La transfiguration / Matthieu 17 / Une homélie

La transfiguration, c'est d'abord une histoire de lumière : 
"son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière".
Puis voilà qu'une nuée lumineuse prend les disciples sous son ombre.
(...)
Comment se fait-il que cette scène ne remplisse pas les disciples de terreur, ou au moins d'un peu de retenue ?
Mais la nuée lumineuse les prend sous son ombre et la voix retentit. 
C'est alors seulement, au son de la voix, que les disciples tombent face contre terre et sont saisis d'une grande crainte.
Il y a donc quelque chose pour les yeux et quelque chose pour les oreilles.
Et l'Evangile pointe ce avec quoi nous nous débattons en permanence dans notre foi : le voir et l'entendre.
Il y a d'abord le spectacle éblouissant de la gloire de Jésus.
Pas de mots pour le décrire, mais ce spectacle nous attire, nous voudrions voir.
Il y a du côté des yeux une part de jouissance qui, comme pour Pierre, nous fascine, nous invite à nous fixer, nous figer dans l'image.
Nous envions les disciples spectateurs de cette vision, mais cette vision se dérobe, elle n'est pas un lieu où demeurer.
Au moment du plus spectaculaire, il n'y a plus rien à voir ! 
Il n'y a rien à voir, il y a à entendre : 
"Ecoutez-le" conclue la voix. "Ecoutez-le", comme un commandement
La voix qui le désigne comme fils bien-aimé nous interdit de le contempler, elle le soustrait à la jouissance de nos regards, elle demande l'écoute.
Elle ferme les yeux, face contre terre, mais elle ouvre les oreilles.
On nous demande de demeurer dans la Parole, pas dans l'image.
Comme Marie la sœur de Marthe au pieds de Jésus, comme Abraham dans la première lecture, qui change sa vie à l'oreille, parce qu'il entend la voix qui lui dit "quitte ton pays et va".
(...)
Dans notre chemin vers le matin de Pâques, souvenons-nous de cette nuée lumineuse qui fait de l'ombre car bientôt ce qu'il y aura à voir va nous scandaliser, dans quelques semaines, au soir du vendredi saint : c'est un Christ crucifié, défiguré, souillé, sombrant dans la nuit qu'il nous sera donné de contempler.
Thérèse de Lisieux écrit : "Vivre d'amour, ce n'est pas sur la terre, planter sa tente au sommet du Thabor, avec Jésus, c'est gravir le calvaire, c'est regarder la croix comme un trésor".
- Devant la croix misérable du vendredi saint, souvenons-nous que s'y manifeste pour nous la plus haute gloire du Fils. Et que nous n'aurons rien d'autre à contempler.
- Pierre Jacques et jean seront les seuls témoins de la gloire et de la croix, parce que la gloire et la croix, c'est la même chose !
- La résurrection se fait sans témoin, dans le creux du rocher...
Rien pour les yeux dans la résurrection...
Mais nos oreilles ont de quoi faire, et ce sont elles qu'il réclame...

Le Fils de l'homme s'avance vers la croix pour ressusciter d'entre les morts.
Ne nous trompons pas de trésor, n'espérons pas de spectacle...
Mais que nos oreilles se réjouissent

Écoutons-le

╬ Amen
Sylvain, diacre


Homélie du dimanche,
"Pour les enfants"
(...) On me dit que, parmi vous, il y en a qui s'ennuient à la messe ...
Alors, d'abord, je vous dis tout de suite que ça arrive à tout le monde, que les gens qui ne se sont jamais ennuyés à la messe, ils ne sont pas nombreux.
Ensuite, je vous dirai que ce n'est pas très grave... qu'on a le droit de s'ennuyer à la messe, mais que ce n'est pas une raison pour ne pas y aller!
Parce qu'on n'y vient pas pour nous, mais pour Jésus qui nous y invite, ce n'est pas notre plaisir que l'on vient chercher à la messe, mais le sien à Lui !
Je vous dis tout ça parce que je crois que dans ce texte de la transfiguration, il y a peut-être une piste pour moins s'ennuyer à la messe.
La messe, ce n'est pas un spectacle...
Il y a de la musique, mais elle n'est pas toujours merveilleuse ! il y a des types habillés bizarrement, sur une estrade qui ressemble à une scène, mais on peut pas dire qu'ils soient très beaux, ni très intéressants, ni qu'ils fassent des cascades très impressionnantes...
La messe, ce n'est pas un spectacle...
Si on vient pour assister à un spectacle pour réjouir nos yeux, comme on va à un concert ou au cinéma, là, c'est certain, on sera déçu...
Pourtant, il y a bien des choses à voir, mais elles sont toutes petites : des bougies, des fleurs, des morceaux de pain, des coupes de vin, des types habillés en blanc qui font des gestes, et chaque geste est important, et chaque geste veut dire quelque chose....
Et puis surtout, il y a vous.
Ce n'est pas un spectacle parce que ce sont les gens rassemblés qui sont les acteurs de la messe... tous... personne n'est en dehors.
Nous, ici nous ne sommes que les serviteurs de votre action à vous...
ce qui compte, c'est ce que nos oreilles entendent.
Ce sont nos oreilles qui apprennent à nos yeux la vérité et la beauté de ce qui se passe.
Que Jésus se mette à briller comme le soleil, c'est bien beau, mais Dieu ferme les yeux des disciples pour leur ouvrir les oreilles.
Il faut se méfier de ce que nos yeux voient et de ce qu'ils voudraient voir.
(...)
La messe, pour ne pas s'y ennuyer, il faut y venir souvent, parce qu'on est dur de la feuille et que nos yeux ont du mal à voir en vérité ce qui s'y passe.
Nous ne faisons pas du spectacle, si nous voulions en faire, nous mentirions.
Dieu ne veut pas que nous soyons fascinés par une image, mais que nous soyons ouverts à sa Parole.
Sylvain diacre
╬ Amen

Il eut faim / Matthieu 4 / Une homélie

"Il eut faim." Cela fait quarante jours que Jésus jeûne. Et au bout de ces quarante jours et quarante nuits Jésus a faim !
Jésus a faim. C'est par le biais de cette faiblesse que le diable s'approche et tente sa séduction.
Le diable brouille les pistes. Il s'adresse à Jésus par le titre de Fils de Dieu. Mais c'est quand Jésus a faim que le diable l'aborde. La faim, une sensation très humaine, très biologique.
C'est compliqué de contrôler sa faim, surtout après quarante jours de jeûne. Le corps veut vivre. Le corps répugne à s'attaquer à lui-même pour se nourrir et tirer de l'énergie pour avancer.
Pendant sa retraite au désert, on peut imaginer que Jésus a prié, on peut imaginer qu'il a médité, qu'il s'est préparé à la grande mission de son Père. Ce qui le divertit de sa prière, c'est la faim. C'est son estomac qui se rappelle à sa mémoire et le distrait.
Mais depuis quarante jours, que fait-il ? Que fait-il depuis qu'il s'est retiré? Il a dû méditer en profondeur la parole de Dieu. Il l'a tant méditée qu'elle s'est faite vraiment nourriture pour lui. "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu."
Et le diable s'est approché de Jésus comme le serpent dans la Genèse, il lui propose de la nourriture comme il le fit aux premiers hommes dans le jardin.
Le texte de la Genèse évoque aussi une tentation autour de la nourriture, c'est par la nourriture que le péché entre dans le parcours de l'homme. C'est en mangeant du fruit de l'arbre défendu que l'homme chute. Mais, il n'est pas dit que ce soit la faim, celle de l'appel de l'estomac, qui pousse l'homme à manger. C'est plutôt le doute dans la parole de Dieu, l'homme croit dans ce que lui susurre le serpent. Car le serpent, il parle, et juste une parenthèse, le serpent y perd beaucoup dans l'histoire, il perd à la fois l'usage de la parole et les pattes qui lui servaient pour marcher.
Donc c'est dans le doute dans la parole de Dieu que l'homme chute, et c'est dans la foi dans la parole de Dieu que Jésus vient sauver l'homme.
La deuxième tentation du diable s'adresse encore à la nature humaine de Jésus bien qu'il l'interpelle encore avec la même expression de "Fils de Dieu". Dans cette seconde tentation, il lui propose de mettre en danger son corps, son intégrité humaine en l'incitant à plonger dans le vide depuis le lieu où les Juifs adorent Dieu.
Jésus respecte son corps. Son corps c'est Lui. Il n'habite pas un corps qu'il agiterait comme un pantin. Il est vrai homme.
La troisième tentation est certainement la plus humaine de toutes, car le diable s'adresse, à travers Jésus, à cette part en nous qui cherche le pouvoir sur les autres, sur le monde, sur les événements. Il fait croire que gouverner et se couvrir de gloire est chose facile.
Il fait croire que la gloire est à ceux qui se compromettent avec lui, le malin. C'est comme s'il n'y avait pas de chemin possible pour vivre dans le monde d'une manière juste et cohérente avec les commandements de Dieu, avec le soutien du Père.
"C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. "
Le diable attaque toujours là où il sent qu'il y a le plus de faiblesses.
Mais la force et la puissance de Jésus s'appuient, se fondent sur sa faiblesse. C'est en se faisant homme que Dieu vient nous sauver. C'est en rejoignant les pécheurs que Jésus vient guérir ce qui est perdu.
Aujourd'hui, nous célébrons le premier dimanche du carême, nous entrons dans le carême, et comme nous l'a dit Monseigneur Ricard lors de la messe des Cendres : "entrer en Carême, c'est donc partir au désert et vivre son Carême, c'est entrer dans l'expérience du désert."
Pour ce temps de carême, nous sommes invités à suivre le Christ au désert et à éprouver notre corps pour s'entrainer à résister à la tentation. Nous sommes invités à la suite de Jésus à nous appuyer sur nos faiblesses pour combattre ce qui nous plonge dans les ténèbres.
Mes amis, soutenons-nous les uns les autres dans la prière pour entrer dans le combat.
Mes amis, entrons au désert ensemble et partageons la parole de Dieu, pour qu'elle soit pour nous véritable nourriture.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Et moi je vous dis / Mt 5 17-35 / Une homélie

Jésus s'assoit au sommet de la montagne, et « ouvrant la bouche », il parle (...)
Qu'est-il en train de mettre en œuvre ? « Je ne suis pas venu détruire la loi et les prophètes, mais accomplir ». Il vient accomplir la Loi.

Avant lui donc, la Loi est incomplète, il lui manque quelque chose.

La Loi, c'est ce qui fait que nous pouvons vivre ensemble sans nous déchirer.
Elle est là pour rendre possible la société des Hommes, dans la justice, le respect et la paix.
Elle pose les limites symboliques nécessaires à ce que la vie des Hommes grandisse, à ce qu'il y ait une juste distance entre nous.
La Loi, elle est reçue de Dieu, par Moïse, au sommet d'une autre montagne.
La Loi, ce n'est pas qu'une affaire d'hommes à hommes, c'est l'alliance que Dieu désire établir avec les hommes. Jésus semble ajouter, coller des annexes à la Loi :
« tu ne tueras pas » avec « tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. »
« tu ne commettras pas d'adultère » et « tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur »

Tu ne tueras pas... ça va... je n'ai jamais tué personne... mais se mettre en colère contre son frère... alors là, ça se complique. 
Tu ne commettras pas d'adultères... très bien... mais regarder l'autre avec désir... ça demande réflexion.
Alors quoi ? Jésus viendrait sous prétexte de compléter la Loi, la rendre encore plus dure ? Encore plus difficile ? Il viendrait multiplier les occasions de chutes ? multiplier les radars qui nous prennent en défaut ? Instaurer une loi morale devant laquelle seuls les purs pourraient tenir ? En nous demandant une justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens, il nous demanderait d'être des super-scribes ? Des super-pharisiens ?
« Vous avez appris qu'il a été dit » / « mais moi je vous dis »
L'accomplissement de la Loi, il se fait là.
Dans cette bascule, dans ce changement de sujet.
Par le Christ, la Loi devient un corps qui parle. Il y a quelqu'un qui dit « je », qui a l'audace de dire « je ». Il ne s'agit plus de mots gravés sur une pierre, il s'agit de la vibration de la voix de quelqu'un (...).
Par ce glissement, la Loi est ouverte, dépliée, il ne s'agit plus de nous mettre à la suite d'un texte, même si ce texte vient de Dieu, il s'agit d'être rejoint par la voix d'un vivant qui nous parle. Qui nous parle aujourd'hui.
Surpasser les scribes et les pharisiens, ce n'est pas rajouter une couche de légalisme, c'est découvrir que quelqu'un parle dans la Loi.


Il ne lit pas la Loi, il n’interprète pas la Loi, il n'y colle pas de nouveaux articles,
il la dit, il la parle, il la fait passer dans un corps, dans une chair.
Ce qui manquait à la Loi, c'était le Corps
Alors tuer et « se mettre en colère contre son frère », c'est la même chose...
Et voilà pour la première fois dans l'évangile, le mot frère qui surgit.
En disant la Loi, Jésus nous donne des frères.
Alors commettre l'adultère et se saisir de l'autre par le regard, c'est la même chose...
L'adultère désormais se fait « dans le cœur ».
Alors jurer n'est plus possible parce que c'est se saisir de Dieu.

Sommes-nous capables dans nos vies, de discerner la voix de celui qui vient accomplir toutes choses ?
Sommes-nous capables d'entendre la voix qui vient ouvrir la Loi et lui donner la couleur de la grâce ?
Méliton de Sardes écrit au deuxième siècle :
« La Loi est ancienne, mais le Verbe est nouveau. La Loi est devenue le Verbe, et, d'ancienne, elle est devenue nouvelle, le commandement s'est transformé en Grâce, la figure en vérité, l'agneau est devenu fils, la brebis est devenue homme et l'homme est devenu Dieu »
╬ Amen

Sylvain diacre

Le sel de la terre / Mt 5 13-16 / Une homélie

« Vous êtes le sel de la terre », Vous êtes le sel de la terre, vous que je regarde. Et pourquoi, m’exclure : nous sommes le sel de la terre. Dimanche, dernier nous méditions sur le texte des béatitudes et aujourd’hui, nous lisons la suite.

Je vais rappeler un tout petit peu le contexte, le texte des béatitudes commence par : « Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui. » Puis le discours des béatitudes de dimanche dernier, puis le texte que nous venons de lire. 
Il y a dans l’Evangile de ce dimanche, trois protagonistes ou trois groupes distincts de protagonistes, Jésus, le groupe des disciples et la foule sur une montagne qui s’apparente plus à une petite colline qu’à nos Pyrénées. 
Je vais vous demander de faire un effort d’imagination, un exercice qu’appréciait beaucoup saint Ignace de Loyola. Entrons dans le texte de l'Evangile. Imaginez-vous présent sur la montagne, imaginez que vous percevez la voix de Jésus toucher vos oreilles. Laissez en vous pénétrer ces mots : « Vous êtes le sel de la terre »… Vous êtes assis, pas vraiment confortablement, sur la rocaille chaude de cette petite colline qui surplombe le lac de Tibériade. Il y a du monde cette fin de matinée pour écouter cet homme si surprenant. Il fait tant de choses étonnantes. Il prononce des phrases inédites. Le soleil est déjà haut dans le ciel. Les insectes bourdonnent autour, nous sommes en communion avec la nature. Vous y êtes ? … Là, comme résultat de notre méditation, j’ai envie de vous demander dans quel groupe vous situiez-vous ? Etiez-vous Jésus, étiez-vous parmi les disciples ou parmi la foule ? Oui nous étions des disciples, oui nous sommes des disciples de Jésus.

C’est à nous que Jésus dit que nous sommes le sel de la terre. Nous sommes de ceux qui doivent révéler au monde la saveur du Royaume de Dieu. Nous ne savons pas précisément  comment doit s’opérer cette annonce. C’est certainement selon les charismes et l’inventivité de chacun, mais dans le monde nous sommes appelés à donner aux autres le goût du Royaume qui vient. 
Cette annonce a ses exigences, il ne s’agit pas d’affadir le message, il ne s’agit pas d’enjoliver le chemin. Il s’agit d’annoncer en vérité et de dire la joie profonde que cela donne. 
Nous ne sommes pas le sucre de la terre. Le sucre c’est ce qu’attend le monde pour se voiler les yeux de la misère qui l’entoure. Le sucre c’est ce qu’on a peur de se faire voler par les hommes et les femmes qui frappent à notre porte demandant un peu de paix et de chaleur. Le sucre c’est ce qu’on ne veut pas partager. Nous sommes le sel de la terre quand nous sommes des disciples missionnaires comme le demande François.

 « Vous êtes la lumière du monde », Vous êtes la lumière du monde, vous que je regarde. Et pourquoi, m’exclure : nous sommes la lumière du monde. 
« Que votre lumière brille devant les hommes » cette lumière vous appartient, vous l’avez reçu à votre baptême, certains d’entre nous l’ont ravivée à leur confirmation. Cette lumière est un don qui fait de nous des disciples. Ne cachons pas ce que nous recevons. Là où nous sommes, dans nos familles, dans nos lieux de travail, dans nos associations de loisirs, laissons le témoignage de la lumière éclairer notre visage. 
Ne nous prenons pas pour la lumière.

Laissons en nous témoigner l’Esprit car comme le dit Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, « C’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient ». Nous ne sommes pas les ténèbres du monde. Les ténèbres, c’est le lieu où se tapissent ceux qui ont peur d’accueillir les réfugiés de la guerre. Les ténèbres, c'est ce que nous proposent le monde pour cacher notre indifférence et notre autosuffisance. Les ténèbres, c'est ce lieu où la miséricorde du Père est ignorée. 

Nous sommes la lumière du monde, nous sommes des disciples lampadaires.
Ne nous prenons pas pour la Lumière, mais portons-là haut pour quelle illumine les visages.
 
"Alors ta lumière jaillira comme l’aurore,
et tes forces reviendront vite.
Devant toi marchera ta justice,
et la gloire du Seigneur fermera la marche."
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Voici l'Agneau de Dieu / Jn 1 29-34 / Une homélie

Jean voit Jésus.
Il voit Jésus et il dit « voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Il ne connaît pas Jésus, c'est lui qui le dit à deux reprises, il ne le connaît pas, il ne l'a jamais vu, ils ne se parlent pas, ils ne se touchent pas...
il y a simplement un homme qui marche et un homme qui voit...
Que voit-il ?
Que voit-il pour pouvoir dire cette phrase stupéfiante ?
« voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
Voici l'agneau.
(...)
Tout est renversé. C'est Dieu lui-même qui donne l'objet du sacrifice !
L'unique objet de l'unique sacrifice. C'est lui qui se donne, pour nous !
(...)
Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice
tu as ouvert mes oreilles
Dieu ne nous demande ni offrande ni sacrifice....
c'est la fin des agneaux des hommes, des agneaux offerts par nous.
Dieu ne veut pas de donnant/donnant, Dieu ne fait pas de marché avec nous...
Désormais, il faut que ça passe par les oreilles : tu as ouvert mes oreilles.
Et ce n'est pas à nous d'ouvrir nos oreilles, c'est lui qui s'en charge !!
Jean voit, il voit et il parle, et si il parle, c'est pour que nous entendions.
Nous avons à entendre, pas forcément à comprendre... car comment comprendre ?
Tu ne voulais ni holocauste ni victime
alors j'ai dit : « voici, je viens »

Quand les oreilles sont ouvertes, le voilà notre sacrifice, la voilà notre offrande : « je viens »
Dire au Seigneur « voici, je viens ».
Et ce n'est pas « je viens pour faire des tas de choses, pour faire le bien, pour changer le monde, pour être comme ci ou comme ça.... »
c'est « voici, je viens »....
Je viens, c'est tout ce que tu attends de moi.
Je viens, c'est « j’entends »,
c'est « je me mets moi aussi en mouvement », comme Jésus qui marche, comme l'agneau qui vient.
Je viens, c'est « J'accepte le don que tu me fais, je n'y comprends rien, ton amour pour moi dépasse toute mesure, il est inconcevable à mon intelligence, mais je dis oui ».
Je viens, c'est « Je dis oui »

Le sacrifice, l'offrande, l'holocauste, la victime, c'est mon oui, c'est mon oui en mouvement.

A la toute fin de la liturgie eucharistique, quand on aura prié, qu'on aura consacré le pain et le vin, qu'on aura rompu le pain, qu'on aura prié l'agneau de Dieu,
le dernier geste que le prêtre fera, sera d’élever la coupe et l'hostie rompue et il dira
« Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Les derniers mots qu'il vous dira seront ces mots, ceux de Jean voyant Jésus qui s'avance.
Et nous, que verrons-nous ?
Nous ne verrons Rien.
Nous verrons l'insignifiance d'une coupe de vin et d'un morceau de pain déchiré.

Mais nos oreilles entendront : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
Nos oreilles entendront car le Seigneur les a ouvertes.
Nos oreilles entendront et quelque chose en nous dira « moi, j'ai vu et je rends témoignage : c'est lui le fils de Dieu »
(...)

╬ Amen
Sylvain, diacre

Nous avons vu son étoile à l’orient / l'Epiphanie / Une homélie

Mais qu’est-ce qui a pris à ces mages de se mettre en route à la suite d’une étoile ? Ils auraient lu quelque part qu’une étoile annoncerait la venue d’un roi chez les juifs. Et quand apparait dans le ciel une étoile, comme une anomalie dans l’ordre bien établi de l’univers, ils se mettent en route. Mais écoutez bien, ils ne se concertent pas, car selon la tradition populaire, ils se mettent en route de différents endroits et leurs routes convergent. De plus, non seulement ils se mettent en route mais en plus ils emportent dans leurs bagages des présents pour le roi des juifs qui va naître. Chacun  probablement emporte ce qu’il y a de plus précieux pour lui.
Des rois, ils devaient en naître un peu partout en Mésopotamie. Pourquoi, la venue de ce roi les fait-il se lever ?
Il y a comme une grâce particulière qui les enveloppe et comme une force irrésistible qui les meut.
Certainement et mystérieusement, les mages perçoivent-ils que ce roi qui porte le nom d’Emmanuel, Dieu avec nous, vient de l’Esprit Saint, comme on le lit au chapitre précédent dans l’Evangile de Matthieu.
Ces mages sont probablement touchés au plus profond de leur être par le mystère de l’incarnation. Ils ont reçu la grâce de la révélation de l’incarnation, ils savent inconsciemment que ce roi est particulier que son règne est nouveau et que cela mérite de se prosterner devant lui.
Mais il y a comme une faille dans leur foi, dans leur certitude. Ils ne confient pas leur trajet au seul parcours indiqué par l’étoile ou bien l’étoile s’est-elle éclipsée, ou encore l’étoile est-elle masquée par les lumières de la ville de Jérusalem.
Toujours est-il que les mages s’adressent aux habitants de la ville pour savoir où est né le roi des Juifs, mettant ainsi en danger l’enfant.
C’est comme si la révélation de la nature de l’enfant n’était pas complète dans le cœur de ces mages. C’est comme si leur soif de savoir nécessitait une confirmation alors qu’ils sont si près du but.
La révélation est effectivement partielle. Si Dieu se révèle aux mages comme le Dieu des vivants en venant partager la vie des hommes, en venant partager leurs peines et leurs joies. Il manque encore la révélation de la victoire de ce Dieu fait homme sur la mort par la résurrection de son Christ.
Cette révélation est complète chez les apôtres comme nous le dit Paul dans sa lettre aux Ephésiens.
De nos jours encore, on peut dire que la révélation n’avait pas été portée comme elle l’a été aujourd’hui. Certains ont cette grâce. Avoir cette grâce n’est pas pour s’en enorgueillir mais pour la partager. D’autres ne la reçoivent pas ou n’y ont pas accès ou encore la refuse. Notre mission c’est de la leur porter.
Un sauveur nous est né, et il vient pour tous les humains. Ne gardons pas cette bonne nouvelle pour nous. Allons au-delà de nos frontières comme nous y invite François et portons cette bonne nouvelle à toutes les nations comme nous le propose Paul.
Il y a une grâce qu’il est facile de partager. Aussi je vous pose une question : « est-ce que venir à la messe ça fait du bien ? Oui, ça fait du bien ? Et bien dites-le, partagez le. Cessons de décrire la messe comme un sacrifice qu’on ferait, comme un supplice qu’on s’imposerait. Celui qui se sacrifie c’est le Christ, celui qui est supplicié c’est le Christ et tout cela pour que nous soyons sauvés, pour que nous ayons du bien. Il donne son corps et son sang pour que nous ayons la vie éternelle, ici à cet autel. Il n’y a pas de sacrifice de notre part, il n’y a que la joie de la rencontre de notre Dieu qui nous invite à le rejoindre à cet autel.
Nous sommes les mages d’aujourd’hui, nous venons déposer en cadeau nos vies aux pieds du sauveur. Un jour, nous avons été touchés par la révélation de l’incarnation de Dieu. Une étoile se lève sur notre vie et nous nous mettons en route. Ne nous arrêtons pas pour savoir où est notre chemin, appelons plutôt ceux qui croisent notre chemin à suivre l’étoile qui guide nos pas vers la lumière du ressuscité.
« Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, pour l’annonce de l’Evangile. »
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.
Homélie du 8 janvier 2017