Ce matin, des collégiens vont
faire leur profession de foi. C’est à dire qu’ils vont dire leur
foi. Dans l’évangile d’aujourd’hui, la question de la foi est
centrale : il s’agit de « croire au Nom du Fils unique
de Dieu »
Et nous, que pouvons-nous dire
de notre foi ? Comment se dit notre foi au Fils ? au nom
du Fils ? Comment s’exprime notre foi dans la Trinité que
nous fêtons aujourd’hui ?
Samedi dernier, j’étais
dans la basilique de Saint Seurin pour la confirmation de 250
adultes. La basilique était comble, probablement un millier de
personnes.
Au moment de proclamer la foi
de l’Église, l’évêque interroge l’assemblée :
« Croyez-vous au Père tout puissant ? » et la foule de
répondre haut et fort d’une seule voix, comme un coup de
tonnerre : « Oui, nous croyons ! », et les
voûtes de St Seurin tremblent sous cette déflagration. Cette
clameur trois fois répétée a suscité en moi un profond malaise…
je n’ai pas pu m’empêcher de penser : « quelque chose
ici ne va pas »
Peut-on en vérité proclamer
notre foi sous le registre du cri unanime ?
Qui peut répondre « Je
crois » sans hésiter, sans la moindre réserve, sans le
moindre tremblement intime ?
Il se pourrait que nous
confondions bien souvent adhérer et croire.
Adhérer à des idées,
à un récit, à une vision du monde et de l’Homme, et croire à
quelqu’un… à son Nom. Or, l’Evangile semble attendre de nous
non pas une adhésion massive et sans ombres à un programme, mais la
foi en un Dieu qui se révèle dans toute la complexité de sa triple
habitation : Père, Fils, Esprit.
L’objet de notre foi n’est
pas objet de savoir. Si l’on sait, on n’a plus besoin de croire.
Il ne s’agit pas d’adhérer, mais de faire confiance. Confiance
et foi, c’est le même mot.
Interrogeons cotre cœur et
demandons-lui : « fais-tu confiance ? Ressens-tu au
fond de toi qu’il y a quelque chose de vital pour toi qui se tient
là, que tu ne comprends pas mais qui te tient en vie ? »
Alors, la réponse qui viendra ne sera pas un cri plein d’assurance.
Ce sera une petite voix, pleine de pudeur qui dira : « oui,
sans comprendre, je fais confiance : oui… je crois »
Comprend-t-on pourquoi on est
aimé ?
Je m’adresse aux amoureux,
aux mariés, aux vieux couples : Avez-vous compris pourquoi il
ou elle vous aime ? J’espère que non. Croyez-vous qu’il ou
elle vous aime ? Oui, vous y croyez, et ça vous tient en vie.
Quelqu’un écrit :
« savoir-Croire, c’est savoir douter »*
Alors n’ayons pas peur de
nos doutes. Ne craignons pas de ne pas tout comprendre, ne pensons
pas que notre foi puisse se hurler comme on clame un mot d’ordre,
comme on cri dans un stade… notre foi est incompatible avec le cri
de la foule.
Prions pour que ces enfants
qui ont à dire leur foi soient libérés de l’illusion de
l’adhésion à un discours, à des idées. Qu’ils s’autorisent
le doute, qu’ils se réjouissent de leurs questions et qu’ils
entrent dans la confiance, c’est à dire dans la Foi.
Nul ne sait ce qu’est
« croire au nom du fils unique de Dieu »
Nul ne sait comment ça marche
la sainte Trinité
Mais ce Nom et cette Trinité
nous plongent dans la vie éternelle, nous ouvrent le Royaume, nous
pardonnent, nous aiment et sauvent le monde.
Telle est notre foi
╬ Amen
Sylvain diacre
*Marion Muller-Colard
« Croire qu’est-ce que ça change ? »p.88

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