L'Evangile de la veille

Le premier et troisième lundi du mois, un temps de lecture en groupe de l'évangile de la messe de la veille vous est proposé.
C'est un temps ouvert à tous, sans engagement particulier autre que celui d'avoir le désir de passer du temps dans la Parole de Dieu, ouvrir ses oreilles à l’inouïe de l'Evangile...
 à 20h 
salle St Jean (à l'église).
 
"Ignorer les écritures, c'est ignorer le Christ"
St Jérôme

Pierre / Mt 16 13-20 / une homélie

*Panneau accroché sur la porte de l'église St Pierre de Gradignan. Probablement ancien panneau de la chaire aujourd'hui disparue.
  
(...)
Qui parle quand Simon répond à Jésus « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » ?
Jésus le dit bien : « ce n’est ni la chair ni le sang » « c’est mon père qui est aux cieux ». Ce qui parle, ce n’est pas la foi de Simon, c’est le Père qui parle en lui, qui vient habiter sa chair et son sang ….
En parlant, Simon s’est laissé déborder, il s’est laissé traverser par une parole qui n’est pas la sienne… et c’est justement ça qui est extraordinaire, et c’est ça que Jésus salue.
C’est parce qu’il est dessaisi de sa parole pour laisser parler la voix du Père à travers lui que Simon devient pierre. Ce n’est pas un changement de nom, c’est un changement de nature. Jésus ne dit pas « tu t’appelles Pierre », il dit « tu es pierre » tu es roc, rocher. C’est quand tu te laisses modeler par le Père que tu es pierre.
(...)
Il est pierre, solide, stable et fiable pour le temps où il se laisse habiter par le Père…. Probablement que c’est un état passager. C’est justement là-dessus, sur cette dépossession de soi que Jésus veut fonder son Eglise. Pas St Pierre de Rome, pas l’institution Romaine, pas la papauté… l’Église. Eglise ça veut dire « rassemblement » « convocation ».
(...)

En passant par la porte de cette église, levez la tête et vous verrez un panneau de bois sculpté qui représente Jésus donnant les clefs à Pierre*. Et puis montez ici dans l’abside et retournez-vous et vous verrez le vitrail de la façade. Il représente la tiare du pape entourée des clefs, une en or pour le ciel, une en argent pour la terre**.

Regardez bien et dites-vous que ces clefs, elles ne servent ni à ouvrir ni à fermer mais à lier et à délier.
● Dites-vous que Jésus ne les confie pas au pape, mais à ceux qui, l’espace d’une seconde, sans s’en apercevoir, se laissent habiter par la parole du Père. Quand vous vous laissez traverser par la Parole, ces clefs sont les vôtres.
● Dites-vous que c’est vous qui avez le pouvoir de jouer sur les liens, de lier et de délier… que c’est ici et maintenant qu’il faut y travailler puisque ce qui se joue ici et maintenant se joue aussi dans le royaume.
● Dites-vous enfin que chaque fois que, dans votre faiblesse, vous vous remettez dans les mains du Père, vous êtes pierre, celle que se choisit le Père pour construire non pas une forteresse romaine qui se fissure de partout, mais son royaume éternel contre lequel les forces de la mort ne peuvent rien.

╬ Amen
Sylvain diacre
**Vitrail de la façade. Armoiries de Léon XIII pape de 1878 à 1903


La prière du vendredi

Chaque vendredi, un temps de prière se déroule dans l'église, entre 19h et 19h30
C'est une prière communautaire construite sur le modèle des vêpres,
autour de la lecture des psaumes.
Un temps pour remettre notre semaine dans les mains du Seigneur,
Un temps pour déposer au pied de la croix nos préoccupations et nos joies

A l'issue de ce temps de prière, ceux qui le souhaitent peuvent le prolonger par un temps de lecture libre, simple et spontanée, du psaume du dimanche suivant, jusqu'à 20h.
Une bonne manière de nous préparer à la prière des liturgies du week-end.

Ce temps de prière du vendredi est ouvert à tous
 

Magnificat ! / Luc 1 39-56 / Homélie du 15 Août

(...)
Pour essayer d’apercevoir Marie sous les tonnes de marbres et les kilomètres de peintures, Il va falloir suivre la voie que nous propose Thérèse de Lisieux, Docteur de l’Église : « En méditant ta vie dans le saint Evangile J’ose te regarder et m’approcher de toi ». Retourner à la source, scruter Marie dans ce que l’Evangile dit d’elle. L’Evangile débarrassé de son épais vernis de discours et de piété. Tendre l’oreille à la voix de Marie quand elle parle dans l’Evangile et cesser de parler à sa place.

Alors quelle surprise !
Après le départ de l’ange, Marie n’a rien dit. On ne sait rien de son état d’esprit. Pas une trace de joie. Elle prend la route et va chez sa cousine, on ne sait pas pourquoi (on peut toujours inventer mais l’Evangile ne dit rien). Et il faut la voix d’Elizabeth qui l’accueille et la désigne comme la « mère de son Seigneur » qui la déclare « bénie » et « heureuse », pour que Marie parle enfin.
Jamais elle ne parlera aussi longtemps de tout l’Evangile.
Marie se tient là toute entière, dans ce grand cri de joie que l’on a appelé le « Magnificat », si l’on veut la contempler, c’est là qu’elle se dévoile, c’est là qu’elle se donne à voir.
On pourrait s’attendre à ce qu’elle se retourne sur elle-même, toute éblouie par l’intimité de cette grossesse extraordinaire, qu’elle se replie sur son histoire, sur la grâce que le Seigneur lui fait…. Mais non ! Aussitôt, elle mesure que c’est un événement aux dimensions du monde et de l’Histoire. Elle proclame une joie inédite, inouïe, unique au monde et à l’histoire.
La joie de Marie, c’est la joie du temps « tous les âges me diront bienheureuse » « d’âge en âge ». C’est la joie des humbles élevés, des affamés comblés.
C’est aussi la joie de ceux qui aspirent à la chute des puissants, à la ruine des riches…
Parole déroutante, voix forte et assurée qui féconde en sa Joie une révolution.
Marie ne fait pas ici de la poésie, elle n’est pas en train de broder sagement au milieu des anges : elle renverse le monde et l’histoire, elle proclame que c’est fait, ce n’est plus à attendre : le temps du riche, du puissant et du satisfait est terminé. Parce qu’elle porte en son sein la Parole, Dieu fait chair qui vient sauver le monde. Parce que sa joie c’est la Joie d’un monde à naître et déjà là, un monde que nos yeux ne savent pas voir, que notre foi peine à seulement imaginer.

Rien de plus courageux que cette parole de Marie, rien de plus subversif, provoquant, audacieux ! Marie n’est pas ici cette figure de marbre ou de sucre, compassée et fade qui peuple nos imaginaires. Comme disait Bernadette, « Non, ce n’est pas cela ! ». C’est une jeune femme débordante d’énergie, pétrie d’écriture, qui ne mâche pas ses mots, qui clame au monde entier son espérance d’un monde différent.
(...)
Marie est bien plus que ce que l’on en a fait.

╬ Amen
Sylvain diacre

Un trésor, une perle, un filet / Mt13 44-52 / Une homélie

(...)
Jésus continue de nous donner des indices sur le royaume des cieux.
Dans un cas, c’est un trésor caché dans un champ, dans l’autre, une toute petite perle distinguée parmi toutes les perles qui lui ressemblent.
Le trésor caché va rester caché. Celui qui le trouve le laisse là où il est, et achète le champ. Sa joie sera d’être le propriétaire du champs-dans-lequel-un-trésor-est-caché.
La perle trouvée ne sera pas revendue pour faire fortune. Celui qui la trouve va tout vendre pour en faire l’acquisition. Sa joie sera de vivre sans rien d’autre que cette perle.

Dans les deux cas, le royaume fonctionne sur de la perte.
Oui, c’est un trésor, oui c’est une perle précieuse, mais en les trouvant, on n'a qu’une envie : se dessaisir de tout, se séparer de tout nos biens d’avant, pour jouir d’un bien plus précieux. Ce bien plus précieux, ce n’est ni le trésor ni la perle, c’est la Joie. La joie de savoir que dans mon champ un trésor est caché, que dans ma main, roule une perle unique et belle.
(...)
 
Et puis le royaume, c’est cette histoire de filet jeté dans la mer.
Un filet qui ratisse large, qui prend tout sans faire de distinction. Un filet qui implique donc de faire du tri. A la fin de la pêche, on relève tout, et on sépare. La traduction liturgique dit : entre ce qui est bon et ce qui ne vaut rien. Mais le texte dit entre ce qui est beau et ce qui est pourri ! Ce n’est pas du tout la même chose.

Imaginons le travail du royaume des cieux sur nos vies :
Le filet aura plongé sous la surface de nos vies, il sera descendu dans nos profondeurs, il sera allé piocher du côté caché de nos vies, et il en reviendra lourd de tout ce qu’il y aura trouvé.
Alors, le maître du filet s’assiéra, et, patiemment, il fera du tri. Le jugement qui nous fait si peur, ce n’est rien d’autre que cette opération de tri. Et il séparera non pas ce qui est bon, mais ce qui est beau… ce qu’il trouvera de beau en nous… la belle part… la perle unique, le trésor caché, de ce qui est pourri, c’est à dire ce qui est déjà mort, ce qui s’est abîmé, ce qui est trop vieux….
Les anges − pas des blondinets avec des ailes mais bien les mots de Dieu − sépareront ce qui est beau et juste, de ce qui est pourri et méchant.
Et la part pourrie partira au feu et ce sera une très bonne nouvelle pour chacun de nous.
(...)
 Seigneur, donne à ton serviteur un cœur attentif à pressentir la Joie cachée du Royaume.

╬ Amen
Sylvain diacre

Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat / Mt 13 1-23 / Une homélie

Le passage du Seigneur n’est jamais sans effet. Il laisse des traces. Sa parole n’est pas stérile. C’est ce que le prophète Isaïe veut nous partager quand il dit : « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ». Pour appuyer son propos, il compare la parole du Seigneur à la pluie qui irrigue la terre. Isaïe parle même de fécondation de la terre.

En ces premiers jours de l’été, notre pays craint la sècheresse. L’Agriculture souffre du manque d’eau. Des villages du sud est de la France connaissent la pénurie d’eau au robinet. Des conflits naissent ici et là sur la question du rationnement de l’eau. Alors les paroles inspirées d’Isaïe ne sont pas sans effet sur nous.

L’eau qui rafraîchit va-t’elle manquer ? L’eau qui permet à la vie de s’épanouir va-t’elle se tarir ?

En inversant la comparaison d’Isaïe, nous pouvons nous demander si la parole de Dieu n’est pas en train de se raréfier ?

L’eau porte un paradoxe. Plus la terre est sèche moins la pluie la pénètre. Plus la terre est humide mieux la pluie l’irrigue.

Il en est de même pour la parole de Dieu. Moins nous la fréquentons, moins elle nous touche quand elle nous visite. Plus nous la fréquentons, mieux elle nourrit notre foi quand passe le Seigneur.

Jésus, dans l’Evangile de ce dimanche, poursuit la comparaison. Il semble indiquer que plus nous sommes attentifs à la parole, mieux elle nous pénètre.

La première fois qu'on lit les écritures, ou qu'on partage un texte, ça peut nous passer par-dessus la tête, ça peut rentrer par une oreille, sortir par l'autre et ne rien déposer au milieu. Un peu comme le grain qui tombe au bord du chemin et que les oiseaux ont mangé. Mais on était au bord du chemin, si on persévère on prend le chemin.

Un peu plus loin, à la lecture d'un passage d'un Evangile par exemple, on est un peu plus attentif mais pas assez, la lecture nous bouscule un peu mais tout cela reste un peu obscur. C'est un peu comme ces grains qui sont tombés sur un sol pierreux. Mais il y a des pierres et avec des pierres on peut construire quelque chose si on persévère.

Encore plus tard, la lecture ou le partage entre amis d'un texte nous touche, il peut même nous enflammer mais ça ne va pas se faire si facilement. Ça résiste, le malin comprend vite que le Dieu d'amour gagne un disciple à sa cause alors il essaye d'étouffer tout cela.

Mais reste en nous le souvenir de quelque chose qui ressemble à un royaume alors on reprend un second souffle et on persévère, on est étouffé et on recommence jusqu'à goûter pleinement le mystère du royaume de Dieu.

La parole agit en nous comme l’eau sur la terre. La première fois que nous avons conscience qu’elle nous visite elle rencontre un terrain aride, difficile à pénétrer mais peu-à-peu, petit-à-petit, le terrain devient perméable à son action. Notre seul effort consiste à persévérer.

Mais rappelons-nous la question du début. La parole de Dieu ne devient-elle pas rare ?

Comme l’eau, la parole du Seigneur n’est pas plus rare qu’avant.

Notre planète contient toujours la même quantité d’eau. Il nous faut juste prendre conscience, chacun à notre mesure, que l’eau est précieuse et qu’il ne faut pas la gaspiller. Il faut que nous changions peu-à-peu nos habitudes de nantis pour mieux partager l’eau qui est un bien commun.

De même la présence de Dieu parmi nous est toujours la même, il ne faut pas la gaspiller et nous devons la partager.

Alors, je propose que, quand nos activités estivales nous conduisent à nous abreuver d’eau fraîche, nous laissions venir dans notre mémoire les paroles d’Isaïe :

" Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche,
ne me reviendra pas sans résultat,
sans avoir fait ce qui me plaît,
sans avoir accompli sa mission.
 "

Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.