Jésus savait bien ce qu'il allait faire / Jn 6 1-15 / Une homélie

« Une grande foule suivait Jésus parce qu'elle avait vu les signes qu'il accomplissait en guérissant les malades. »
La foule tient une grande place dans l'Evangile.. Dans l'Evangile que nous avons entendu Jésus est avec ses disciples, mais c'est la présence de la foule sur laquelle il pose son regard qui amène la suite.
Cette foule est comme la figure de toutes les foules humaines, y compris les foules de notre temps. Ce matin nous sommes aussi la foule rassemblée et je voudrais évoquer d'autres foules . Celles des pèlerins (ceux du chemin de St Jacques, mais aussi ceux Lourdes, Fatima, Rome et bien d'autres). Je pense aussi aux foules de notre histoire : les foules qui protestent, les foules qui luttent..., les foules qui fêtent... et ces foules immenses qui traversent les mers et les continents en quête de paix et d'une vie meilleure.
La foule sur laquelle Jésus porte son regard est une foule en attente qui avait eu connaissances des guérisons , Ce n'est pas précisément une foule qui demande du pain (rien n'est dit à ce sujet) mais c'est une foule qui cherche son prophète ou son roi, son messie.

C'est au bénéfice de cette foule que Jésus prend une initiative :
« où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? »
« JESUS SAVAIT BIEN CE QU'ILALLAIT FAIRE »
Ce qu'il veut faire dans un premier temps c'est nourrir la foule assemblée. C'est le miracle que nous appelons « la multiplication des pains ».
Le terme multiplication n'est pas ici une notion mathématique. Jésus ne calcule pas.
Ceux qui calculent se sont les disciples comme pour mettre en évidence la démesure du désir de Jésus

Et il va donner à manger à plus de 5000 hommes sans compter les femmes et les enfants, en partant de cinq pain d'orge et 2 poissons.
Le miracle a été concrètement possible parce qu'un petit garçon qui avait amené son repas pour la longue marche et la longue journée donne tout ce qu 'il a pour que Jésus puisse nourrir toute la foule et qu'il en reste « et il en restera douze corbeilles ».
Pour que que Dieu puisse agir il faut que l'homme apporte quelque chose , ce qu'il a et qui est sans proportion avec le don qui lui sera fait.
Jésus pris les pains et ayant rendu grâce il les distribua aux convives. La foule a changé de statut. Le miracle n a pas été fait devant elle, mais pour elle.

Et nous changeons de dimension. Le miracle DE LA FRACTION DU PAIN devient un signe et annonce une présence. (Emmaüs)
« Jesus savait bien ce qu'il allait faire » il allait faire ce pourquoi il a été envoyé par le Père, ce pourquoi il était venu, dans le monde, par l'action de l'Esprit Saint.

C'était juste avant la Pâques.
Le denier repas avec ses disciples approche, puis la passion, la mort de Jésus et sa résurrection. Jésus sait qu'il donnera tout ce qu'il a, sa vie car il est le CHRIST ( messie) FILS DE DIEU SAUVEUR.
Il dit de lui même « Je suis le pain de vie descendu du ciel » Voilà ce que Jésus annonce par son miracle qui devient un signe.
Nous sommes aujourd’hui les convives au repas du Seigneur. Nous sommes des femmes et des hommes en attente. Jésus connaît la faim de notre foule/ Nous sommes invités chacun à discerner quelle est notre faim et de la nommer.
Ce que nous attendons s'accomplit déjà.

Dans un instant vont être portés à l'autel le pain fruit de la terre et du travail des hommes, le vin fruit de la vigne et du travail des hommes »
A travers le pain et le vin c'est toute notre vie, tout notre être qui sont offerts pour être transformés, par le don du Christ.
La messe n'est pas une cérémonie religieuse symbolique et pieuse.
La messe nous engage, car le Christ s'engage; L'Eucharistie c'est l'accomplissement de la présence du Seigneur pour nous et en nous par son corps livré et son sang versé ; Nous ne mesurons pas assez la profondeur et l'ampleur de la grâce qui nous est faite.

Vous les marcheurs de St Jacques, et vous qui prenez d'autres chemin vous avez choisi de vous unir aux paroissiens qui sont là, pour célébrer la messe ?
Savez vous pourquoi vous prenez ce chemin ?
Ce que vous savez et vous en témoignez c'est l'attrait du chemin, c'est que c'est tout votre corps qui est sollicité par la marche, l'avancée, la progression . Vous y mettez du vôtre… Vous êtes partie prenante. Votre vie n'est pas étrangère à votre marche. Et le chemin n'est que le support de votre quête, de vôtre recherche et de votre consentement.
Vous êtes en union avec tous les pélerins. Et à l'arrivée quelle joie au milieu de la foule.Et au retour vers le quotidien il reste en vous une trace ineffaçable, vous ne revenez pas comme vous êtes partis. Et votre désir est d'y retourner...ou d'en garder le souvenir.

Permettez-moi une analogie avec l'Eucharistie
A la fin de chaque eucharistie, Nourris par la Parole et le Corps et le sang du Christ, vous ne repartez pas comme avant.
Depuis notre baptême la trace du Seigneur dans nos corps mortels n'est pas un souvenir, mais une réalité.
Nous sommes participants et partie prenante, en communion avec le Seigneur, en communion les uns avec les autres et avec tous les hommes. si nous consentons, corps et Esprit, à nous laisser transformer par la présence en nous de Celui qui nous nourrit de sa propre vie. Si nous laissons le Seigneur faire son travail en nous, cela se verra dans notre vie de foi, dans nos engagements humains, dans nos relations, et nous serons les signes de son amour et de sa paix pour tous les hommes.
Il faut que nous y mettions du notre, et le Seigneur donnera en abondance.
« Il en resta douze corbeilles. »

Robert Zimmermann
diacre

Homélie prononcée en présence des pélerins de St Jacques au prieuré de Cayac le 29 juillet 2018

Oser prendre la Parole / Mc 6 1-6 / Une homélie

Les trois textes bibliques de ce dimanche donnent le sentiment que « Oser prendre la Parole au nom de Dieu » et parfois une mission à hauts risques.
Les trois témoins qui nous sont présentés en ont fait chacun l'expérience.

Ezéchiel , dépêché auprès d'un « peuple de rebelles », révoltés contre Dieu, au moment de l'exil à Babylone, sait qu'il affrontera « le visage dur et le cœur obstiné. »
Paul qui a reçu des révélations exceptionnelles est accablé de difficultés et d'humiliations. « une écharde dans sa chair, une gifle de satan » Ils sont l'un est l'autre en situation de faiblesse, mais le Seigneur les confirme dans leur mission. Ezéchiel a pour appui le mandat de Dieu « Je t'envoie » et dans sa faiblesse Paul entend « Ma grâce te suffit »

Jésus lui même est affronté au manque de foi des habitants de son village.
Voilà que ces compatriotes sont choqués par son discours. Ils se demandent de quoi il se mêle. Il leur est difficile d'entendre une Parole si nouvelle, dont ils ne connaissent pas l'origine, qui renverse leurs habitudes, qui les éloigne de ce qu'ils connaissent, de leur tradition.
Dans leur réaction on peut détecter un brin de jalousie. Mais je voudrais prendre leur défense. Ils ont buté sur la simplicité de ce charpentier (fils) qu'ils ont bien connu et qu'ils ont vu grandir. Même s'ils connaissent sa réputation les habitants de son village ne pouvaient pas croire facilement en lui. D'une certaine manière leurs réactions soulignent la vérité de l'humanité de Jésus « vrai homme ».

Quant à nous, nous avons toute l'épaisseur du mystère pascal et toute la tradition (transmission) de l’Église qui nous permet de reconnaître aussi Jésus « vrai Dieu ». (dimension inaccessible pour ses compatriotes)
Et pourtant ne sommes-nous pas souvent à nous désoler lorsque nous constatons que nous ne parvenons pas à transmettre notre foi à certains de nos très proches. Nous nous trouvons en situation de faiblesse. Faiblesse qui évite l'orgueil, le centrisme de nos personnes. Faiblesse qui surtout laisse sa place à la puissance de la Parole. Malgré notre faiblesse le Seigneur compte sur nous.
« Ma grâce de suffit » nous dit le Seigneur.

C'est l'occasion alors d'entendre pour nous ce que Dieu dit à Ezéchiel « Ainsi parle le Seigneur Dieu… « Qu'ils écoutent ou n'écoutent pas ils sauront qu 'll y a un prophète au milieu d'eux » Pas de frontière à la Parole. Comme le dit Jésus Elle doit faire son chemin. « Le ciel et la terre passeront, mais ma Parole ne passera pas » Matthieu 24

Osons, risquons…
Cette liturgie est l'occasion de nous interroger sur notre rapport à la Parole de Dieu.
Pour la majorité de chrétiens le contact avec la Parole de Dieu se fait au cours de la messe. La liturgie de la Parole, première partie de la messe est la présence réelle du Verbe fait chair, depuis la première lecture jusqu'à l'offertoire, homélie incluse.
Cette homélie est toujours écrite et prononcée par un ministre, évêque prêtre ou diacre qui en ont sacramentellement la charge.
Personnellement je vous avoue que dans cet exercice je me sens en attitude de faiblesse devant la puissance de la Parole . Cela me dépasse souvent mais je dois m'effacer comme dit Paul « car quand je suis faible, c est alors que je suis fort » fort de la force du Christ.
A entendre les réactions après la messe ou dans la semaine qui suit, l'homélie semble être un point d'attention particulier des auditeurs . Sur le parvis vous entendez, « je n'ai rien compris à cette homélie » « Ce fut une belle homélie » L'homélie déterminerait la qualité de la célébration (les chants aussi). Avez vous déjà entendu des commentaires sur la Parole de Dieu elle même ? Sa pertinence… ses effets... ?
Vous connaissez la réponse.
Il y a là quelque chose d'étonnant, et le symptôme que nous attachons plus d'importance au prédicateur qu'à la Parole (majuscule). C'est à réfléchir !!!

Autre expérience : la tentation parfois de changer un texte de la liturgie parce que nous trouvons qu'il est trop compliqué, trop difficile pour le public concerné(enfants, peu de foi, catéchumène, parents…)
Alors je pose la question : Qui suis-je pour décider quels sont les effets de la Parole sur ceux qui la reçoivent ? car il s'agit autant de la recevoir que de l'entendre.
Si nous nous risquons à la Parole de Dieu nous découvrirons souvent que le Seigneur nous a déjà précédé dans le coeur de ceux qu'il met sur notre route « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet sans avoir porté du fruit sans avoir exécuté ma volonté . » Esaïe 55

Pendant cet été pourquoi ne pas prendre le temps pour prier avec la Parole de Dieu, seul ou en famille, entre amis quelques instants par un partage simple et spontané plus avec le cœur qu'avec l'intelligence ?

Dans un instant le Christ va nous nourrir de son corps livré pour nous et de son sang versé pour la multitude.
Que cette Eucharistie renforce en nous le désir et la joie d'oser nous risquer à la fréquentation du Verbe fait chair.
N'ayons pas peur de nous risquer à la Parole de Dieu.

Robert Z.

Mc 5 21-43 / Une homélie

(...)
 Jésus croise la trajectoire de deux femmes dont la vie est suspendue.
Deux femmes comme empêchées de grandir, d'avancer, d'être femme.
- L'une parce qu'elle est condamnée à la stérilité, parce que son flux ininterrompu lui interdit tout désir, lui interdit toute rencontre... elle n'aura pas d'homme, elle n'aura pas d'enfant.
- L'autre parce qu'un père un peu trop aimant refuse qu'elle grandisse...
l'empêche d'être femme.
Alors, l'enfant qui ne peut plus grandir préfère dormir. S'allonger dans la mort.


Jésus, vient faire œuvre de vérité dans ces deux vies.
Pour l'une, il va la contraindre à passer par la parole : « Tu peux me voler ta guérison, mais ton salut, tu l'obtiendras en me faisant face. La fin de ton mal, ton mal qui n'est pas ta maladie, ( ta maladie n'est que le symptôme d'un mal qui ne veut pas se dire ), ce mal, tu en seras libérée si tu te risques à la Parole, si tu te frottes à la Vérité...
alors, et alors seulement tu feras œuvre de Foi »

Pour l'autre, c'est une résurrection qui est un relèvement, une mise debout.
Et ça passe par un contact de la main et une parole adressée « Talita Koum »
Quelqu'un te touche et t'adresse la parole.
Il te nomme en vérité : non plus petite fille, petite fille que tu n'es plus, mais jeune fille, jeune femme, jeune femme debout que tu es appelée à devenir.
Ce n'est pas la fin, comme le croyait ton père, c'est simplement la fin de l'enfance.
C'est une remise au monde

Voilà l'œuvre du Christ dans nos vies
On peut toujours tenter de lui voler sa grâce... on le fait bien souvent, à chaque fois qu'on s'approche de lui « par derrière » sans chercher le face-à-face... en se cachant derrière nos attirails religieux, notre matériel de piété... on peut chercher la guérison par effraction... et il se pourrait que, comme dans l'évangile, ça marche !
Car Jésus se laisse voler dès qu'on l’effleure.
Mais notre Salut, mais notre remise au désir, mais notre remise au fruit, cela ne peut se passer sans la rencontre et la parole de Vérité.

On peut se coucher là et dormir
(...)
A l'adolescence, c'est presque un passage obligé.
Mais ça peut nous tomber dessus n'importe quand dans nos vies.
Cesser de s'épuiser à tenir debout, refuser d'un coup d'affronter nos vies, nos vies qui ne sont pas toujours drôles...
Mais le Christ nous veut debout, il nous veut en croissance
« La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, l'homme debout, la vie de l'homme c'est de contempler Dieu, »(Irénée) de lui faire face.

Laissons-nous relever par la Vérité.
La Vérité, c'est Lui
Soyons des hommes et des femmes pleins de foi, c'est-à-dire des hommes et des femmes pleins de désirs.
« Je t'exalte, Seigneur, tu m'as relevé »
Pour que je sois debout,
dans la Parole et dans la Vérité

╬ Amen
Sylvain Diacre

À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?/ Mc4 26-34 / Une homélie

Ce dimanche, Jésus nous apprend à quoi comparer le règne de Dieu. Et même si on est peu familiarisé comme moi avec les processus agricoles, on perçoit quelques traits caractéristiques.
Il y a d'abord comme de l'enfouissement. Il y a ensuite de la croissance. Puis il y a comme un processus inexorable qui échappe au cultivateur. Et enfin, il y a de l'utilité bien pratique à ce processus.

L'enfouissement.
Les semences ou la graine de moutarde sont jetées en terre.
Le règne de Dieu ça commence par un peu de hasard, Jésus évoque juste le geste de jeter, il ne parle pas d'un choix particulier. Même si mes connaissances en matière agricole sont faibles, je sais qu'il convient de semer dans une terre préparée pour recevoir les semences.
Dans ce passage, point de préparation, "Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence" il suffit de jeter la semence en terre.
Le petit mot "en" de "en terre" a attiré mon attention.
J'y ai vu comme une nécessité. Autant la préparation de la terre ne semble pas un impératif autant, il semble important que la semence soit enfouie. Cela crée du mystère, on ne sait pas ce qui se passe dans le secret de la terre. Et puis ça rejoint ce qui est en bas, ça tombe et ça s'enterre.
C'est comme pour chacun de nous, il y a quelque chose de semer dans le terreau de notre chair. On ne sait pas ce que c'est mais on sent que ça frémit quand le Seigneur passe. C'est semé en nous, c'est révélé à notre baptême, c'est confirmé à notre confirmation et ça nous pousse aujourd'hui, ici, ça nous invite à répondre à l'invitation du Christ.

La croissance.
Il y a une croissance.
Il y a une croissance qui est présentée comme disproportionnée.
Jésus souligne la croissance entre la petitesse de la graine et la taille de la plante.
Je suis allé voir des images de plantes de moutardes sur internet. Il me semble que Jésus exagère quand il dit que des oiseaux y nichent. Certes la plante grandit jusqu'à hauteur d'homme mais elle ne devient pas aussi grande qu'un arbre. Alors j'ai vu dans cette exagération comme le désir de montrer que le règne de Dieu est comparable à quelque chose qui part du tout petit et qui nous dépasse.
La graine de moutarde on peut la tenir dans la main, le règne de Dieu non. Le règne de Dieu, on peut le contempler dans nos mains, mais on ne peut pas le prendre.

Un processus inexorable.
"Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit." Là encore mes maigres connaissances sont trompées. Il me semble que le travail agricole est plus dur que ne semble le dire Jésus. Mais, accueillons sa parole avec confiance car ce que Jésus veut nous dire c'est que le règne de Dieu se construit.
Quoiqu'on fasse il grandit. Il grandit sans nous à notre grand désespoir.
Dieu n'a pas besoin de nous pour faire venir son règne. Il se construit parfois malgré nous.
A nous, il revient deux attitudes.
La première. Nous ne devons pas aller contre la venue du règne de Dieu. Nous ne devons pas participer à sa destruction ni même désirer la destruction. Et c'est si facile quand on pense à la pollution et au gaspillage.
La seconde. Il nous revient de l'accueillir. Il nous revient de louer le règne de Dieu. Il nous revient de faire monter notre louange dans la prière. Il nous revient de contempler Dieu dans la création, dans nos rencontres.

L'utilité.
Le règne de Dieu est comparable au blé qui nourrit les hommes.
Le règne de Dieu est comparable à la plante de la moutarde qui protège les oiseaux.
Le règne de Dieu ce n'est pas un concept éthéré. Ce n'est pas une vue de l'esprit inutile.
Le règne de Dieu c'est du concret, c'est du solide, ça sert, ça nourrit et ça protège.
Dieu fait venir son règne pour nous pour nous sauver.

Le règne de Dieu qui vient tout petit en moi,
Qui grandit au-delà de toute mesure sans que je n'y puisse rien, et bien malgré moi
Et qui ouvre mes lèvres pour publier la louange :

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Le Saint Sacrement / Une homélie

(...)
« ceci est mon corps » « ceci est mon sang »
Saint Cyrille déclare : «  ne va pas te demander si c'est vrai, mais accueille plutôt avec foi les paroles du Seigneur, parce que Lui qui est la Vérité, ne ment pas »
(...)
Deux pièges nous guettent au pied de l'autel :
- D'une part, de remplacer ce corps nouveau par un corps magique.
- D'autre part, d'entrer dans cet ordre nouveau avec les repères de l'ordre ancien.

La sainte hostie n'est pas une pastille magique. Le prêtre n'est pas un magicien.
Pas de tour de passe-passe ici, pas de formule magique qui transformerait le pain en corps comme on changerait une pierre en pain... ça, c'est la proposition du diable dans le désert !
Non. C'est le Christ lui-même qui agit et qui se rend présent.
Réellement. C'est à dire sans mensonge, sans magie.
Mais il ne propose pas d’acquérir par là des super-pouvoirs...
il propose de communier à son corps,
de faire corps dans son corps. Parce que son corps est l'unique corps réel.

C'est pour ça qu'il n'existe pas de portion individuelle, son hostie à soi, son Jésus à soi, pour soi. Toute hostie est une hostie rompue, partagée. Les petites hosties ne sont que des parts de la grande hostie rompue à l'autel.
Il ne se donne pas seulement pour moi qui communie, mais pour la gloire de Dieu et le Salut du monde.

Et si il est primordial d'avoir le plus grand respect pour l'hostie consacrée, méfions-nous de nos scrupules mal placés. Ils sont la marque que nous projetons sur cette substance nouvelle ce que nous croyons connaître du corps ancien.
(...)
Ne nous trompons pas d'objet, ne refermons pas ce qui est ouvert, ne croyons pas saisir ce qui nous échappe.
N'oublions jamais que dans la célébration eucharistique, la présence réelle du Christ est en quatre lieux : Dans l'hostie consacrée évidemment, de façon substantielle et permanente, mais aussi dans la personne du ministre, dans sa parole et dans l'assemblée elle-même.
Entendez bien : vous êtes présence réelle.

Aujourd'hui, nous fêtons la rencontre de l'assemblée-présence-réelle avec le pain et le vin, présence réelle dans la substance.

Que ceux qui distribuent la communion se souviennent qu'ils doivent impérativement dire pour être entendus « le corps du Christ », et que ceux qui la reçoivent n'oublient pas qu'ils doivent répondre « Amen ». Pas pour faire joli, mais parce que c'est la marque qu'ils ont discerné le corps. Qu'ils sont là, non par habitude, mais parce qu'ils sont aimantés par la foi.
« Amen », ce n'est pas « merci », c'est « je crois ».

╬ Amen
Sylvain diacre

« Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »/ dimanche de la Trinité / Une homélie

Depuis la célébration de la Pentecôte nous sommes entrés dans le temps que nous appelons ordinaire, le temps de l'Esprit. C'est aussi le temps de la présence  et de la relation. 

Au début de ce long temps liturgique l'Eglise nous invite à méditer quelques mystères centraux de notre foi. Le mystère est la révélation lente et progressive au temps de notre vie terrestre de la vérité de Dieu pour nous et en nous qui se dévoilera en plénitude dans le Royaume.
 La confession de foi en un Dieu unique , Père et Fils et Esprit, est la marque spécifique des disciples du Christ et c'est Jésus lui même qui utilise cette figure trinitaire pour dire « Dieu ».

« Baptisez-les au nom du Père ET du Fils Et du Saint esprit » L'importance du ET pour dire l'unicité de Dieu et la distinction des trois « personnes » divines..
Certains penseront peut-être que la Sainte Trinité est une complication dogmatique, une sophistication théologique, une énigme à résoudre , un secret pour des initiés.

Il y a une dizaine d'années, au cours d'une retraite d'enfant, j'ai entendu une perle magnifique. Un enfant de neuf ans à qui on demandait de dire ce qu'était la Sainte Trinité à répondu : « Tu ne sais pas ce que c'est? Eh bien je vais te l'apprendre : on ne peut pas aimer tout seul » Comment être plus clair pour dire ce mystère qui nous dévoile en quelque sorte l'intimité de Dieu et nous ouvre aussi au mystère de tout humain.
Le mystère de la Trinité nous fait découvrir ce qu'aimer veut dire. A travers les évangiles et la liturgie de l'Eglise c'est flagrant : Le Père et le Fils et l'Esprit chacun renvoie aux deux autres et s'efface pour mettre les autres en valeur. ;
le PERE : (un nom) Lui que nul n'a jamais vu s'efface devant le Fils ( Dans le symbole des apôtres , deux lignes pour le Père et dix lignes pour le Fils) Le Père ne fait rien sans l'Esprit dès le début de son oeuvre créatrice.
LE FILS ( un corps) Dans le chant du « Gloire à Dieu » on le réfère tellement au Père qu'on dit de lui « Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père » Superbe pléonasme qui souligne l'impossibilité de parler de Jésus sans parler du Père. Jésus renvoie toujours au Père et s'efface devant l'Esprit qu'il annonce et promet.  « Il est bon que je m'en aille. » « L'Esprit vous donnera des choses plus grandes encore. »
L'ESPRIT. (le souffle d'une relation) C'est lui qui fait nommer Dieu « Père »- « L'Esprit fait de nous des fils qui crions vers Dieu en l'appelant « Abba » L'Esprit nous oriente vers le Père et nous renvoie toujours à Jésus. »
La fête de la Sainte Trinité nous rappelle que aimer c'est ne pas chercher sa propre gloire, mais vouloir que l'autre grandisse, aime et soit aimé. Ce mystère est comme un repère qui nous renvoie à notre propre vivre ensemble.
C'est ce que souligne le Pape François dans son exhortation « La joie de l'amour » en déclarant que
« Le Dieu Trinité est communion d'amour et la famille humaine est son reflet vivant. Dieu dans son mystère le plus intime, n'est pas une solitude, mais une famille puisqu'il porte lui-même la paternité, la filiation, et l'essence de la famille qui est l'amour incarnée par l'Esprit Saint. »-  «  En contemplant le mystère de la communion divine faite d'unité et de distinction, on pressent que la vie d'une famille est faite d'une juste autonomie des personnes, et en même temps d'une nécessaire interdépendance. »(fdc) Il n y a d'unité possible que dans la distinction, sinon c'est la confusion.
Même si souvent en ce 21e siècle la famille est en crise , ou blessée, voire amputée, chacun peut avoir à coeur, même dans les situations difficiles, d'agir plutôt pour l'autre et non pour soi même. D'invoquer et de contempler le Dieu Trinité pour discerner.
Et puis nous pouvons élargir ce que dit le Pape sur la famille, au sens plus large de ce mot. La famille humaine, nos relations de voisinage, de communauté, de travail etc.. .
Souvenons-nous que l'amour trinitaire est répandu en nous dès notre baptême, au nom du Père et du Fils et du saint Esprit. Que la grâce de cet amour nous est donnée à chaque Eucharistie qui est une liturgie hautement trinitaire. Au cours de la messe nous ne cessons de prier le Père qui nous donne le Fils par l'action de l'Esprit Saint.
« Toi qui est vraiment saint...sanctifie ces offrandes en répandant sur elle ton Esprit ; qu'elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus le Christ notre Seigneur. » (Prière eucharistique )
Le mystère de la Sainte Trinité nous dit que la Bonne Nouvelle est une relation d'amour jamais achevée, toujours nouvelle, toujours ouverte et toujours à construire. L'amour trinitaire n'est pas une idéologie, mais une expérience à vivre et à partager dans le quotidien comme dans les grands moments de notre vie.
Jésus est clair il envoie les disciples comme les transmetteurs passionnés «  Apprenez-leur à observer ce que je vous ai commandé. » Cet envoi nous est adressé aujourd'hui.

Dieu, Père et Fils et Esprit saint, donne-nous la force et le courage d'être artisans de ton amour tous les jours auprès de ceux que tu mets sur notre route « Toi qui es avec nous jusqu'à la fin du monde »

Amen