Qu'il vienne à moi et qu'il boive / Jn 7 37-39 / L'homélie des vigiles de Pentecôte 2017

"Si quelqu’un a soif, qu’il vienne a moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi !
... De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. "

Pourquoi sommes-nous venus ce soir ? à la tombée du jour....
Parce que nous avons soif.
Parce que sans même le savoir, nous sommes assoiffés de Lui.
(...)
Pourquoi fallait-il que cette nuit réponde à celle de Pâques ?
Parce qu'au matin de Pâques, le monde a changé, un tombeau est vide. Et ce tombeau vide bouleverse pour toujours l'ordre du monde, renverse pour toujours le cours de nos vies.
Demain matin, la venue de l'Esprit nous fait aussi entrer dans un monde nouveau.
C'est un nouveau temps qui commence.... nous rentrons dans le temps ordinaire...
Mais avec le Christ, il n'existe pas de temps ordinaire !
Notre temps ordinaire, c'est le temps de l'Esprit ! C'est le temps de l'Eglise !
C'est le temps où coule le fleuve d'eau vive...
(...)
Le mot Esprit dit "souffle", pneuma...
Un souffle saint, un souffle de sainteté, un Esprit Saint...

Alors si nous sommes sous le temps de l'Esprit saint, il va falloir nous interroger sur la qualité du
souffle dans lequel nous vivons...
Vous savez, on mesure désormais l'indice de qualité de l'air,
quel est notre indice de qualité d'Esprit !?
Il se pourrait après examen que nous déchantions un peu... il se pourrait que nous reconnaissions que bien souvent notre souffle ordinaire, c'est plutôt le mauvais esprit...
On le connaît bien le mauvais esprit, c'est celui du monde.
L'esprit des cancans, des murmures, de certains mails assassins,
l'esprit de la plainte, de l'envie, de l'amertume, de la zizanie et de la division,
l'esprit de Tristesse.
Cet esprit là, on connaît, on le respire tous.
Le problème c'est qu'il nous assèche, qu'il nous dessèche, que jamais il ne répond à notre soif.
  
Si quelqu'un à soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive.
Dans cette nuit reconnaissons que nous crevons de soif, que nous avons assez bu du mauvais esprit, que nous aspirons à nous plonger dans le fleuve qui coule du cœur ouvert du Christ.
C'est un Esprit créateur qui vient nous visiter, nous l'avons chanté, il fait donc de nous des créations nouvelles, c'est à dire des créations que nous ignorons !
Nul n'échappe à sa force vive,
il peut faire d'un enfant un prophète,
il peut dilater de sa paix et de sa Joie de vieux poumons de 96 ans !

C'est lui l'Esprit qui nous révèle le Fils, c'est lui l'Esprit qui nous fait dire "Père", si nous prions, c'est parce que c'est lui l'Esprit qui prie en nous, si nous aimons, saintement, c'est par ce que c'est lui qui baigne nos amours !

Cessons de résister à la Joie, cessons de refuser l’émerveillement du matin de Pâques. Allons boire à la source, laissons faire l'Esprit, le Saint,
laissons-le respirer dans nos respirations,
souffler dans nos souffles.

Il est notre ordinaire,
insaisissable comme un souffle, puissant comme un fleuve,
il nous rend libres,
il nous donne la vie, ne la refusons pas.

╬ Amen
Sylvain, diacre

Je suis le chemin, la vérité et la vie / Jn 14 1-12 / Une homélie

Jésus n'est pas trois choses différentes, Jésus est le chemin, et la Vérité, et la vie.
Qu'est-ce qui se passe si l'on prend ces trois éléments comme inséparables, comme liés entre eux dans le Christ ?
(...)
Le chemin, c'est la vérité et c'est la vie
C'est quoi un chemin ?
- Le chemin c'est le lieu du passage, du mouvement, de la dynamique.
On ne reste pas immobile au milieu du chemin, en tout cas il n'est pas fait pour ça.
- Le chemin, c'est l'entre deux lieux, et pourtant, il n'y a pas forcément un point de départ et un point d'arrivée. Vous avez peut-être l'expérience de ces chemins de montagne qui passent, qui se déplient, qui se déroulent sans qu'on sache vraiment le début du chemin ni sa fin. Nous qui marchons dessus, nous déciderons de notre point de départ et de notre but à atteindre, mais le chemin lui, continuera sans nous à tracer sa ligne, à s'avancer vers un autre but. Le chemin n'est pas comme un fil à linge tendu entre deux piquets, avec un début et une fin.
Il se déploie comme il l'entend, il rejoint des points que bien souvent on ignore.

- Le chemin, c'est donc le lieu de l'itinérance, il n'existe que pour le mouvement, que pour le déplacement.
Je suis le chemin la vérité et la vie.
Sommes-nous sur le chemin ?
cherchons-nous le chemin ?

Le monde ne cesse de nous répéter qu'une vie réussie, c'est une vie libérée du chemin.
Une vie qui sait où elle est, une vie plantée, une vie stable, ferme, enracinée.
Voilà nous dit-on où trouver l'équilibre et la sécurité.
Dans l'immobilité.
Il n'est pas difficile de trouver tout ce qui nous éloigne du chemin :
Les racines, les fondations, mais aussi les certitudes, les faux savoirs...
Si le chemin est vérité et vie, il se pourrait donc que tout ce qui n'est pas chemin soit mensonge et mort.

Le lieu du Christ, celui qu'il nous révèle "pour que là où je suis, vous soyez", le lieu où nous sommes avec Lui, c'est le lieu du mouvement, c'est le lieu du passage.
Quand nous nous croyons enfin arrivés, enfin immobiles, c'est mensonge et mort.

Tout ça ne veut pas dire qu'il nous faut vendre nos maisons pour acheter des roulottes, renier nos familles et changer de paroisse tous les dimanches !
Il s'agit de notre vie avec le Christ, de notre lien avec lui.

Est-ce qu'il nous fait encore bouger ?
est-ce que nous avons encore le désir de marcher avec lui ?
Est-ce que nous aspirons à ne jamais cesser de marcher avec lui ?
(...)
Le chemin, il va vers le Père.
(...) mais le Père est dans le Fils comme le Fils est dans le Père.
Le lieu du Père c'est là où se tient le Fils.
Si le Fils est le chemin, si ce chemin, c'est la vérité et la vie, le père se tient aussi sur le chemin.
Notre lieu préparé par le Christ pour être là où il est et demeurer chez le Père, ce lieu là, ce n'est pas une place de parking, ce n'est pas une case dans un clapier, ce lieu c'est encore le chemin.
- Un chemin qui n'a pas d'autre but que lui-même.
- Un chemin qui n'a pas de ligne d'arrivée.
Nous voyons notre mort comme la fin de tout mouvement, comme le jouet dont on retire les piles, comme la fin du voyage.
La vie avec le Christ, c'est le chemin qui ne s'arrête pas.
Le chemin, c'est la vie, la vie en vérité, la vérité de la vie.

Vous vous souvenez comment sont nommés les chrétiens dans les Actes des apôtres :
les adeptes de la voie.

Puissions-nous ne jamais oublier que nous sommes du chemin parce que nous sommes au Christ.


╬ Amen Alléluia
Sylvain diacre

Les pelerins d'Emmaüs / Luc 24 13-35 / Une homélie

L’événement est passé, la rencontre est terminée, et les disciples s'interrogent :
notre cœur n'était-il pas brûlant ? Qu'est ce que ça peut vouloir dire un cœur brûlant ? avons-nous connu dans nos vies ce phénomène étrange d'avoir le cœur qui brûle ? (...)
On pourrait se dire que c'est une simple formule de style, de la littérature, mais voilà que c'est aussi du côté du cœur que Jésus vient nous chercher:
"Comme votre cœur est lent à croire !"
Le texte dit mot à mot "sans intelligence et lent de cœur"
Il est donc juste de nous poser la question de l'état de notre cœur.
(...)
Un inconnu les rejoint, il les rejoint là où ils en sont sur leur chemin mais aussi dans leur désarroi, dans cette mécanique de la tristesse qui nous fait tourner en rond, dans ce goût que nous avons à toujours nous redire nos échecs et nos défaites.
Il les rejoint et interroge leur cœur : cœurs sans intelligence et lents à croire !

Mais qu'est-ce qui brûle ainsi leur cœur ?
- la voix de l'ami retrouvé ?
non puisqu'ils ne savent pas qui il est.
- Le réconfort reçu de cet inconnu ?
non, il n'a aucune parole de réconfort, il ouvre les Ecritures.

Ce qui brûle leur cœur, c'est l'Ecriture elle-même.
L'Ecriture ouverte, l'Ecriture dépliée, habitée, l'Ecriture qui ne cesse de parler de lui,
l'Ecriture qui ne parle pas de ce Jésus que les deux hommes regrettent tant, mais qui révèle le Christ.

Il y a un autre texte dans la bible où il est question d'un cœur qui brûle, c'est dans le Prophète Jérémie, il dit : « Je ne penserai plus au Seigneur, je ne parlerai plus en son nom. » Mais la parole était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. (Jr 20-9)
La Parole comme un feu brûlant dans mon cœur.

Comment croire à la résurrection ?
Comment comprendre le tombeau vide du matin de Pâques ?
Devant ces questions,
Que nous dit notre cœur ?
Comment brûle-t-il ?
Laissons tomber notre cerveau et observons notre cœur !
L'intelligent dans cette affaire, c'est lui.
"même la nuit mon cœur m'avertit" a-t-on chanté dans le psaume.

Il ne s'agit pas d'en faire une affaire de sentiment à l'eau de rose,
il ne s'agit pas de refuser le travail de notre intelligence, mais il s'agit d'éveiller l'intelligence de notre cœur, une intelligence plus profonde, plus intime...
Il s'agit de prendre au sérieux l'étrange joie de notre cœur.
Pas une joie de guimauve, pas une joie de façade, pas une joie obligatoire qui nous contraindrait à afficher "l'air joyeux"...
Une joie au plus profond, une joie grave, une joie en vérité, une joie qui consume et qui brûle au risque de faire mal.

N'attendons pas que nos yeux nous renseignent, ils sont disqualifiés pendant tout le texte : ils ne s'ouvrent que pour voir le Christ disparaître.
N'attendons pas que nos raisonnements nous éclairent, ils sont trop verrouillés par nos scénarios et nos logiques humaines.

Si nous voulons faire le grand passage avec Jésus et marcher avec le Christ, penchons-nous sur notre cœur. Et mesurons sa température !

Et s'il nous semble un peu froid, ouvrons ensemble les Ecritures !
le feu est là qui nous attend.
Comme sur la route d'Emmaüs, il faut lire à plusieurs, il faut faire cette expérience de la lecture commune, parce qu'alors nos cœurs se frottent et le feu grandit.

Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité, même la nuit notre cœur nous en avertit, écoutons-le !

╬ Alléluia, Amen
Sylvain, diacre

Homélie du matin de Pâques

Quoi dire après ce texte ? Quoi ajouter après avoir vécu ensemble cette semaine ? Quoi chercher à comprendre ? Qu'y a-t'il à comprendre ?

"Il vit, et il crut." Le premier arrivé au tombeau, le second à entrer dans le tombeau est de fait le premier croyant en la résurrection de Notre Seigneur. Marie-Madeleine qui l'a précédé au tombeau n'est pas entrée, elle s'est arrêtée à la porte certaine que le corps de Jésus a été enlevé. Pierre, lui, nous semble perplexe dans son silence et son inaction. C'est pourtant lui qui le premier pénètre dans le tombeau. Il reste sans voix tandis qu'une foi brûlante envahit
Jean, une certitude le tient solidement au corps.
Jean est le premier croyant au Christ ressuscité. Il devient donc une sorte de modèle pour nous qui fêtons aujourd'hui la résurrection du Christ.
Et au fond de nous, naît secrètement et mystérieusement cette prière : "Seigneur donne-moi la grâce de croire dans ta résurrection aussi certainement et soudainement que ton disciple Jean."
Alors, nos yeux fouillent dans le texte et nos oreilles se tendent pour mieux comprendre.

Mais que voit Jean pour qu'il croie si soudainement ?
Notre première réponse, Jean voit des linges disposés apparemment d'une manière étrange. Toutefois c'est ce que voit Pierre qui nous donne la description la plus précise : "il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place."
Nos esprits cartésiens, notre soif de preuves, notre besoin de comprendre logiquement, nous poussent à nous dire que Jean voit la même chose. Jean voit lui aussi les linges posés à plat et le suaire roulé à part à sa place. C'est logique.
Mais la question qui vient aussitôt : "pourquoi la disposition des linges saisit Jean au point qu'il crut aussitôt ? Et pourquoi Pierre qui pour le coup on en est sûr voit la disposition des linges, resta-t'il figer dans le silence ?
Et si Jean et Pierre ne voyait pas la même chose ?
Pierre, on vient de le préciser, voit les linges pliés et rangés d'une manière particulière.
Et si ce que Jean voyait, c'est tout simplement le tombeau vide ?
Et si Jean ignorait tout simplement les linges ?
Et si le regard de Jean traversait les linges pour ne voir que la pierre nue, froide, vide ?
Et si Jean à travers l'absence d'un corps percevait déjà une présence tout autre ?
Les linges sont les objets des soins qu'on porte à un mort, au matin de Pâques, ils n'ont plus aucune utilité. S'en préoccuper, c'est encore tourner son regard vers ce qui plonge vers les ténèbres.
L'histoire qui commence ce matin, c'est l'histoire d'un Vivant. L'histoire d'aujourd'hui c'est la victoire de la vie.
Aujourd'hui, nous nous mettons en route à la suite du Christ. Et comme nous le dit la bénédiction solennelles de la veillée pascale : "Ils sont finis les jours de la Passion, suivez maintenant les pas du ressuscité : suivez-le désormais jusqu’à son royaume où vous posséderez enfin la joie parfaite."
Alors, on comprend mieux que les vêtements mortuaires ne sont plus de ce qui nous questionne ce dimanche de la résurrection. Ils sont du passé. Ils sont de l'avant de la résurrection.
Jean ne les voient pas ou plutôt il les ignore, ce qui le touche sur l'instant, c'est le tombeau vide.
Il ne cherche pas d'explications. Il ne se demande pas qui a pris le corps ? Et pourquoi, on a bien plié les linges ?
Non rien de tout cela, tout son corps est pris dans l'aventure de la résurrection. Il n'y a pas de raison. Rien ne peut expliquer la foi. Jean croit et c'est tout.
Pierre, il lui faudra plus de temps pour qu'il croît avec tout son être et plus seulement avec sa tête. Il faudra que Jésus, le ressuscité, lui demande par trois fois : "m'aimes-tu ?" pour qu'il s'abandonne totalement à son Seigneur. Et ainsi comme nous l'avons écouté dans la première lecture, Pierre prend la parole et annonce : "Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance".
Pierre ne parle plus des linges, il nous entraîne à suivre le Christ directement de la croix à la résurrection.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Amen !

Dominique Bourgoin, diacre.

Homélie du vendredi Saint

Mon serviteur réussira dit le Seigneur; il montera, il s'élèvera, il sera exalté. 
Ce sont les premiers mots de la première lecture.
Ce soir nous célébrons donc une réussite, pas un échec.
L'exaltation du serviteur, annoncée dès le commencement.

Il y a une croix.
(...)

Une fois encore, ce sont nos oreilles qui vont apprendre à nos yeux à voir.
Nos oreilles entendront : "voici le bois de la croix qui a porté le Salut du monde !"
Il faudra qu'elles entendent trois fois :
"voici le bois de la croix qui a porté le Salut du monde !"
Il faudra que nos yeux s'habituent à voir ce que nos oreilles leur diront.
Petit à petit, petits morceaux par petits morceaux.
A la fin, le voile n'y sera plus et nos yeux verront.
Nous verrons que cette croix, c'est l'instrument de notre Salut
Nous verrons que cette croix, c'est l'irruption de la Joie dans nos vies
C'est l'irruption de la Vérité dans nos vies
C'est la possibilité du pardon dans nos vies
(...)
Venez, adorons !

╬ Amen
Sylvain, diacre

homélie du Jeudi Saint

« Sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout » 

Une traduction plus fine nous ferait dire « il les aima jusqu'au terme, jusqu'à l accomplissement ».
L'Evangile parle de passage et non de mort. Jésus sait « qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu » Il a conscience , et Jean le souligne, qu'il a été envoyé pour témoigner dans le sens fort (martyria) de l' amour stupéfiant et pour nous incompréhensible par lequel Dieu se tourne vers l'humanité entière, vers chaque femme et chaque homme avec le désir de le relever et de l' élever, de leur partager sa vie.

Nous ne rendrons jamais assez grâce pour cet amour de Jésus pour nous, amour puisé dans la Miséricorde du Père.
Au cours de ce dernier repas avec eux , Jésus permet aux disciples d'être associés à son sacrifice. Les disciples sont dispersés pendant la passion et la mort de Jésus. Mais ici au cours du repas il sont rassemblés et ils deviennent des participants à l 'action du Christ , une participation sacramentelle : Le sacrement c est l' œuvre de Dieu en nos chairs et dans notre existence mortelle. En mangeant le pain, corps du Christ livré et en buvant le sang du Christ versé ils vont, comme nous le dit st Paul « annoncer la mort du Seigneur » et participer à l' acte définitif qui se déroulera le lendemain. Et en instituant ce geste sacramentel, le Christ ouvre une voie destinée à se développer jusqu'à la fin des temps selon le commandement que Jésus a laissé "Faites ceci en mémoire de moi.» (1CO 11,24) « chaque fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons à, cette coupe, nous proclamons la,mort du Seigneur. » (1CO 11,26) non pas comme un simple évocation mais comme une participation réelle à l événement par le signe sacramentel de l'eucharistie.Chaque fois nous ravivons en nous la grâce baptismale et entrons dans le dynamisme de la résurrection pour faire surgir à travers les divers aspects de notre existence, de notre vie ordinaire, les fruits de cette résurrection, c est à dire une existence qui n'est plus voué à la mort mais à la vie. Cette évocation du dernier repas est réinterprété dans l'Evangile de St Jean à travers un autre geste celui du lavement des pieds.Jean ne cite pas les Paroles sur le pain et le vin,(que j appellerai les paroles eucharistiques) mais c est bien au cours du même repas que Jésus lave les pieds de ses disciples. Nous pourrions penser que c'est anecdotique et secondaire par rapport aux Paroles « eucharistiques ».( une fois par an!!!)

Trois phrases de l'Evangile de ce jour contredisent cela
« Si je ne te lave pas, tu n'auras pas part avec moi. » Le geste de Jésus n 'est pas simplement un geste d'humilité, ou d'abaissement, mais ce qui est en cause c'est le lien avec Jésus, « avoir part avec lui » nous introduit dans l'eucharistie. 
« Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l' alliance puissions nous être uni à la divinité de celui qui a pris notre humanité » . Quelle intimité !!
Et Jésus précise « Vous m'appelez « Maitre et Seigneur » et vous avez raison je le suis ».Le geste de service de Jésus et un geste du Seigneur et Maître . Le Maître et le serviteur sont indissociable en Jésus Christ, le maître et le serviteur sont sur le même pied ! Dernière Parole : « C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez , vous aussi, comme j ai fait pour vous » le parallèle de - "Faites ceci en mémoire de moi"

L 'exemple du Seigneur et Maître donne une dimension particulière à notre participation sacramentelle à l'eucharistie.Ce geste du lavement des pieds est un vrai geste ,comme la fraction du pain, c est un geste de fondation.
Nos pieds comme tout notre corps sont marqués de l'empreinte du Seigneur Maître et serviteur. Et avoir part avec Jésus c'est laisser nos pieds marcher à sa suite au service de ce pourquoi il donne sa vie, le salut du monde. Il ne s'agit plus simplement de nous unir dans l'offrande du Christ, mais il s agit de reproduire dans notre vie cette mission du service que le Christ accomplit.
Que signifierait de célébrer le mémorial et l' actualité du don du Christ si cette participation ne s'accompagnait pas d'une conversion de notre manière de servir. Servir comme le Christ,Seigneur et Maître. Aller à la messe ce n'est pas trop difficile, mais lier ensemble notre union au Christ et le service du frère dans la charité, un amour vrai, cela demande que nous allions puiser à la source de la grâce qui nous est donnée à chaque messe.

En lavant les pieds de ses disciples Jésus prends soin de ceux qui vont marcher et porter l'Evangile pour prendre soin à leur tour d'un corps nouveau qui naît, l’Église .Jésus les investit comme Apôtres. En nous demandant de faire de même nous sommes à chaque eucharistie, envoyés au monde à la suite des Apôtres.

Alors , en raison même de notre baptême et de cet envoi qui nous est adressé , notre présence aux femmes et aux hommes de ce temps ne peut pas être n'importe quelle présence, notre parole devant les événements de notre histoire ne peut plus être n'importe quelle parole, mais celle d'un disciple du Christ.Nos relations sont des relations de disciple.Nos choix ne peuvent pas ne pas être marqués de notre oui lorsque nous acceptons l' envoi du Seigneur …. «nous rendons grâce à Dieu » notre dernière parole à la fin de l'eucharistie Laissons nous toucher au plus profond de notre être, par les Paroles et les Gestes de Jésus ; Entrons avec foi dans les jours de Pâques.

Robert Zimmermann diacre