L'Agneau de Dieu / Jn 1, 29-34 / Une homélie

La partie inaugurale de la vie publique de Jésus est marquée par une série de témoignages forts, comme pour attester l’authenticité à la fois de sa mission et de son identité de Messie et de Fils de Dieu : en tant qu’accomplissement des promesses divines que l’évangile de Jean résume en ces termes : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn. 3,16).
Dimanche dernier, au baptême de Jésus, alors que l’Esprit-St descendait sur lui sous la forme corporelle d’une colombe, la voix du Père tonnait : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis toute ma joie » (Mt 3, 17).
On peut bien comprendre que ce soit le Père qui rende le tout premier témoignage sur Jésus, d’autant plus qu’il est la source et l’origine même de la mission dont est investie le Christ.
Aujourd’hui, c’est Jean le Baptiste qui, à la suite du Père, rend témoignage à Jésus en nous dévoilant son identité et sa mission à travers deux attributs sur lesquels je vous propose de porter notre méditation de ce jour.

1. Jésus est « l’Agneau de Dieu »
« Voici (dit Jean-Baptiste) l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».
L’identification de Jésus comme « Agneau de Dieu» est inédite. Elle ne se retrouvera dans l’évangile de Jean qu’au verset 36 de ce même chapitre 1er, lorsque le Baptiste présentera Jésus à ses propres disciples. De fait, c’est le titre de la première adhésion à Jésus dans l’Évangile, par lequel les premiers disciples de Jésus (André et, probablement, Jean) demeurèrent avec lui lorsqu’il leur fut introduit par leur premier maître, Jean le Baptiste.
Pour le comprendre, il faut noter que la référence à l’agneau a ses fondements dans l’Ancien Testament. Et dans cette vision grandiose du Baptiste au bord du Jourdain, semble avoir été convoqué ici Tout l’Ancien Testament, en partant déjà d’Abraham qui avait prédit à son fils Isaac que : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste » (Gn 22, 8).
Pour les spécialistes de la Bible, 3 principales fonctions se dégagent de la référence à l’Agneau : 
 

* Soit il s’agit de l’Agneau décrit par Isaïe (53,7) : « Comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis muette devant celle qui la tondent, il n’ouvre pas la bouche ». Et dans ce cas Jean verrait en Jésus la figure du Serviteur Souffrant qui prend sur lui la condition pécheresse du monde.


* Soit il s’agit de « l’Agneau immolé et dressé » de l’Apocalypse qui, d’après St Jean, est capable de remporter la victoire sur le péché et la mort (Ap. 5,6 ; 14,10; 17,14).

* Soit il s’agit de « l’Agneau Pascal » : Toujours selon Jean et cette fois dans l’évangile (19, 14), Jésus est crucifié à l’heure où les prêtres commencent à sacrifier les agneaux pour la fête de Pâque).  

Et si l’on ne perd pas de vue que l’évangéliste écrit à une époque postérieure à l’événement de Pâques à destination d’un auditoire qui vit une forte instabilité religieuse et sociale entraînant une importante crise spirituelle, on comprend plus clairement le lien qu’il établit entre Jésus-agneau pascal et ce peuple : la Gloire de celui-ci rejaillira sur ces derniers qui auront persévéré pour demeurer fidèles.

Mais est-il possible de dissocier, d’isoler chacune de ces significations d’«Agneau de Dieu» sans tronquer la réalité de cet attribut de Jésus? Clairement non.

Car l’attribut d’ « Agneau de Dieu » a une densité et une profondeur telles que l’on ne peut s’autoriser à le réduire. D’ailleurs, l’on ne saura jamais le sens précis de la formule dans la bouche de Jean-Baptiste. Et ce n’est pas plus mal. Car au moins, nous savons l’essentiel : C’est que « Jésus est l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » !

C’est-à-dire qu’il est le Serviteur de Dieu qui prend sur lui et assume nos fragilités et nos misères humaines, nos fautes et nos péchés. En ce sens, « Le Christ-agneau porte, supporte et emporte le péché du monde » parce que, pour nous et à notre place, il se met à la merci de tous les prédateurs de tous poils : sociaux, politiques, économiques, sexuels…, qui aujourd’hui incarnent le péché du monde en s’en prenant au plus faibles et aux plus petits.

Mais ce n’est pas tout.
Il est aussi « l’Agneau immolé et dressé », c’est-à-dire celui qui nous donne force et pouvoir de dominer les attractions de nos contingences humaines et les chaînes de nos esclavages multiformes qui nous tirent toujours vers le bas. Car il est lui-même vainqueur du mal sous toutes ses formes.

Mais pas seulement.
Il est encore « l’Agneau Pascal », l’agneau glorieux dont la gloire rejaillit sur tous ceux qui auront cru et vécu à la lumière de son message. 

En désignant ainsi Jésus « Agneau de Dieu » (et souvent l’iconographie présente Jean Baptiste le doigt levé vers Jésus), Jean a terminé sa mission : il est venu annoncer Jésus, dans son incarnation, sa mort et sa résurrection. Il peut laisser toute la place à Jésus. Dans quelques instants le prêtre reprendra le paroles de Jean en présentant la sainte hostie : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Saurons-nous le reconnaître comme tel ?

2. Jésus est le « Fils de Dieu » 
« Moi, (dit Jean le Baptiste) j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Ce témoignage du Baptiste est le couronnement d’une version toute personnelle du baptême de Jésus, différente de celle des autres évangélistes.

Dans la version de Jean, c’est Jean-Baptiste qui voit l’Esprit descendre sur Jésus. Ses yeux de chair voient un homme qui se met dans la file des pécheurs pour se faire baptiser alors qu’il n’en a pas besoin : « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi ». Et la révélation de Dieu lui donne de reconnaître en Jésus le « Fils de Dieu ».

Jésus, « Fils de Dieu », s’est fait homme pour que nous devenions fils de Dieu nous aussi. Voilà le témoignage de Jean Baptiste. Voilà ce que nous croyons en recevant le baptême. Nous sommes les enfants bien-aimés du Père. Nous sommes toute sa joie… Voilà ce qui se passe quand nous descendons dans le baptistère, quand nous versons ou faisons verser de l’eau sur la tête des enfants ou des adultes en disant : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Nous devenons Fille ou Fils de Dieu.
Mais nous avons souvent du mal à témoigner de notre filiation divine, parce que nous avons peur du regard des autres, de l’indifférence des autres, voire même de la différence avec les autres ; ou bien nous doutons que Dieu demeure en nous.

Pour Jean donc, Jésus est « l’Agneau de Dieu », celui qui préexiste, le « Fils de Dieu » rempli par l’Esprit St.
C’est par Jésus seul que nous pouvons vraiment nous tourner vers Dieu, comme il l’a fait lui-même en consacrant toute sa vie à l’œuvre divine. En coulant notre volonté dans sa volonté, nous offrons au Seigneur le véritable sacrifice qu’il attend de nous.

Jean-Baptiste en témoigne ; sa mission y trouve tout son sens. Voici qu’aujourd’hui le Fils bien-aimé prend à son compte les paroles du psaume : « Dans ma bouche, le Seigneur a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. Tu ne demandais ni holocauste, ni victime, alors j’ai dit : ‘Voici, je viens!’».

C’est encore lui qui parle, en reprenant les mots d’Isaïe : « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. » Par le baptême d’eau et d’Esprit, nous sommes enfants d’un même Père, donc frères dans le Seigneur et avec lui. Si le Christ s’applique à lui-même la phrase du prophète, combien nous rejoint-elle aussi ! Alors, j’ose vous le redire, à vous tous et à chacun en particulier : « Oui, tu as du prix aux yeux du Seigneur, ton Dieu est ta force !»
Puissions-nous, ensemble, en réponse à l’amour du Père et avec Jésus, dire : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté ! ».

Amen.

Père Calixte Koulaté

Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma Joie / Mt 3 13-17 / Une homélie

Ce dimanche, nous fêtons le baptême de Jésus, la dernière fête du temps de Noël. C’est aussi ce dimanche que se réunissent les fiancés qui vont se marier dans l’année pour une journée de rencontre. Et enfin, nous sommes tous réunis dans cette église pour partager l’Eucharistie, le repas auquel nous invite le Christ. Cela fait bien trois raisons de s’interroger sur ce qu’est un sacrement.
L’occasion est belle car le texte de l’Evangile de ce dimanche a de quoi nous donner à méditer.
Qu’est-ce qu’un sacrement ? N’est-ce pas le ciel et la terre qui se rejoignent pour la plus grande gloire de Dieu et la joie pour les hommes ?
Regardons le texte de plus près même si on ne peut pas dire que le baptême de Jésus est un sacrement tel qu’on peut l’entendre aujourd’hui.
Toutefois le schéma est intéressant. Il y a tout d’abord Jésus qui est dans le rôle du demandeur et Jean-Baptiste dans celui du ministre, du serviteur qui va accomplir le geste.
Dans tout sacrement, il y a un serviteur ou un témoin qui rend visible ou qui signifie la rencontre. Mais surtout il y a un être humain sur qui s’accomplit la parole qui accompagne le geste.
Dans l’Evangile de ce dimanche cette place est tenue par Jésus lui-même, et il y a comme une nouvelle incarnation dans le geste et la parole qu’il reçoit.
Jésus nous signifie ainsi que nous aussi nous pouvons profiter de cette rencontre. Un sacrement, ce n’est ni réservé à une élite ni à une divinité. Le sacrement c’est pour tous les hommes, c’est pour nous, pour nous relever, pour nous faire grandir, pour nous extraire de notre humus, pour notre joie, pour que s’accomplisse la bonne nouvelle de la visite de Dieu en nous.
« Alors Jean le laisse faire. » Elle peut sembler bien curieuse cette phrase, Elle laisserait entendre que Jean-Baptiste est passif. Mais elle a toute sa saveur dans l’attitude de Jésus. Celui qui reçoit un sacrement n’est jamais passif.
Dans un instant, vous allez bien vous lever pour communier, vous allez bien tendre la main pour recevoir le corps du Christ. Les époux échangent bien leurs consentements. Et le baptisé incline bien la tête vers l’eau. Le pénitent se présente au prêtre et demande explicitement de recevoir le sacrement de réconciliation. Il y a de l’action de la part de ceux qui reçoivent le sacrement. Cela engage leur liberté, il n’y a pas de sacrement sous la contrainte. Et c’est aussi de cela que vient la joie.
Il n’y a pas que le demandeur qui est acteur bien sûr. A ce stade, nous pourrions évoquer le ministre du sacrement ? Curieusement, dans le texte de l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce que fait Jean-Baptiste. Le geste lui-même de Jean-Baptiste est passé sous silence. C’est certainement parce que ce geste n’est pas une fin en soi mais qu’il donne à voir ce qui se passe réellement.
Matthieu nous révèle alors une réalité qui échappe à notre entendement. « Et voici que les cieux s’ouvrirent », il n’y a plus de séparation entre le ciel et la terre, les cieux sont ouverts, ça circule. Désormais ce qui concerne le ciel, concerne la terre et ce qui concerne la terre concerne le ciel. La porte est ouverte pour l’action du sacrement. Comme je le disais au début un sacrement n’est-ce pas le ciel et la terre qui se rejoignent pour la plus grande gloire de Dieu et la joie pour les hommes ?
Un acteur important se révèle dans ce passage, l’acteur essentiel de tout sacrement : «  il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. » C’est avec l’Esprit Saint que s’opère la rencontre lors d’un baptême, c’est lui qui consacre le mariage, c’est lui qui transforme le pain en corps du Christ.
C’est cette rencontre qui nous comble ou qui aiguise notre désir plus grand de connaître Dieu. C’est l’Esprit Saint qui met notre main dans la main du Christ pour un bout de chemin.
Enfin vient reposer sur nous une parole qui vient du Père. Je suis convaincu qu’à chaque baptême, le receveur entend mystérieusement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. ».
A chaque communion, nous savourons mystérieusement le goût du Christ et c’est là notre joie.
A chaque mariage, les époux sentent leur union prendre force.
A chaque réconciliation, nous sentons couler sur nous la miséricorde du Père.
« Voici mon serviteur que je soutiens,
mon élu qui a toute ma faveur.
J’ai fait reposer sur lui mon esprit ;


Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

La sainte famille / Mt 2 13-23 / Une homélie

Il y a quelques jours à peine, nous fêtions la naissance de jésus.
Noël n’est pas la fête de la naissance d’un héros mais la mémoire du surgissement dans le monde du verbe fait chair…
L’incarnation ce n’est pas Dieu entrant dans un corps d’homme comme les dieux antiques descendaient dans des corps de mortels ou d’animaux,
l’incarnation, c’est le Verbe de Dieu, sa parole créatrice, agissante qui se fait chair.
Une union parfaite et définitive, comme l’eau dans le vin…
Dieu prend la chair au sérieux, il ne fait pas semblant, il ne triche pas.
(...)
Voilà donc le tableau complet :
- Un corps sans parole : Joseph
- Des paroles sans corps : l’ange
- La Parole faite corps : Jésus
- et ce qui refuse à la fois le corps et la Parole : le monde

Je n’oublie pas que nous fêtons aujourd’hui la sainte famille
Mais tout ce que je viens de dire n’est pas étranger à la question de la famille.
C’est quoi la sainte famille ? Ça marche comment une sainte famille ?
La famille de l’évangile, elle semble prise au cœur de ce tourbillon étrange de chair et de parole… Inscrite dans ce réseau serré dont le centre est occupé par cet enfant pleinement chair et pleinement parole, pleinement Homme et pleinement Dieu.

(...)
Une sainte famille, c’est une famille qui sait se taire pour écouter les anges
une famille qui, quand elle a entendu les anges, accepte de se mettre en mouvement
une famille qui ne résiste pas à la venue de la Parole dans la chair
c’est à dire qui accepte chez elle la nouveauté, l’inédit de la Parole…
et donc qui s’émerveille en découvrant qu’il y a de l’inconnu dans ses enfants, de l’inconnu dans ses parents…

Que saint Joseph et ses anges bénissent nos familles… saintes

Amen
Sylvain diacre

Il prit chez lui son épouse / Mt 1 18-24 / Une homélie

"Il prit chez lui son épouse" quel chemin parcouru par Joseph, de la déception à l'accueil dans sa maison de son épouse et de l'enfant qu'elle porte.
On peut imaginer la déception de Joseph quand il a appris que Marie, son épouse, attend un enfant alors qu'ils n'ont pas consommé le mariage.
Le texte ne dit pas comment, Joseph l'a appris. Est-ce la rumeur malveillante qui a porté à ses oreilles cette information ? Ou tout simplement a-t'il constaté que le ventre de Marie s'arrondissait ?
Mais, peu importe. Nous les hommes, nous imaginons la déception de Joseph. N'est-ce pas la toute-puissance de sa virilité qui est en cause. Joseph n'est pas le père de l'enfant que porte Marie son épouse.
Il y a de quoi être déçu, et le mot est faible. Pourtant, Joseph ne cède ni à la colère ni à des actes irréfléchis. J'ai envie de dire qu'il se raisonne car il aime Marie.
Dans le peu de mots du texte, nous pouvons définir le caractère de Joseph. Il n'y a pas d'emportement de sa part. Le texte dit que Joseph est un homme juste. Nous, nous aurions peut-être dit que c'est un homme doux, calme, paisible. Et que c'est pour cela qu'il ne veut pas d'esclandre. Mais le texte dit que Joseph est un homme juste.
Que vient faire la justice ou la justesse dans cette affaire ?
Est-ce parce que la peine encourue par Marie ne serait pas juste si la chose se sait ? Ou plutôt n'est-ce pas que Joseph est ajusté à Dieu et qu'il sera réceptif à l'intervention de l'ange.
Etant ajusté à Dieu, il pose un regard de miséricorde sur sa femme. Il ne s'appesantit pas sur sa virilité blessée.
Joseph, quel exemple pour nous les hommes ! Combien notre société s'apaiserait si la figure de Joseph était montrée en exemple d'une manière plus forte. Notre société serait plus juste si la force de caractère de Joseph était plus soulignée dans ce qu'elle a de respectueux et de réfléchi, dans ce que l'amour de sa femme révèle.
Il y a dans cet épisode comme un renversement de ce qui est écrit dans le livre de la genèse. Là où Adam dénonce sa femme comme étant celle qui a péché, Joseph lui ne dénonce pas.
Et puis il y a le songe.
Dans son sommeil, l'ange s'adresse à Joseph. C'est plus facile d'entendre un ange dans son sommeil que de le voir et l'entendre dans sa maison comme Marie en a fait l'expérience.
Car Joseph a tout de même dans l'idée de se débarrasser de Marie. Pardonnez-moi l'expression mais Joseph ne veut pas garder son épouse. C'est clairement écrit.
Alors, l'ange s'adresse à Joseph dans un moment où il est sans défense. Dans son sommeil, Joseph est plus réceptif. Dans son sommeil, Joseph accepte les arguments de l'ange. En fait, dans le songe, Joseph accepte l'inimaginable. "L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint."
Et, l'ange lui murmure qu'il ne doit pas craindre de prendre Marie chez lui. Craindre. Mais de quoi Joseph aurait-il peur ?
Joseph aurait-il peur de cette vie qui se développe dans le ventre de Marie ?
Les pères de cette assemblée comprendrons ce que je vais dire. La vie qui se développe dans le ventre de nos femmes, nous surprend et nous interroge. Nous les pères, comme Joseph, nous ne sommes que spectateurs de l'événement. Nous avons bien mis la main sur le ventre de nos femmes et nous avons bien senti que ça bougeait. Mais cela nous est un peu étrange et étranger.
Dieu se révèle dans ce moment particulier de la gestation d'une certaine manière. Inconsciemment, nous apprenons que la vie nous traverse, qu'elle est un don, que l'enfant à venir ne nous appartient pas, qu'il n'est pas notre chose. L'enfant est un don et notre devoir c'est de le protéger et de l'aider à grandir.
Le Seigneur entre ainsi dans l'histoire des hommes humblement. Tous les hommes touchent cette réalité qu'ils soient pères, qu'ils soient frères ou oncles. L'enfant paraît et les hommes s'interrogent.
Vous les femmes, j'espère que vous me pardonnerez de parler en votre nom, vous les femmes j'imagine que vous comprenez mieux que cette vie qui se développe en vous n'est pas vous mais que vous êtes un réceptacle de la vie. J'imagine que vous percevez mieux ce que Dieu donne.
Dieu humblement s'est incarné dans l'histoire de l'humanité. Et Joseph l'a accueilli comme un père accueille son enfant. Joseph a élevé Jésus comme son fils. Joseph a enseigné son métier à son fils.
La manière dont Dieu entre en nos histoires humaines c'est parce que :


"Quand Joseph se réveilla,
il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :
il prit chez lui son épouse."


Amen !
Dominique Bourgoin, diacre

Lc 2 1-14 / Nuit de Noël / Une homélie

Noël est décidément une fête étrange.
Voilà que nous quittons la chaleur de nos maisons, nos bons repas, nos beaux cadeaux, pour venir encenser un bébé en plâtre en chantant de vieux refrains.

Il doit bien y avoir quelque chose de sérieux qui nous amène ici ?
Je ne veux pas croire que la force de l’habitude, le folklore de nos traditions fantasmées, de nos nostalgies, suffisent à tout expliquer.
Et que dire de la posture surplombante de celui à qui on ne la fait pas, qui regarde tout ça avec ironie (je lisais ce matin dans la presse : « Noël, machine à consommer et piège à bons sentiments »), c’est souvent le même qui est furieux si on lui refuse sa dose d’Anges dans nos campagnes.

Interrogeons-nous sur la vraie raison de notre présence ici ce soir...
Essayons de creuser sous le sucre, pour tenter d’entrevoir sur quoi repose toute cette histoire…
...
Si nous sommes là cette nuit, au fond, je crois que c’est parce que nous avons tous entendu la voix de l’ange.
Quelque chose en nous a entendu « Ne craignez pas, voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un sauveur, le Christ, le Seigneur. Et Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Je le redis, parce qu’il ne faut jamais cesser de le redire, les anges ne sont pas des types avec des ailes dans le dos… ça, ça n’existe pas, c’est de la mauvaise image.
Les anges, ça n’a pas d’aile, parce que les anges ce sont des mots, ce sont des paroles…
Un ange, c’est des mots de Dieu qui circulent entre Lui et nous…
et ça je peux vous dire que non seulement ça existe, mais que nous sommes sans arrêt bombardés d’anges…

Celui de cette nuit vient nous dire au moins deux choses :
1 : aujourd’hui un sauveur nous est né
et 2 : On nous en donne un signe.

Un sauveur…. ??
Un sauveur pour quoi faire ?
Un sauveur pour nous sauver de quoi ?

Nos vies sont chaotiques, chacun porte son angoisse, ses échecs, ses maladies, chacun est marqué de son humiliation, de sa souffrance, chacun traîne avec lui ses déchirures et ses blessures, et, au bout du circuit, chacun va mourir, c’est à peu près la seule chose dont on soit sûr !

Quoi entre ce bébé en plâtre qu’on est venu encenser et l’état de ma vie ?

(...)

Aujourd’hui, un sauveur nous est né.
Aujourd’hui, c’est à dire à l’aujourd’hui où j’entends l’ange me le dire, c’est à dire à l’aujourd’hui où j’ouvre mes oreilles aux mots de Dieu !

(...)

 
Soyons assez malins pour nous laisser faire.
Approchons-nous de cet enfant.
Laissons-nous interroger par lui.
Venons le lire

Prenons Noël au sérieux

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux »
et bénis soient nos bébés en plâtre.

Amen
Sylvain diacre

Comme un voleur / Mt 24 37-44 / Une homélie

C'est le moment, l'heure est venue de sortir de notre sommeil...
Le Fils de l’homme vient…

On nous demande d’attendre, de nous tenir éveillés, de guetter le Fils de l’homme qui vient
et dans le même temps, on nous dit que cette veille n’empêchera pas la surprise...
Nous aurons beau faire, sa venue en nous sera toujours inattendue.
Voilà donc que nous devons attendre quelqu’un que nous avons la certitude de rater !
Continuer d’attendre quelqu’un même quand on est sûr de rater, n’est-ce pas ce qui peut définir les amoureux ?
Si l’on comprend cette posture de veilleur comme celle d’un amoureux, ça nous évitera de prendre cette attente comme un exercice purement théorique, une posture abstraite.
(...)

Le fils de l'homme quand il vient, restaure de l'unique.
Il recrée l'unité, non pas en fusionnant, mais en faisant du tri, en retirant ce qui est en trop.

Nous sommes au premier jour de l'avent, l'Eglise nous invite à nous mettre « en attente », nous voilà en tension vers la nuit de Noël.
Nous avons quelques semaines pour nous préparer, pour nous mettre en attente amoureuse.

Mais dans cette attente, gardons bien présente la figure du voleur…Il vient comme un voleur.
Prenons cette affaire de voleur au sérieux.
Je sais que nous avons été nombreux à être cambriolés dernièrement, voilà qui va nous aider à comprendre !

Le voleur, il vient pour prendre.
Il vient pour prendre ce qu'on ne lui donne pas.

Et ce voleur-là n'est pas un petit voleur comme ceux qui entrent chez nous en forçant une fenêtre… celui-là perce les murs !
Et l’évangile est clair : nous n'échapperons pas à la visite de ce voleur !
(...)

Quand le Fils de l'homme vient, pas un mur ne lui résiste.
Nous aurons beau croire avoir tout verrouillé, il passera.
Et même si nous croyons qu'il n'y a rien en nous pour lui, il prendra ce qu'il s'est choisi.
Et ce qu'il s'est choisi, n'est probablement pas ce que nous avions prévu de lui donner !
Alors nous serons sauvés !

Car c'est bien pour ça qu'il vient, c'est bien pour ça que nous l'attendons.
C’est un vol nécessaire, il nous mène à la vie...
mais comme dans tout vol, ne croyons pas que ce sera simple et sans douleur !

Devant l'enfant de la crèche, ne croyons pas qu'il vient pour nous donner, nous donner ce que nous attendons de lui,
il vient pour prendre... comme un voleur...
que nous le voulions ou non, son amour percera les murs,
il retirera en nous ce qui est double et qui encombre,
il ouvrira la voie pour son désir à lui.

Aurons-nous l’audace de dire avec Mère Thérésa :
« Jésus, je ne vous aime pas pour ce que vous donnez, mais pour ce que vous prenez ».

La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche
Amen
Sylvain diacre