En attendre un autre / Mt 11 2-11 / une homélie

(...)
Que dit la voix de la prison ? Elle s’interroge : « es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? »

La prison, on connaît.
Je ne parle pas de la maison d’arrêt de Gradignan, bien que sa seule présence dans notre ville nous rappelle sans cesse la violence de cette réalité. Je parle de nos prisons, de nos cachots secrets, nos prisons intérieures… Nos espaces de « privation de liberté ».

(...)
Alors, de ce lieu-là, du fond de cette prison, il peut arriver que nous nous tournions vers le Christ pour lui demander : « Es-tu celui qui vient ? qui vient nous libérer ? ou devons-nous en attendre un autre ?
Un différent ?
Comment se fait-il que nous en soyons arrivés là si tu étais celui qu’on dit ? Celui qu’on nous a annoncé, celui dont on nous a fait la publicité ?
N’es-tu pas le super-héros tout-puissant qui devait sauver le monde à coup de miracles et de prodiges ? N’es-tu pas celui qui devait instaurer un règne de justice et de paix ? Celui qui devait faire de nous des frères pleins d’amour les uns pour les autres ? Puisqu’on ne voit rien de tout ça, doit-on en attendre un autre ? Un différent ? Un qui répondrait enfin à nos désirs ? »

Réponse de Jésus :
«  Je ne sais pas si je corresponds à ton rêve, je ne sais pas ce que tu t’es imaginé à mon sujet, j’ignore quelle image de moi tu t’es construite, je n’en sais rien et ça ne m’intéresse pas… je n’ai pas de compte à te rendre, je n’ai pas à coller à ton fantasme…
Je n’ai de réponse à te donner que le fruit de mon passage en toi :
Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés et les sourds entendent,
les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
⬩ Ce qui est aveugle en toi, ce qui faisait que tu ne voyais rien de la beauté du monde, ce qui t’empêchait de voir le pauvre au bord du chemin, ça voit désormais, à cause de moi.
Ce qui t’empêchait de marcher dans la vie, de bouger, de changer d’air, ce qui te faisait traîner la patte, ça marche désormais, à cause de moi
Ce qui te faisait pourrir de l’intérieur, ce qui t’entraînait lentement dans la mort, c’est pur désormais, à cause de moi.
Ce qui te rendait sourd à l’inouï de ma Parole, sourd à la musique de l’Esprit, sourd aussi au cri du monde, ça entend désormais, à cause moi
Ce qui faisait de toi un mort vivant, un mort au monde et à toi-même, c’est relevé désormais, à cause de moi
La part misérable en toi, celle que tu méprises, celle dont tu ne veux pas entendre parler, la part du pauvre reçoit la bonne nouvelle. »

Alors non
Pas besoin d’en attendre un différent
Il n’y en aura pas d’autre
Parce que celui-là a déjà fait le travail. Celui-là ne cesse de faire le travail
Et s’il ne correspond pas à ce que nous attendions, c’est à nous de changer, c’est à nous d’ajuster notre attente, c’est nous qui nous trompons.
(...)

╬ Amen
Sylvain diacre

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