Dire sa foi / Jn 3 16-18 / Une homélie

Ce matin, des collégiens vont faire leur profession de foi. C’est à dire qu’ils vont dire leur foi. Dans l’évangile d’aujourd’hui, la question de la foi est centrale : il s’agit de « croire au Nom du Fils unique de Dieu »

Et nous, que pouvons-nous dire de notre foi ? Comment se dit notre foi au Fils ? au nom du Fils ? Comment s’exprime notre foi dans la Trinité que nous fêtons aujourd’hui ?

Samedi dernier, j’étais dans la basilique de Saint Seurin pour la confirmation de 250 adultes. La basilique était comble, probablement un millier de personnes.
Au moment de proclamer la foi de l’Église, l’évêque interroge l’assemblée : « Croyez-vous au Père tout puissant ? » et la foule de répondre haut et fort d’une seule voix, comme un coup de tonnerre : « Oui, nous croyons ! », et les voûtes de St Seurin tremblent sous cette déflagration. Cette clameur trois fois répétée a suscité en moi un profond malaise… je n’ai pas pu m’empêcher de penser : « quelque chose ici ne va pas »
Peut-on en vérité proclamer notre foi sous le registre du cri unanime ?
Qui peut répondre « Je crois » sans hésiter, sans la moindre réserve, sans le moindre tremblement intime ?

Il se pourrait que nous confondions bien souvent adhérer et croire.
Adhérer à des idées, à un récit, à une vision du monde et de l’Homme, et croire à quelqu’un… à son Nom. Or, l’Evangile semble attendre de nous non pas une adhésion massive et sans ombres à un programme, mais la foi en un Dieu qui se révèle dans toute la complexité de sa triple habitation : Père, Fils, Esprit.

L’objet de notre foi n’est pas objet de savoir. Si l’on sait, on n’a plus besoin de croire. Il ne s’agit pas d’adhérer, mais de faire confiance. Confiance et foi, c’est le même mot.
Interrogeons cotre cœur et demandons-lui : « fais-tu confiance ? Ressens-tu au fond de toi qu’il y a quelque chose de vital pour toi qui se tient là, que tu ne comprends pas mais qui te tient en vie ? » Alors, la réponse qui viendra ne sera pas un cri plein d’assurance. Ce sera une petite voix, pleine de pudeur qui dira : « oui, sans comprendre, je fais confiance : oui… je crois »

Comprend-t-on pourquoi on est aimé ?
Je m’adresse aux amoureux, aux mariés, aux vieux couples : Avez-vous compris pourquoi il ou elle vous aime ? J’espère que non. Croyez-vous qu’il ou elle vous aime ? Oui, vous y croyez, et ça vous tient en vie.

Quelqu’un écrit : « savoir-Croire, c’est savoir douter »*
Alors n’ayons pas peur de nos doutes. Ne craignons pas de ne pas tout comprendre, ne pensons pas que notre foi puisse se hurler comme on clame un mot d’ordre, comme on cri dans un stade… notre foi est incompatible avec le cri de la foule.

Prions pour que ces enfants qui ont à dire leur foi soient libérés de l’illusion de l’adhésion à un discours, à des idées. Qu’ils s’autorisent le doute, qu’ils se réjouissent de leurs questions et qu’ils entrent dans la confiance, c’est à dire dans la Foi.

Nul ne sait ce qu’est « croire au nom du fils unique de Dieu »
Nul ne sait comment ça marche la sainte Trinité
Mais ce Nom et cette Trinité nous plongent dans la vie éternelle, nous ouvrent le Royaume, nous pardonnent, nous aiment et sauvent le monde.

Telle est notre foi

╬ Amen
Sylvain diacre
*Marion Muller-Colard « Croire qu’est-ce que ça change ? »p.88

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