Les mains sales / Mc 7 1-23 / Une homélie


Petite leçon d’hygiène à destination des disciples.
Les disciples mangent avec les mains sales. La traduction utilise beaucoup les mots « pur » et « impurs »… mais il s’agit bien d’être sale, ou sali.
Pour les religieux, manger avec les mains sales, c’est contraire à la tradition. En mangeant avec les mains sales, les disciples ne posent pas un problème d’hygiène, ils posent un problème de respect de la tradition.

Alors jésus va régler son compte à la tradition :
« hypocrites ! (…) Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. (...) vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »

(...)
Quoi de plus volatile que la tradition ? Quoi de plus changeant ? « sujet au mouvement périodique et aux éclipses » (Jc 1 17)

(...)
Les disciples ont les mains sales en effet, mais ils ont le cœur propre.
Et la vraie saleté, celle qui nous met en danger, celle qui peut nous faire périr, ce n’est pas celle que nous rapportons du marché, c’est celle qui sort de notre propre cœur. Le savon de la tradition ne peut rien contre cette crasse-là :
« Paroles mauvaises, inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil, démesure. »
Voilà de quoi notre cœur est capable. Voilà la crasse qui risque de mettre à mal notre repas. Ce repas pour lequel nous nous présentons maintenant.

Allons-nous le prendre avec les mains bien propres, bien lavées sous le robinet de la tradition, mais le cœur pas très net ?
Ou allons-nous assumer nos mains sales de disciples ? Salies aux travaux du monde, Salies sur la place du marché, là où sont nos frères et sœurs, là où ils nous attendent. Salies dans les douleurs de nos frères, dans leurs fatigues, dans leurs doutes, dans leurs larmes… salies de cette sainte crasse.

Laissons la tradition aux champions de la tradition… en attendant la prochaine tradition… et ancrons nos vies dans l’Evangile du Christ
« Accueillons dans la douceur la Parole semée en nous ; c’est elle qui peut sauver nos âmes. Mettons la Parole en pratique, ne nous contentons pas de l’écouter : ce serait nous faire illusion. » (Jc 1 21-22)

    Que Dieu bénisse nos mains sales
        et qu’il préserve notre cœur de toute souillure.

Amen
Sylvain diacre

La chair du Fils de l’Homme /Jn 6, 51-58 / Une homélie


 Nous voici au cœur de ce long discours du Pain de Vie dans l’évangile de Jean. Une chair à manger, un sang à boire, le texte insiste de manière incompréhensible et dérangeante. Ce n’est pas la chair et le sang de Jésus dont il s’agit, bien sûr ! c’est une façon de parler mais cette insistance est là pour nous en dire l’importance. C’est un mystère mais nous avons à en accueillir sa sagesse. Le livre des Proverbes nous invitait à un repas préparé par la Sagesse de Dieu. Un repas qu’il ne faut pas rater ! Un repas pour la Vie du monde, nous dit Saint Jean, un repas pour la vie, la vie éternelle ! Ce n’est pas rien ! Derrière ce pain et ce vin que se cache-t-il ? Pain, chair du Fils de l’Homme. Explorons ensemble ce que cette expression étrange peut nous révéler.

    Le mot ‘Fils’ nous renvoie à des parents : un père, une mère… se reconnaître venant d’une famille, consentir à ses sources. Une chanson disait : on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille… pour nous faire entendre que chacun est né quelque part et que si nous n’en n’étions pas responsable, on pouvait en faire quelque chose de bien. Jésus parle de son origine mystérieuse en Dieu qu’il révèle ‘Père’, et offre Marie à Son disciple au pied de la croix : voici ta mère … Une autre filiation à consentir, comme une adoption de nouveaux parents. 

      Le mot ‘Homme’ dans l’expression ‘Fils de l’Homme’ a de quoi surprendre. Plutôt que d’y entendre un masculin, c’est plutôt de l’Humanité dont il s’agit ici. L’humanité avec tout ce qui peut la caractériser, sa diversité, ses fragilités, mais sa grandeur aussi. Avoir part avec l’humanité dans toutes ses facettes, c’est pleurer avec ceux qui pleurent, rechercher la paix et la justice, rester humble et miséricordieux comme le dit Saint Mathieu : reconnaître chacun de ces petits comme un frère.

    Oui quand nous mangeons de ce pain-là : ce pain de fils de l’Homme, alors la Vie est pleinement là dans nos corps, dans notre sang. Il ne s’agit pas seulement d’une démarche personnelle : Si quelqu’un mange de ce pain dit tout d’abord Jésus Mais c’est aussi une démarche à plusieurs : Si vous ne mangez pas, si vous ne buvez pas … vous n’avez pas la vie en vous. 

    L’Eucharistie n’est pas seulement une démarche personnelle, elle est un acte de communion ecclésiale, elle nous engage, ensemble, pour la vie du monde.
    AMEN    
Vincent GARROS

Visitation / Lc 11 27-28 / Une homélie du 15 Août

 
Aujourd’hui, nous fêtons Marie, celle qui a visité sa cousine Élisabeth, celle qui fut la maman de Jésus, celle qui l’a élevé avec Joseph dans la tradition juive à Nazareth, celle qui l’a accompagné jusqu’au pied de la croix, celle qui priait avec les disciples au jour de la Pentecôte, celle qui a été veillée par le disciple à qui Jésus l’a confiée comme une mère.

Cette femme-là, au destin unique, ne pouvait pas voir la corruption et a rejoint dans la tradition populaire ces êtres d’exception montés au Cieux. Selon les Écritures, ce sont le patriarche Hénoch, le prophète Élie, peut-être Moïse et Jésus lui-même. En 1950, le pape Pie XII promulgue la fête de l’Assomption que nous fêtons aujourd’hui.

Les textes que l’Église nous propose nous font entendre des éléments du mystère de la foi.  C’est tout d’abord la vision de Saint Jean dans le livre de l’Apocalypse. Ce n’est pas Marie que Jean voit dans le ciel mais une femme qui engendre un fils, un dragon qui veut le dévorer mais qui échappe pour rejoindre Dieu et cette femme fuit au désert. Cette femme drapée de soleil et entourée de 12 étoiles c’est plutôt la figure de l’Église naissante menacée par des forces violentes qui veulent détruire ce qui nait d’elle. Dans ce temps où écrit saint Jean ce livre de l’Apocalypse, il faut fuir au désert. Jean encourage les lecteurs : ce temps de menaces et d’incertitudes passera et viendra le règne de Dieu et verra la gloire de son Christ.

L’Évangile d’aujourd’hui est celui de la Visitation. L’Église nous le propose plusieurs fois dans l’année, c’est dire son importance. Au-delà d’une visite de courtoisie entre deux parentes, c’est l’image de la rencontre de deux impossibles fécondités, c’est la joie de ces deux femmes qui s’embrassent du bonheur de l’autre. Élisabeth, par son époux, prêtre du Temple de Jérusalem, porte en elle celui qui sera prophète, héritier de la première Alliance. Marie porte en elle Celui qui par son Corps et par son sang scellera une Alliance nouvelle.

Comme Marie, accueillons dans nos vies la présence du Christ, écoutons l’Esprit qui nous invite à prendre la route à la rencontre des autres ?

Comme Marie, réjouissons-nous des fruits de l’Esprit-saint dans la vie de ceux et celles qui nous sont proches.

Comme Marie, gardons l’Espérance : le Christ est vainqueur des ténèbres.

« Maintenant, voici le Salut, la puissance et le Règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ».
 
Vincent GARROS

Le pain descendu / Jn 6 41-51 / une homélie

(...)
L’expérience de la manne au désert était celle des Pères de la première alliance, elle ne se reproduira plus. Il se pourrait par contre que nous soyons concernés au plus près par les deux autres cas de figures :
Pour peu que nous trouvions le chemin long et désespérant, pour peu que nous soyons tentés de nous asseoir en attendant la mort : nous aurons à entendre la voix qui ordonne « debout ! mange ».
Pour peu que nous ayons des oreilles pour entendre, pour peu que nous nous soyons laissé attirer par le Père, pour peu que nous ayons mis notre confiance dans le Fils : nous avons à faire avec ce pain descendu du ciel.

Quel est-il ce pain ?
L’Eucharistie semble-t-il nous en donne l’expérience sacramentelle. Elle nous en donne un avant-goût : C’est un pain descendu.
La manne était un pain tombé du ciel, le pain vivant descend.
C’est un pain dont le mouvement est pour toujours un mouvement descendant. C’est peut-être à ça d’abord qu’on doit le reconnaître.
Un pain descendu.
Un pain qui descend, qui condescend.
Un pain qui s’abaisse, un pain qui se penche.
Un pain qui refuse la hauteur,
qui choisit le ras de terre,
qui choisit le très bas de nous.
 
Dans un instant nous verrons le prêtre lever le pain. Alors n’oublions pas que s’il l’élève c’est pour le redescendre. S’il l’élève c’est pour que nous puissions le voir dans sa descente. Et si nous nous inclinons, c’est pour épouser sa chute. C’est devant cette descente, qui est sa vrai nature, que nous nous inclinons…
(...)
« Debout ! Mange »
Si nous mangeons ce pain, ce n’est pas pour éviter la mort, c’est pour apprendre à vivre. Si nous accueillons ce pain qui descend jusque dans la nullité de nos mains, c’est que c’est de lui que nous tenons la vie, c’est de lui que nous tenons d’être des hommes et des femmes debout. C’est lui qui nous sauve de la tentation de nous asseoir dans la mort.

A quoi ça sert ?
    A rien.
Aucune utilité, simplement se tenir debout et vivre
Et tenter de vivre "dans l’amour"(Ep 4)
    par amour de son amour*.

╬ Amen
Sylvain diacre
*Prière de St François

Donne-nous ton pain de Vie / Jn 6 24-35 / une homélie.


         Aujourd’hui, la liturgie nous fait entendre un nouveau passage de l’évangile de Saint Jean de ce fameux chapitre 6. Dimanche dernier, nous entendions le récit de ce miracle de la multiplication des pains et des poissons. Jésus s’est retiré dans la montagne pour échapper à la foule qui veut le faire roi. Les trois autres dimanches du mois d’août nous ferons entendre la suite, ce fameux appelé ‘’discours du pain de Vie’’.

        Un passage sépare le texte de dimanche dernier avec celui d’aujourd’hui. Vous le connaissez bien. Les disciples repartent en barque pour rentrer à la maison à Capharnaüm. Pendant la nuit avec un fort vent de tempête, Jésus les rejoint en marchant sur l’eau. Ce signe nous parle de Jésus vainqueur de la mort. Comme le faisait remarquer très justement Dominique dimanche dernier, l’ensemble de ce chapitre ne peut se comprendre que dans la foi, marqué par l’expérience de la résurrection de Jésus.  

        Le débat entre Jésus et la foule a de quoi nous surprendre et comme les disciples nous questionner. Saint Jean nous fait entendre là des débats entre Jésus et ses contemporains mais aussi entre l’Eglise naissante et la Synagogue. Jésus est-il le messie attendu ou bien un imposteur ? Selon ceux de la synagogue, si Jésus est le Messie, il doit accomplir les Écritures et réaliser les attentes du peuple d’Israël. Mais, voilà, selon Jésus, c’est un fils d’homme qui vient et qui nomme la véritable source de la Vie. C’est Dieu, source de toute vie, père pour ceux et celles qui se laissent travailler par l’Esprit de Vérité.  

        Si Moïse a dressé le serpent de bronze (Jn 3, 14) pour échapper à la mort des serpents, c’est Jésus cloué sur la croix qui montre le passage vers le salut. Si le peuple a mangé à satiété la manne venue du ciel, c’est Dieu la source de la vraie nourriture pour une vie éternelle. Tout cela ne peut s’entendre qu’après l’acte fondateur du dernier repas de Jésus, ultime agneau de la Pâque qui se donne en nourriture pour la vie du monde.

        Dimanche après dimanche, tout au long de ce mois d’août, laissons-nous travailler par l’Évangile puisque Jésus nous y invite : ‘’Il faut vous mettre à l’œuvre ... pour obtenir la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le fils de l’Homme vous donnera’’ (Jn 6, 27).  ‘Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour’ Donne-nous ton pain de Vie...

Amen                                                           

Vincent GARROS

B. TO 18. Jn 6, 24-35