Qui nous séparera ? / Mt14 Ro8 / Une homélie

J’avais une vieille tante qui habitait Tarbes. Les étés caniculaires, pendant que tout le monde souffrait des grandes chaleurs, elle prenait la statue de la Vierge qui trônait dans sa chambre et elle la déposait au milieu de la pelouse, en plein soleil, et elle lui disait : « voilà, tu restes là toute la journée et tu vas voir ce que c’est que d’avoir chaud, et tu seras bien obligée de faire quelque chose pour nous ! »
Je repensais à cette histoire la semaine dernière, en entendant les échos des conversations sur le parvis : « Pourquoi Dieu nous envoie-t’il cette épreuve ? » « Dieu nous a oublié », « Il pourrait quand même faire pleuvoir un bon coup, avec toutes les prières que j’ai fait pour ça ! », « Qu’est-ce qu’il attend pour éteindre ce feu ? c’est tellement facile pour Lui ! »

Quel est ce Dieu aveugle aux souffrances du monde et sourd à nos prières auquel nous croyons tout à coup ?
Qui nous a appris que Dieu est un manipulateur pervers qui s’amuse à nous faire souffrir, qui regarde avec plaisir se détruire les merveilles qu’il a lui-même créées ?
D’où nous vient cette bouffée de paganisme qui nous fait remplacer le Dieu de Jésus-Christ par Zeus ou le grand manitou ?!

Notre Dieu n’est tout-puissant que de l’Amour. Comment pouvons-nous l’oublier. Notre Dieu est Amour. Il n’est qu’Amour. Sa force, son pouvoir, son action, son dessein, c’est l’Amour…
Par amour, il a tout créé.
Par amour, il a confié sa création à l’homme.
Que fait l’homme de sa création ? Il la détruit ! Qui bouleverse le climat ? Qui entraîne la création à sa perte ? Qui allume les feux ? Qui préfère fabriquer des armes plutôt que des canadairs ? Serait-ce Dieu ?
Par amour, il pleure avec ceux qui ont tout perdu dans les flammes.
Par amour, il soutient les sapeurs-pompiers et leurs familles.
Par amour, il fait se lever des centaines de bénévoles…
Et nous venons lui faire un procès ? Nous venons lui reprocher de ne pas ouvrir un grand robinet magique qui éteindrait le feu qu’il aurait lui-même autorisé ?!

Permettez-moi de revenir sur le texte de Paul :
Les incendies de la semaine dernière ont eu pour beaucoup un goût de fin du monde (pas un article de journal qui n’ait utilisé, à tort, le mot « apocalypse »). Et sans aller jusque-là, ces incendies ont manifesté notre petitesse, la fragilité de notre environnement, la brièveté de nos attachements… les paysages que nous aimons, nos maisons, ceux qui les habitent, nos familles, nos amis, nos souvenirs, nos vies. Et l’on peut comprendre notre désarroi, et nos rêves de solution surnaturelle.
La question de Paul résonne alors dans nos oreilles avec une force inédite : « qui nous séparera ? »
Il faudra bien nous séparer.
Nous marchons tous vers l’ultime séparation.
Nous étions bien naïfs de l’avoir oublié.
Parmi toutes les séparations qu’il nous faudra bien vivre, se pourrait-il que nous soyons aussi séparés de Lui ? de son amour ?

Alors Paul fait deux listes :
La première c’est la liste des choses qu’il imagine pouvoir nous séparer de l’amour du Christ… Ce sont des choses bien concrètes, des choses que l’on connaît bien : la détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive.
Et voilà la réponse de Paul : « en cela nous sommes les grands vainqueurs »
Puis il dresse une seconde liste, et là, tendons l’oreille car il s’agit de choses bien plus vertigineuses : « ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les Puissances, ni l’en-haut, ni l’en-bas, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu »
Non seulement le Christ nous fait vainqueurs de l’angoisse, de la détresse, du danger… mais la mort elle-même, la vie, les anges, les dominations, rien, absolument rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.

Aurons-nous des oreilles pour l’entendre ?

De quelle puissance notre Dieu est-il puissant ?
Que fait-il avec ces cinq pains ? Un miracle ? Un tour de magie ? Un spectacle de foire ? Rien de tout cela. Il nous donne le signe que sa puissance est toute Amour, que sa puissance est Parole.
Il les rompt, il les divise… et plus il les rompt, et plus il les divise, plus les disciples peuvent en donner aux gens qui sont là.
Il y aura toujours cinq pains, pas un de plus, pas l’ombre d’une multiplication dans cette affaire, mais, parce qu’ils sont rompus par les mains de l’Amour, par les mains de la Parole faite chair, la foule est rassasiée… et il en reste.

Rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu qui est dans le Christ.
Si nous cherchons dans notre Dieu autre chose que de l’Amour, nous serons déçus
Si nous cherchons dans le Christ un magicien, nous l’insultons
Si nous lui prêtons la toute-puissance à laquelle nous aspirons nous-même, nous le réduisons à rien… et le voilà impuissant, et le feu ne s’éteint pas, et il fait encore chaud dans les jardins de Tarbes, et, parce que nous nous trompons sur ce qu’il est, nous lui en voulons.

Venons manger le pain de l’Amour, laissons Dieu être Dieu, et travaillons avec Lui, c’est à dire avec l’Amour, à éteindre nous-même les feux que nous allumons.
╬ Amen
Sylvain diacre

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