Et le Verbe s'est fait chair / Jn 1 / Une Homélie

(...)
« Et le Verbe s’est fait chair ».

Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
Dieu s’est fait chair, Dieu a pris chair de la Vierge Marie, dit-on.
Mais ce n’est pas n’importe quoi de Dieu qui s’est fait chair, c’est le Verbe.

Le Verbe, pour faire simple, disons que c’est la parole agissante de Dieu.
Vous vous souvenez dans la genèse : « Dieu dit « que la lumière soit » et la lumière fut ».
Quand dieu parle, ça fait.
Sa Parole est action. Son Verbe est efficace.

Et le Verbe s’est fait chair.
C’est donc que cette parole qui fait, cette parole puissante, vivante, créatrice, se fait chair.
Pas qu’elle entre dans un corps comme on entre dans un taxi, pour se promener un moment parmi les hommes et repartir au bout d’un moment.
Non, le Verbe de Dieu n’est pas en visite dans la chair, il n’est pas passager clandestin du corps de Jésus.
Si le Verbe se fait chair, ça ne concerne d’ailleurs pas seulement Jésus, mais bien toute chair...

A partir de maintenant, à partir de cette nuit, le Verbe et la chair sont intimement liés.
Intimement et pour toujours.

(...)

Cela signifie donc, qu’à partir de cette nuit de Noël, dès qu’il s’agira de chair, il faudra entendre qu’il s’agit aussi de Verbe… de Dieu qui parle.
Et dès qu’on essaiera d’entendre Dieu qui parle, il faudra se tourner du côté de la chair.

Vous mesurez la révolution que cela signifie ?! Le bouleversement dont je parlais au début ?
Dans ces temps où la chair n’est comprise que comme une mécanique plus ou moins en bon état, plus ou moins réparable, modifiable, bricolable…
Dans ces temps où la chair n’est plus bonne à rien passé quarante ans…
Où la chair est, au mieux assignée au silence, au pire condamnée.
Mais aussi dans ces temps où l’on croit que seul l’Esprit nous parle dans les hautes sphères de nos spiritualités éthérées….
Maladie de nos spiritualités qui pensent qu’il faut écarter la chair pour mieux entendre l’Esprit… comme si l’Esprit n’avait rien à voir avec la chair !

Le Verbe s’est fait chair
(...)
Pas étonnant que nous ayons vécu un déferlement d’anges cette nuit…. Eux qui n’ont pas de chair mesurent cette grâce infinie qui nous est faite !!
Toute chair est désormais habitée !
Toute chair porte la Parole créatrice de Dieu !
Et donc, il n’y a plus de chair condamnée
La chair souffrante, la chair malade, la chair vieillissante, douloureuse, méprisée, diminuée… cette chair est le lieu de Dieu.
Dieu s’y tient
Dieu y parle
Il n’y a rien de plus divin que nos chairs
Car Dieu a choisi d’y descendre
Car Dieu a voulu tout en assumer… jusqu’à la souffrance et la mort.
(...)

Joyeux Noël
Amen
Sylvain diacre

Noël 2018 / L'homélie de la messe de la nuit

"Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire."
Mais le signe de quoi ?
Le signe c'est que dans la ville de David est né le Christ.
Heureusement qu'il y avait des trompettes et des chants pour réveiller les bergers. Car recevoir autant d'informations au réveil, il faut de l'agilité dans la matière grise et du jus de cerveau plutôt frais pour percuter.
Je ne sais pas si vous vous êtes déjà mis dans la peau des bergers. Mais cela doit faire drôle de se faire réveiller en sursaut par une soudaine clarté. Il faut être d'une bonne composition pour accepter de se faire secouer de la sorte et qu'on vous souffle de la trompette dans les oreilles comme ce qui vient d'être énoncé dans l'Evangile.
Je vous propose d'enquêter ensemble sur le message avec le même cerveau ensommeillé que les bergers.
"Aujourd’hui, dans la ville de David," Pas de problème, c'est clair, on situe bien, il s'agit de Jérusalem. Nous sommes à Bethléem, les villes sont proches. De nos jours, elles forment une seule et même agglomération.
"Vous est né un Sauveur", c'est déjà plus mystérieux. En tant que berger, je ne comprends pas tout mais bon. Il faut reconnaître que nous les bergers, nous sommes occupés et que ce recensement, ça nous gâche bien la vie.
"Qui est le Christ, le Seigneur." Là, tout s'éclaire, il vient celui que les écritures annoncent depuis si longtemps. De ce qu'on en a lu, il va faire le ménage. Car il en porte des titres, tenez voici comment le prophète Isaïe l'annonce : "Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. "
Et le début du message : "Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple." Il faut bien être berger pour accepter sans contester, sans réfléchir, l'annonce de l'ange.
Le message de l'ange entre en résonnance avec des choses entendues par les bergers. Car il faut dire que les bergers sont préparés à cette annonce. Ils ont entendu parler d'Isaïe. Et depuis très longtemps, depuis que Dieu a fait alliance avec Abraham, on se raconte qu'un Messie doit venir. Les prophètes l'ont annoncé. Pour eux, le temps est venu alors ils se lèvent.
Et de fait, les bergers vont se rendre à la crèche et adorer l'enfant. Ils vont accepter de voir Dieu s'incarné dans ce petit enfant. L'enfant est déjà comme en position de sacrifice, emmailloté. Il est comme empêché de ses mouvements. Et déjà, l'enfant préfigure son don. Il déjà prêt à se donner en nourriture, lui qui est couché dans une mangeoire.
Ce jour-là tout est bouleversé. Ce sauveur, qu'on imagine armé, à la tête d'une armée, il se présente sous la forme d'un enfant sans défense.
Ce jour-là, tout est renversé. Ce Dieu qu'on craint d'Amour mais aussi un peu de peur prend chair dans le corps d'un enfant né d'une vierge. Ce Dieu d'amour ne condescend plus son regard vers sa créature. Il partage la condition des hommes et il lève les yeux sur eux. Ainsi plus tard, Jésus lèvera-t'il les yeux sur Zachée. Il lèvera les yeux sur la femme adultère.
Mes amis, rendez-vous compte, c'est fou. Notre Dieu n'est pas un Dieu stratosphérique. Notre Dieu s'est fait homme. Notre Dieu vient partager nos peines et nos joies. Il connaît nos faiblesses et nos péchés. Il vient nous dire en levant les yeux sur nous tous l'Amour et la miséricorde du Père.
Cette réalité, cette vérité sur notre Dieu, saint François a voulu la rendre tangible.
C'est pour cela qu'en 1223, François qui se trouvait à Greccio, une ville de l’Italie, il a voulu célébrer la messe dans la grotte que lui a prêté son ami. Il lui dit qu'il veut célébrer Noël dans la grotte. On y installera une mangeoire pleine de foin. On fera venir un bœuf et un âne. Tout pour que cela ressemble à la crèche où est né Jésus. Tout pour que l'incarnation se fasse vérité.
François, qui assiste le prêtre à l’autel en qualité de diacre, parle si bien à la foule de la naissance de Jésus et de ce que veut dire Noël que tous sont remplis d’une grande joie.
Cette joie vient de ce que François parle d'un Dieu qui s'incarne. François parle d'un Dieu qui se fait proche de nous.
Alors si Dieu se fait si proche de nous, faisons-nous proche de Lui. Ne nous éloignons pas de lui en le plaçant si loin et si haut. Jésus nous veut pour ami. Il nous veut dans un compagnonnage quotidien, dans la prière et le partage de sa parole.
Acceptons mes amis, ce Dieu, ce Christ qui vient à notre rencontre dans l'Eucharistie, à cet autel.
Soyons reconnaissant pour son sacrifice en notre faveur, en faveur de la multitude.


Notre Dieu s´est fait homme pour que l´homme soit Dieu,
Mystère inépuisable, fontaine du Salut.
Quand Dieu dresse la table, Il convie ses amis,
Pour que sa vie divine soit aussi notre vie ! 
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

L'enfant tressaillit en elle / Luc 1 39-45 / Une homélie

Pas le temps de souffler pour Marie. A peine a-t'elle reçu l'annonce extraordinaire de l'ange, qu'elle prend la route pour rendre visite à sa cousine Elisabeth.
C'est peut-être le désir de partager l'expérience de la maternité avec sa cousine qui pousse Marie sur le chemin.
C'est peut-être aussi pour prendre de la distance avec ses proches car Marie n'est pas mariée et elle attend un enfant. L'explication n'est pas si facile à donner.
C'est aussi plus mystérieusement parce que déjà, le Christ prend les chemins ouverts par le précurseur.
Dans ce désir de visitation, il y a du mouvement. Je ne sais pas pourquoi mais dans ces quelques versets de l'Evangile de ce dimanche, il se perçoit du mouvement.
C'est la vie qui veut cela. La vie c'est du mouvement, surtout la vie qui naît. Les mamans, plus que les papas, font l'expérience de la vie, qui grandit, par le mouvement. Mais, je garde gravé dans ma mémoire la sensation de l'enfant qui bouge dans le ventre de mon épouse. C'est bouleversant de sentir un enfant tressaillir dans le ventre d'une femme.
C'est bouleversant de poser sa main sur le côté gauche et de sentir l'enfant s'approcher en rampant, en nageant vers la chaleur de la main.
C'est étrange de sentir la vie qui grandit sans nous. Une vie qui grandit sans que, nous les papas, nous tenions la main. Une vie qui grandit alors que nous ne sommes que spectateurs.
Alors, c'est le temps de l'attente, le temps de la préparation de la venue de l'enfant. On prépare sa chambre. On choisit un prénom de fille et un prénom de garçon. On se prépare au changement de vie. Rien ne sera plus pareil quand l'enfant paraîtra. Les habitudes, le train-train dans lequel nous nous sommes installés, tout cela va être perturbé.
En fait, la gestation et la naissance de Jésus décrites dans les Evangiles sont tout-à-fait banales par certains aspects.
Et tout comme les parents de Jésus, nous aussi nous sommes dans l'attente. Mais nous sommes dans l'attente de celui qui est lui-même à l'origine de la vie.
Nous sommes dans l'attente de notre Dieu qui s'incarne. Nous sommes dans l'attente du Christ qui se fait proche, qui lève les yeux vers nous, celui dont le nom est "Dieu avec nous"
Et ce "Dieu avec nous", Emmanuel, il rejoint nos vies, il passe chez nous, dans nos demeures. Il touche notre chair semblable à la sienne.
Et quand le Seigneur passe, comme pour Elisabeth, ça tressaille en nous. Ca nous prend à l'improviste, comme pour Elisabeth qui pourtant ne savait pas que Marie était enceinte.
Ça nous prend à l'improviste, car nous ne sommes pas toujours disponibles à écouter la voix du Seigneur.
Ça peut nous prendre en montagne devant la beauté de la création. Nous pouvons être émus par l'immensité de l'océan. Ça nous saisit dans la prière, à l'Eucharistie.
Nous ne savons pas pourquoi mais cette fois-ci c'est différent, c'est différent parce que le Seigneur passe et en ce temps-là nous sommes disponibles à sa venue.
Être disponible, tout est là ! Se tenir prêt, une lampe allumée ! Veiller et prier pour la venue du Seigneur ! Voilà la disposition à laquelle nous invite l'Eglise pour ce temps de l'avent. Être disponible pour la visite du Seigneur, une visite concrète, une visite réelle.
Le synode, inspiré par l'Esprit-Saint, nous invite à renouveler l'expérience de la visitation dans la dimension d'une paroisse. Durant le synode, nous sommes allés à Coutras dans le Libournais et à Saint André de Cubzac dans le Blayais.
Il ne s'agit pas seulement de partager des pratiques pastorales, de comparer nos manières de faire du catéchisme ou de préparer les mariages. C'est bien plus que cela, ce sont des chrétiens qui migrent vers d'autres chrétiens le temps d'un dimanche. Et là, ça tressaille. Nous sommes témoins des fruits de la rencontre lors de ces visitations.
Pour l'année qui vient, souhaitons que des paroisses veuillent nous visiter. Préparons-nous à accueillir, comme le fit Elisabeth, des femmes et des hommes d'une autre paroisse pour que grandisse en nous la joie de recevoir.
Mes amis, Noël est proche, préparons-nous dans la joie à cette fête. Et pourquoi ne pas méditer l'attitude d'Elisabeth qui a ressenti la joie de son fils dans son ventre :
"Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi."
Elisabeth qui est disponible à la venue du Seigneur, lui qui s'incarne dans le ventre d'une femme.
Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

"Gaudete !" / Luc 3 10-18 / Une homélie

Souriez soyez dans la joie, jubilez et c'est maintenant.
Nous sommes le 3e dimanche de l'avent, celui que l’on appelle gaudete « réjouissez vous » Pendant le carême nous avons le même, il s’appelle « laetare »

Ce dispositif liturgique est il fait pour nous reposer un dimanche de la pénitence, du manque et du deuil que le temps de l'avent est censé nous proposer dans l’attente
En tout cas les textes choisis et entendus aujourd’hui insistent, on dirait la méthode Coué, qui sert à se persuader de quelque chose qui ne paraît pas évident :
« Pousse de cris de joie, fille de Sion ! Réjouis toi de tout ton cœur bondis de joie » ( Sophonie)
« Jubilez, criez de joie habitants de Sion » cantique d'Isaïe
« frères soyez tous dans la joie du Seigneur »
On se sent un peu forcé. Avons-nous vraiment envie d'être dans la joie, au milieu des tribulations ordinaires et extraordinaires de nos vies, de notre actualité ?!!!
La liturgie s'obstine à nous vouloir aujourd'hui dans la joie, malgré tout ce qui a l’air parfois de contredire une jubilation spontanée en nous et autour de nous.
S'agit-il simplement d'être joyeux, de jubiler ou s' agit il d’autre chose ?
Les textes que j’ai cité heureusement nous donnent aussi la raison de la joie
Sophonie précise : « Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le Seigneur est en toi »
Dans le cantique d’Isaïe nous entendons « Voici le Dieu qui nous sauve : j ai confiance je n ai plus de crainte »
«Le Seigneur est proche » Paul y voit la cause profonde de notre sérénité ;
Bientôt dans la nuit de Noël nous entendrons le cri de l'ange : « Ne craignez pas, voici que je vous annonce une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple, aujourd'hui vous est né un sauveur ».

Étonnement la tonalité joyeuse n’apparaît clairement pas dans l’Evangile de ce dimanche qui semble un peu austère… alors que le Sauveur y est annoncé

Un peuple en attente s'est regroupé autour de Jean pour recevoir de lui un baptême de conversion. Ce peuple est assez hétérogène. Luc nomme explicitement trois catégories de gens ; Les foules, gens du pays, les publicains collecteurs d'impôts, assez mal vus, les soldats, militaires de l'occupation romaine et mercenaires d'Hérode.
Chaque groupe pose à Jean cette question inattendue « Que devons nous faire ? » sous-entendu sans doute pour nous convertir.
On ne demande pas à Jean ce qu'il faut croire, mais ce qu'il faut faire. Ce peuple touché par la voix de Jean dans le désert se rend disponible il ne sait pas encore à quoi ou à qui.

La réponse de Jean renvoie chaque fois à des aspects concrets de la vie des uns et des autres. A la foule il conseille le partage, aux collecteurs, la justice, aux soldats la modération. Jean ne propose pas une nouvelle discipline morale. Simplement il marque quelques limites au service de l'attente.

C'est par le partage, ( qui ne se réduit pas au matériel) par la recherche de la justice et la modération que nous aplanirons aujourd'hui le chemin de Celui qui vient. Chacun d'entre nous est invité là où il agit à sortir de ses habitudes pour porter un regard nouveau sur l autre, celui qui est à côté de moi.
Nous sentons au cœur des questions et encore plus au cœur des réponses de Jean-Baptiste comment la relation aux autres est touchée et interrogée par cette annonce : « Il vient celui qui est plus puissant que moi ». - « Et je n ai pas la force de délier la courroie de ses sandales. » car cette venue n est pas l’œuvre des hommes, je n’y suis pour rien.

Et de plus alors que nous pensons qu'il vient chez nous, nous sommes déjà chez lui.
Nous croyions être entre nous mais nous sommes dans son aire.
C'est lui qui va nettoyer son aire et y faire un tri.
« Le Seigneur est en toi », c'est donc en nous qu’il vient faire le tri et non pas entre nous.
Et que devons nous faire ??
je pense que nous devons LE laisser faire.
Il vient nous délester de ce qui alourdit nos relations, Il vient nous libérer de l'égocentrisme, voire de l'orgueil qui empêche que nos partages soient sans arrières pensées et sans calculs, et empêche une véritable fraternité humaine où chacun se tourne en vérité vers l’autre pour le servir. Il nous donne la grâce de nous ajuster à sa justice pour le bien de tous.
Si nous laissons la paille brûler, ( et il ne s'agit à l'évidence pas ici de l enfer, mais peut-être le feu permanent de l'Esprit) il restera le grain, le blé …..le meilleur.
Le Seigneur remet la joie dans nos vies au-delà,de ce qui peut nous attrister

Pour accueillir Celui qui vient il faut une démarche volontaire comme un combat pour cultiver non la tristesse, non la morosité, le défaitisme un combat, pour arrêter d'alimenter entre nous de fausses peurs, mais un combat pour cultiver l’allégresse car « les démons ne peuvent rien contre l'allégresse » St François d’Assise

La joie dont nous parle la liturgie et que nous annonce Jean Le Baptiste en Celui qui vient c'est l'expérience d'être sauvé

Jubilons, soyons dans la joie, nous sommes sauvés
Amen
Robert Z.

Se tenir debout devant le Fils de l'homme / Luc 21 25-36/ Une homélie

(...)
Les nations affolées, désemparées… les hommes qui meurent de peur….
Et tout ça pourquoi ?
A cause du bruit de la mer et des flots, à cause de ce qui doit arriver au monde…
De quoi s’agit-il ?
Le fracas de la mer et des flots : de l’écume et du vent !
Rien qui tienne, rien de réel
Ce qui doit arriver au monde : ce que personne ne sait !
du fantasme, du cauchemar, rien de réel.

Nous y sommes, c’est notre temps aujourd’hui ! c’est toujours l’aujourd’hui des hommes.
Les hommes aiment se faire peur, les nations tremblent devant le bruit et le vent.

Il suffit d’écouter un peu la radio, d’ouvrir quelques journaux, de tendre l’oreille au café du coin : le monde va mal, la maison brûle, la guerre est pour demain, la planète est foutue, les ennemis nous cernent, nous sommes nos propres ennemis, l’Église est en crise, l’humanité vit ses derniers feux, tout s’effondre, le pire est pour demain…
Du bruit et du vent.

Alors chanter que tout irait très bien et que le monde est en pleine santé serait aussi dangereux et absurde que de dire qu’il est à sa fin.
Il y a bien des choses à faire pour tenter d’améliorer les choses.
Mais ce n’est pas la question ici.
(...)
Que faire de ce temps de l’avent ?
Faire maigrir nos cœurs !
Alléger nos cœurs… les mettre au régime.

Je vous propose un régime sans peur, un régime allégé en soucis du monde.
Je vous fais une ordonnance de quatre semaines pour un régime sans fracas, une abstinence de trouille, de panique et de regards affolés sur le monde.

Faisons le vide de tout ce rien du tout de la mort qui prend toute la place dans nos vies et dans nos cœurs.
Mais faisons-le sérieusement.
Quand vous verrez le violet sur nos vêtements, rappelez-vous que nous sommes en cure… en deuil de la grande peur.
Alors, comme le dit Paul, nos cœurs s’affermiront, alors, nous serons plus légers pour pouvoir nous mettre debout, pour nous tenir debout devant le fils de l’homme qui vient.
Car il nous veut debout devant lui ! Ni assis, ni à genoux !

Le monde va faire de ces semaines avant Noël, un temps d’accumulation,
faisons de ce temps un temps de vide.

Alors, peut-être la nuit de Noël nous trouvera debout
Debout devant l’enfant,
L’enfant couché dans la mangeoire.

« Redressez-vous, relevez la tête, car votre délivrance approche »

Amen
Sylvain diacre

Christ Roi de l'Univers / Jn18 33-37 / Une homélie

La fête du Christ Roi est très récente dans l’Église. C'est une fête de circonstance; Elle a été instituée par le le Pape Pie XI en 1925 pour réagir tout à la fois contre le laïcisme moderne qui reléguait l’Église dans les sacristies et contre le cléricalisme d'hier qui refusait au monde son autonomie par rapport à la foi.
A cette époque aussi les chrétiens étaient impressionnés par la montée de puissances destructrices, les grands totalitarismes, et des idéologies mortifères à leurs yeux comme le nazisme qui pointe ou le marxisme.
C'est St Jean-Paul II qui a placé cette fête au dernier dimanche de chaque année liturgique.

Mais le thème d'une royauté divine n'a pas attendu le 20es. Il traverse toute l’histoire du peuple de Dieu.
Dans la première lecture nous entendons le prophète Daniel prédire le pouvoir d'un personnage mystérieux placé entre ciel et terre pour une domination éternelle;
Dans l’Apocalypse Jean vise de façon évidente Jésus , le premier né d'entre les morts, le prince des rois de la terre,… le souverain de l'Univers.
Le titre donné à Jésus de Roi de l'Univers le place résolument du côté du créateur et de la création. Et puis on donnera à Jésus le titre de Messie c’est à dire « Celui qui a reçu l'onction » ( les rois de la terre recevaient aussi une onction)

Jésus n'a jamais revendiqué ou accepté le titre de Roi comme le témoigne ses réponses lors de sa comparution devant Pilate ( Evangile de ce jour) alors qu'il parle de son Royaume qui n'est pas de ce monde.
Généralement la figure du Roi est faite de de puissance et d'autorité.
Or la,puissance de Dieu s'exerce à travers Jésus par la faiblesse et l'humilité.

Le roi que nous fêtons a pris chair dans une étable « couché dans une une mangeoire ».
Si un jour Jésus a revêtu des attributs royaux sa couronne fut d'épine, son manteau : celui de la haine et du péché des hommes, son trône sur terre : la croix, son programme : le double commandement de l'amour et du don total, son triomphe : sa victoire sur la mort et le mal. Finalement c'est tout le mystère pascal qui se déploie dans sa royauté.

Aujourd'hui cependant, dans le monde que l'on dit déchristianisé, dans notre république laïque, où l’ Eglise secouée par des scandales, est vue avec sa hiérarchie et son décorum ( parfois royal) comme une institution moyenâgeuse, malgré le récent concile,comment évoquer le Christ Roi de l'univers ?

Cela paraît paraît décalé et incongru.
Alors devons nous raser les murs, rougir devant cette évocation. ?

Une petite phrase dans l extrait de l'Apocalypse ouvre un chemin : « Il a fait de nous un Royaume » et si nous avions pu lire le prophète Daniel un peu plus loin nous aurions entendu «Ceux qui recevront le Royaume sont les saints du Très Haut et ils posséderont le Royaume pour l'éternité. »
C'est bien la promesse qui nous est faite à notre baptême, ce sacrement qui nous fait pour l'éternité, prêtre, prophète et roi.
Jésus de Nazareth n' est pas un Messie individuel. Il partage sa royauté avec son peuple et notre vie de baptisé prend son sens dans cette révélation que nous faisons partie du Corps du Christ « Nous sommes les membres du Corps dont le Christ est la tête. » et que de ce fait nous appartenons à la vérité . »
C'est quoi la vérité ? » demande Pilate..
Il ne s agit pas d'une vérité scientifique, historique ou mondaine.
Il ne s'agit pas de considérer seulement le visible, le démontrable. Nous appartenons à DIEU lui-même qui se révèle en Jésus dans le mystère de son incarnation et de sa résurrection, Nous appartenons à cette vérité

« Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Jésus ne dit pas « écoute mon discours, mes paroles mes arguments » mais ma voix. Nous sommes dans l'ordre de ce qui résonne non pas à mon intelligence mais à mon coeur, à mon corps, à mon être.

Vive le roi que l'Eglise nous donne à contempler pour une adhésion profonde, un mouvement de tout notre être pour mettre le Christ au centre de notre vie, au centre de nos engagements et de nos relation, au centre de notre vision pastorale.
Voilà un des sens de la fête du Christ Roi de l'univers; La fête du Christ Roi est aussi un appel à l'espérance. Non Le monde ne va pas à sa perte Il y a quelqu’un au gouvernail.
Le péché n'est pas une fatalité

Le monde est mené par la puissance de l'amour et de la miséricorde de Dieu accomplis dans le mystère de la puissance de la résurrection du Christ ; Si St Jean-Paul II a placé cette fête juste avant que nous marchions vers Noël un peu comme un phare qui éclaire le chemin vers Noël, c’est peut-être pour que nous avancions vers la Nativité dans cet esprit pascal ?
Noël serait inutile sans Pâques ;

En méditant pour préparer cette homélie il m'est venu l'hymne aux Philippiens (samedi aux Vêpres) : « Le Christ Jésus ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est anéanti prenant la condition de serviteur »
...devenant obéïssant jusqu'à la mort et la mort de la croix.
C'est pourquoi Dieu l'exalté , il l'a doté du nom qui est au dessus de tout nom
Souligné le C'EST POURQUOI

Si Dieu a exalté Jésus et l'a doté du nom qui est au dessus de tout nom c'est parce qu'il s’est anéanti prenant la condition de serviteur.
Pour notre part nous ne pouvons être associé à la royauté du Christ que si nous nous nous faisons nous même serviteur.
Nous ne pouvons pas rester indifférent ou tiède devant une vérité et un don aussi radicaux.
Que chacun discerne comment il est serviteur... et pas seulement dans l'Eglise
Et l’hymne aux Philippiens poursuit :
« Afin qu'au nom de Jésus tout genoux fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers »
Oui que nos genoux fléchissent devant le Christ Roi de l'univers
Mais que nos genoux ne restent pas à terre.


Amen
Robert Z.

On verra le Fils de l'homme / Mc 13 24-32 / Une homélie

"Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire."
Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fils de l'homme qui arriverait en chevauchant les nuages avec une posture de conquérant accompagné de trompette ?
Elle est troublante cette image qui s'inscrit au fond de notre rétine. Surtout que les termes employés sortent de la bouche même de Jésus.
Il y a déjà un contraste entre le terme de "fils de l'homme" et le fait de venir dans les nuées avec puissance et gloire. Déjà, on entendrait mieux si c'était le Fils de Dieu qui viendrait dans les nuées avec grande puissance et grande gloire. Ça collerait mieux avec les mythologies entendues dans notre enfance.
Je voudrais à ce stade de notre méditation partager avec vous une expérience. Il n'y a pas si longtemps, je prenais souvent l'avion pour aller à Paris, au moins une fois par semaine. Je ne sais pas pourquoi mais chaque fois qu'on se préparait à atterrir, je scrutais le sol pour voir à quel moment, je percevrais des mouvements humains au sol. Et chaque fois, je me disais que si Dieu est parmi nous, il ne doit pas planer bien haut dans le ciel. Car en vol de croisière, on ne perçoit de la vie que ce qui a été modelé par l'homme. On voit des champs, des bâtiments, des routes, des ponts mais l'homme est bien trop petit pour le discerner, apercevoir. Et c'est quand l'avion s'approche près du sol qu'on perçoit la vie.
Alors, je ne sais pas ce que c'est que la nuée dont parle le texte mais je doute qu'il parle du ciel tel qu'on le voit en levant le nez.
Et ce terme de Fils de l'homme que cela évoque-t'il en nous ? Ce terme aussi casse la vision parfois mythologique qu'on peut avoir du Fils de Dieu.
Le Fils de l'homme, c'est le pauvre, le faible, celui dont on se moque, celui sur lequel on crache, celui qu'on insulte, celui qu'on torture, celui qu'on abandonne, celui qu'on dédaigne, qu'on ignore, celui qui ne mérite pas un regard.
Qui oserait ces mêmes comportements avec le Fils de Dieu ? Qui oserait, en conscience, insulter, cracher, torturer, crucifier le Fils de Dieu ?
Et alors, on relit encore une fois le début de l'Evangile, à la lumière de notre méditation : "Alors on verra le pauvre, le faible venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire." Quel contraste, entre le pauvre, le faible et la grande puissance et la gloire !
Mais ce contraste, le secours catholique et toutes les associations caritatives vous invitent à l'expérimenter.
Venez accueillir les migrants, les sans-papiers, les indigents et vous découvrirez la puissance vitale qui les anime. Combien la volonté de sortir de leur condition est chevillée à leur corps.
Imaginons la force d'humilité nécessaire pour tendre la main et malgré cela rester digne. Être digne comme un Fils d'homme, debout, le regard droit mais doux comme celui des béatitudes.
La première valeur que défend le secours catholique, c'est le respect de la dignité de la personne humaine.
Le respect de la dignité de la personne humaine, c'est regarder tout homme avec respect, c'est l'accueillir avec respect, c'est l'aider avec respect parce que c'est ce à quoi tous les êtres humains sont appelés.
Tous les humains sont marqués de la ressemblance de Dieu. Tous les fils d'hommes sont marqués de la ressemblance de Dieu. Le Fils de l'homme, quant à lui, est marqué de l'image du Père.
Et dans tout cela, dans ces histoires de filiations, les fils d'hommes trouvent les ressources pour vivre, pour les uns il s'agit d'implorer en tendant la main, pour les autres, de prendre les mains tendues dans leurs mains.
Quand les fils des hommes agissent selon ce que leur inspire le Fils de l'homme, véritablement, ils participent au royaume des cieux, aussi bien les pauvres qui crient que les fils d'hommes qui sont touchés par les cris.
Et tous les fils d'hommes se trouvent un jour dans la situation de tendre la main et un autre jour dans la situation de prendre la main.
Et tout homme sait qu'il verra un jour le soleil s'obscurcir. Tout homme verra ce qui l'entoure se transformer en brume. Tout homme verra la lune pâlir. Tout homme verra le monde qui l'entoure s'effondrer. Alors la part en lui qui appartient à Dieu, cette part qui est marquée à la ressemblance de Dieu, verra le pauvre, le faible venir dans cette nuée avec grande puissance et avec gloire pour le relever.
Le Fils de l'homme rassemblera, des quatre coins du monde de l'homme, ce qui vaut le coup, ce qui mérite d'entrer dans la gloire.
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Le premier commandement / Mc 12 28b-34/ Une homélie

(...)
Jésus se saisit de cette loi ancienne, pour jongler avec, pour souder ensemble des morceaux qui se trouvaient loin l’un de l’autre.
Jésus qui est le Verbe de Dieu, qui est la Parole de Dieu, est seul capable de faire ce travail de « re-montage », de « couper-coller »…
Il est seul capable de faire de l’écriture une parole, de faire de la lettre une voix qui s’entende…
car le premier mot de ce « premier plus grand commandement » est lui-même un commandement…
le premier mot qui sonne à nos oreilles et dont dépend toute la suite : « Ecoute »

« Ecoute »
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton Esprit et de toute ta force »
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Reste qu’il nous faut maintenant assumer cette loi « remodelée » par Jésus.
Il ne vient pas dire au scribe que la loi est une vieille chose dépassée, que désormais la seule chose qui compte c’est d’être gentil avec son voisin, compatissant avec les pauvres, et engagé dans son église !
Il ne vient pas nous dire : « cette affaire de loi est une affaire de scribe qui ne nous concerne plus, nous, hommes et femmes modernes, pétris de droits de l’Homme et de bons sentiments »…
Non, la loi demeure, cette triple loi nouvelle et ancienne à la fois.
« Aimer Dieu, son prochain et soi-même »

▪ Qu’est-ce que c’est « Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toute sa force » ?
▪ Qui pour aimer Dieu de cette manière ?
▪ Qui peut dire « j’aime Dieu de tout mon cœur (c’est à dire que pas une part de mon cœur n’est occupée à autre chose), de toute mon âme, mon esprit et ma force (c’est à dire que pas une part de mon âme, de mon esprit et de ma force n’est occupée à autre chose) »… ?
Pour pouvoir aimer Dieu ainsi, il faudrait connaître l’objet de son amour….
▪ Qui connaît Dieu pour l’aimer ainsi ?
Pour l’homme, c’est impossible.

C’est probablement pour ça que Jésus vient coller le second commandement
Aimer son prochain comme soi-même
ici, nous sommes moins perdus… ce n’est pas plus simple, mais au moins, nous avons un repère à notre portée : nous-même.

(...)
Alors, j’aimerais pour finir vous lire un petit texte de Marie Noël.

Voici ce qu’elle écrit dans son journal. Que ce soit notre prière de ce matin :

« Mon Dieu, je ne vous aime pas, je ne le désire même pas, je m’ennuie avec vous. Peut-être même que je ne crois pas en vous.
Mais regardez-moi en passant.
Abritez-vous un moment dans mon âme, mettez-la en ordre d’un souffle, sans en avoir l’air, sans rien me dire.
Si vous avez envie que je croie en Vous, apportez-moi la foi. Si vous avez envie que je vous aime, apportez-moi l’amour. Moi, je n’en ai pas et je n’y peut rien. Je vous donne ce que j’ai : ma faiblesse, ma douleur. Et cette tendresse qui me tourmente et que vous voyez bien… Et ce désespoir… et cette honte affolée…
Mon mal, rien que mon mal
C’est tout !
Et mon espérance ! »*
╬ Amen
Sylvain Diacre
*Marie Noël Notes intimes. Stock 1959 p.41