naaman, tout au long de ce chapitre 5 du second livre des Rois, est bousculé par les agissements des autochtones de cette terre d’Israël. Même si ce pays a été conquis, il s’y sent étranger. Et curieusement, Naaman va vouloir poursuivre le sentiment de se sentir étranger. Il demande à Elisée la permission de charger deux mules avec de la terre d’Israël. C’est comme si en répandant cette terre d’Israël sur le sol de son pays natal, Naaman pourrait continuer à se sentir étranger.

Le samaritain est guéri. Curieusement, les samaritains sont considérés comme étant des étrangers bien que vivants sur la terre d’Israël. De fait, ils représentent une branche dissidente du Judaïsme. La scission est réelle. Les coutumes sont différentes. Ainsi quand il constate sa guérison, le samaritain contrevient à l’injonction de Jésus de se faire montrer aux prêtres. Le samaritain agit en étranger. Il ne se sent pas soumis aux règles juives car sa foi, sa confiance en Jésus est plus forte. C’est comme si le besoin de rendre grâce le confortait dans la position inconfortable de l’étranger.

Alors que je préparais cette homélie, il m’est revenu en mémoire cette phrase de Pierre Desproges : « L’ennemi est bête, il croit que l’ennemi c’est nous. » Adaptée au contexte, cela donne : l’étranger est bête, il croit que l’étranger c’est nous !

Et si le Seigneur nous invitait à être des étrangers. S’il nous invitait à redécouvrir le sens d’une vie de nomade. Une vie comme Abraham l’envisageait.

Et si nous considérions que le pays où nous sommes nés, nous était prêté et non donné. Et si nous retrouvions un peu de l’essentiel dans l’inconfort de l’étranger ?

Ne sommes-nous pas parfois comme ces neuf lépreux. Ces neuf hommes ne sont pas mauvais, en somme, ils ne font qu’appliquer strictement la consigne de Jésus, aller se montrer aux prêtres. Même si les neuf hommes constatent leur guérison, ils ne veulent pas déroger à la loi. On ne peut pas leur en vouloir. Peut-être, rendront-ils gloire à Dieu après le rite du passage devant les prêtres ? Peut-être chercheront-ils Jésus pour lui rendre grâce ? Mais alors, il sera trop tard. Jésus aura passé.

Parfois, nous sommes comme les neufs lépreux installés dans nos certitudes, nos habitudes, certains de posséder la vérité.

Alors nous avons besoin que des Naaman, des samaritains viennent à notre rencontre pour nous bousculer pour qu’ils viennent nous rappeler que nous ne devons pas rester statiques. Nous devons suivre le Christ qui nous mène vers une terre inconnue et belle où coule le lait et le miel.

Ces Naaman, ces samaritains, ce sont les adultes qui viennent nous demander de les préparer aux baptêmes. Ils viennent avec leurs questionnements qui nous obligent tous à revisiter nos habitudes. Ils viennent avec leurs attitudes, leurs hésitations et parfois leurs a priori sur l’Eglise. Tout cela nous amène à nous remettre en cause et surtout à réveiller notre foi en celui qui nous les envoie.

Je vous invite tous à retenir d’ores et déjà la date du samedi 26 novembre 2022. Ce soir-là, pendant la messe, Alex, Benjamin, Cécile, Cyndie, Pauline et Yannick, six adultes, célèbreront leur entrée en catéchuménat. Ils auront discerné et librement, ils affirmeront leur ferme intention de marcher vers le baptême. Ils s’engageront à prier pour tenir cet objectif. De notre côté, nous prendrons également un engagement. Nous les baptisés, nous les entourerons de nos prières et de notre affection pour que le Seigneur les conduise jusqu’au baptême dans la nuit de Pâques

Par ailleurs, un nouveau groupe a démarré en vue d’un baptême en 2024. Soyons attentifs également dans notre prière à Alexandre, Aurélien, Linda, Mélanie et Sarah qui prennent le chemin vers leur baptême.

Mais surtout, laissons-nous nous étonnés par l’Esprit Saint qui conduit des adultes vers nous. Laissons-nous nous convertir par leurs questions. Accueillons-les avec humilité comme de simples serviteurs et non pas comme des savants fiers de nos connaissances. Partageons avec eux le trésor de la foi.

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Amen !

Dominique Bourgoin, diacre.