La vérité de Dieu a quelque chose d’effrayant et de doux à la fois. Elle est toute simple, et ses progrès ne sont pas aussi rapides que ceux des hommes dont l’intelligence aboutit aujourd’hui à fabriquer des bombes atomiques. La vérité de Dieu souvent s’introduit dans le cœur des hommes sans même qu’ils le sachent ; il semble qu’une parcelle seulement en soit venue : par exemple dans l’humilité silencieuse du cœur, dans la nostalgie obscure de l’esprit, dans la résignation avec laquelle quelqu’un accepte les dispositions d’un destin qui reste muet et qui ne s’explique pas. Mais si petite qu’elle soit, lorsqu’elle vient ainsi dans la force de l’Esprit Saint, elle est là tout entière, et en elle est donnée aussi le commencement de l’amour et de la vie éternelle.
Mais cette unique vérité de Dieu, si simple, par laquelle Dieu se dit lui-même au plus profond du coeur des hommes, elle est la vérité devenue présente dans le monde parce que jaillie du cœur percé de Jésus-Christ.
Et c’est pour cela que cette vérité veut se faire chair dans la parole humaine ; elle veut devenir la mélodie permanente d’une symphonie infinie qui retentisse à travers tous les espaces du monde ; elle veut être expliquée et proclamée : pour pénétrer dans le cœur des hommes, elle veut passer aussi par les portes de l’ouïe et du cœur des hommes, qui est sa demeure la plus intime, elle veut monter et sortir pour aller pénétrer dans tous les secteurs de la vie des hommes, pour être prêchée sur tous les toits, pour juger et purifier, pour sauver et rejoindre toute vérité humaine afin de l’accomplir.
Et c’est pour cela qu’il y a des messagers de cette vérité, des messagers humains. Ils viennent avec des paroles humaines, mais elles sont remplies de la vérité de Dieu. Et ce qu’ils disent est quelque chose d’aussi vieux que le monde mais qui n’a toujours pas été compris encore : ils disent la vérité qui seule ne périt pas, la seule qui ne s’use ni ne s’épuise. Ils disent Dieu : le Dieu de l’éternelle splendeur ; ils disent que Dieu lui-même est notre vie ; ils proclament que la mort n’est pas la fin, que l’habileté selon le monde est sottise et myopie, qu’il y a un jugement, une justice et une vie éternelle. Ils disent toujours la même chose, avec monotonie et pour la millième fois. Ils le disent à eux-mêmes et aux autres, car les uns et les autres doivent reconnaître qu’ils n’ont toujours pas compris encore le contenu de cette prédication : Dieu, le Dieu vivant, le vrai Dieu, Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Karl RAHNER, Traduit de l’allemand. 1966.
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