J’avais
une vieille tante qui habitait Tarbes. Les étés caniculaires,
pendant que tout le monde souffrait des grandes chaleurs, elle
prenait la statue de la Vierge qui trônait dans sa chambre et elle
la déposait au milieu de la pelouse, en plein soleil, et elle lui
disait : « voilà, tu restes là toute la journée et tu
vas voir ce que c’est que d’avoir chaud, et tu seras bien obligée
de faire quelque chose pour nous ! »
Je
repensais à cette histoire la semaine dernière, en entendant les
échos des conversations sur le parvis : « Pourquoi Dieu
nous envoie-t’il cette épreuve ? » « Dieu nous a
oublié », « Il pourrait quand même faire pleuvoir un
bon coup, avec toutes les prières que j’ai fait pour ça ! »,
« Qu’est-ce qu’il attend pour éteindre ce feu ? c’est
tellement facile pour Lui ! »
Quel
est ce Dieu aveugle aux souffrances du monde et sourd à nos prières
auquel nous croyons tout à coup ?
Qui
nous a appris que Dieu est un manipulateur pervers qui s’amuse à
nous faire souffrir, qui regarde avec plaisir se détruire les
merveilles qu’il a lui-même créées ?
D’où
nous vient cette bouffée de paganisme qui nous fait remplacer le
Dieu de Jésus-Christ par Zeus ou le grand manitou ?!
Notre
Dieu n’est tout-puissant que de l’Amour. Comment
pouvons-nous l’oublier. Notre
Dieu est Amour. Il n’est qu’Amour. Sa
force, son pouvoir, son action, son dessein, c’est l’Amour…
Par
amour, il a tout créé.
Par
amour, il a confié sa création à l’homme.
Que
fait l’homme de sa création ? Il la détruit ! Qui
bouleverse le climat ? Qui entraîne la création à sa perte ?
Qui allume les feux ? Qui préfère fabriquer des armes plutôt
que des canadairs ? Serait-ce Dieu ?
Par
amour, il pleure avec ceux qui ont tout perdu dans les flammes.
Par
amour, il soutient les sapeurs-pompiers et leurs familles.
Par
amour, il fait se lever des centaines de bénévoles…
Et
nous venons lui faire un procès ? Nous
venons lui reprocher de ne pas ouvrir un grand robinet magique qui
éteindrait le feu qu’il aurait lui-même autorisé ?!
Permettez-moi
de revenir sur le texte de Paul :
Les
incendies de la semaine dernière ont eu pour beaucoup un goût de
fin du monde (pas un article de journal qui n’ait utilisé, à
tort, le mot « apocalypse »). Et
sans aller jusque-là, ces incendies ont manifesté notre petitesse,
la fragilité de notre environnement, la brièveté de nos
attachements… les
paysages que nous aimons, nos maisons, ceux qui les habitent, nos
familles, nos amis, nos souvenirs, nos vies. Et
l’on peut comprendre notre désarroi, et nos rêves de solution
surnaturelle.
La
question de Paul résonne alors dans nos oreilles avec une force
inédite : « qui nous séparera ? »
Il
faudra bien nous séparer.
Nous
marchons tous vers l’ultime séparation.
Nous
étions bien naïfs de l’avoir oublié.
Parmi
toutes les séparations qu’il nous faudra bien vivre, se
pourrait-il que nous soyons aussi séparés de Lui ? de son
amour ?
Alors
Paul fait deux listes :
La
première c’est la liste des choses qu’il imagine pouvoir nous
séparer de l’amour du Christ… Ce sont des choses bien concrètes,
des choses que l’on connaît bien : la
détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le
danger, le glaive.
Et
voilà la réponse de Paul : « en cela nous sommes les
grands vainqueurs »
Puis
il dresse une seconde liste, et là, tendons l’oreille car il
s’agit de choses bien plus vertigineuses : « ni
la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent,
ni l’avenir, ni les Puissances, ni l’en-haut, ni l’en-bas, ni
aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de
Dieu »
Non
seulement le Christ nous fait vainqueurs de l’angoisse, de la
détresse, du danger… mais la mort elle-même, la vie, les anges,
les dominations, rien, absolument rien ne peut nous séparer de
l’amour de Dieu.
Aurons-nous
des oreilles pour l’entendre ?
De
quelle puissance notre Dieu est-il puissant ?
Que
fait-il avec ces cinq pains ? Un miracle ? Un tour de magie ?
Un spectacle de foire ? Rien de tout cela. Il
nous donne le signe que sa puissance est toute Amour, que sa
puissance est Parole.
Il
les rompt, il les divise… et plus il les rompt, et plus il les
divise, plus les disciples peuvent en donner aux gens qui sont là.
Il
y aura toujours cinq pains, pas un de plus, pas l’ombre d’une
multiplication dans cette affaire, mais, parce qu’ils sont rompus
par les mains de l’Amour, par les mains de la Parole faite chair,
la foule est rassasiée… et il en reste.
Rien
ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu qui est dans le Christ.
Si
nous cherchons dans notre Dieu autre chose que de l’Amour, nous
serons déçus
Si
nous cherchons dans le Christ un magicien, nous l’insultons
Si
nous lui prêtons la toute-puissance à laquelle nous aspirons
nous-même, nous le réduisons à rien… et le voilà impuissant, et
le feu ne s’éteint pas, et il fait encore chaud dans les jardins
de Tarbes, et, parce que nous nous trompons sur ce qu’il est, nous
lui en voulons.
Venons
manger le pain de l’Amour, laissons Dieu être Dieu, et travaillons
avec Lui, c’est à dire avec l’Amour, à éteindre nous-même les
feux que nous allumons.
╬ Amen
Sylvain
diacre

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