Comme cette eau se mêle au vin...

Le sang et l'eau / Vitrail d'Alfred Mannessier / Abbeville / 1982
 Peut-être ne l’entendez-vous pas et pourtant cette petite prière au moment de l’offertoire est d’une grande beauté et dit ce qui nous fonde au moment où nous célébrons le mystère de l’Eucharistie. La voici :
        "Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité".

        Cette prière est dite par le diacre au moment où il verse dans le calice rempli de vin, quelques gouttes d’eau. Regardons l’un après l’autre chacun de ses éléments.
        De l’eau et du vin se mêlent dans une même coupe à laquelle nous allons communier. L’eau et le vin rassemblés, voilà qui nous invite à revisiter le récit inaugural de la mission de Jésus chez saint Jean : les Noces de Cana (Jn 2,1-11). Pour saint Jean, c’est évident : ici se réalise le commencement des signes de Jésus : Jésus est venu sur notre terre pour une Alliance entre Dieu et l’Humanité.
        L’eau : ‘chaste et pure’, comme la qualifiait saint François d’Assise (Cantique des créatures) vient de la nature. Humble et fragile, elle représente ici l’humanité. Alors quelques gouttes suffiront !
        Le vin : ‘Fruit de la terre et du travail des hommes’ - (prière de la présentation des dons), béni et présenté au Seigneur, lui, représentera le Christ.
        Dans ce geste liturgique, l’eau se mêle au vin : l’humanité vient se fondre dans la divinité du Christ, lui qui a pris notre humanité. Irénée de Lyon le disait ainsi : «Dieu s'est fait Fils de l'homme pour que l'homme à son tour devienne fils de Dieu»
        L’eau et le vin mêlés, inséparables désormais, disent en même temps l’union du Christ qui a pris notre humanité : c’est le mystère de l’Incarnation, fêté à Noël et l’union du Christ avec l’humanité lors de sa Passion. « Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versée pour vous et la multitude en rémission des péchés ». (Récit de l’Institution de l’Eucharistie). C’est le mystère de la rédemption.
        Nous qui allons boire à cette coupe, puissions-nous être unis au Christ, lui qui est Dieu et qui a pris notre humanité. C’est notre désir et notre foi.

Vincent GARROS

Un chant nouveau / Une homélie du jour de Noël

 
« Chantez au Seigneur un chant nouveau »
la première phrase du psaume claque comme un ordre. Plus qu’un conseil, un commandement. Ce matin, nous sommes sommés de chanter au Seigneur un chant inédit, jamais entendu auparavant, inouï.
S’il y a bien un jour, une fête, où l’on refuse catégoriquement de chanter un chant nouveau c’est bien noël. Nous venons chercher avec avidité les vieux chants de notre enfance, certains même ne viendront à la messe qu’une fois dans l’année, aujourd’hui, (je les salue) simplement pour se donner le plaisir de chanter les vieilles rengaines increvables sans lesquelles Noël ne serait pas Noël.

Qu’est-ce qui explique que l’Ecriture exige de nous ce chant nouveau ? Ce besoin impérieux de nouveauté ?
Parce que ce qui s’est passé cette nuit ne devrait pas pouvoir se fêter avec de l’ancien, avec du déjà vu. Ce qui s’est passé cette nuit ne rentre pas dans nos vieilles prières, dans notre vieux langage.

« Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles »
Cette nuit, il a fait des merveilles,
Cette nuit un enfant nous est né,
Cette nuit, le Verbe s’est fait chair pour habiter parmi nous
Cette nuit, nous sont données la grâce et la Vérité
Ce matin, nous sommes condamnés à la nouveauté à cause d’un nouveau-né.

Nous ne célébrons pas ici le gentil folklore, la belle histoire, le beau conte de fée. Il n’y a aucun lien entre ce que nous célébrons ici dans cette église et ce qui se célèbre dehors, sur cette place toute parée de jolies guirlandes scintillantes, de beaux sapins et de traîneaux… Dehors : le vieux Noël, le déjà vu, la répétition implacable du même. Dedans : le surgissement d’une nouveauté radicale, la déflagration de la plus grande révolution de notre humanité : Dieu se fait homme !
« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous »
Désormais, le monde est habité, désormais, chacun de nous, chaque chair, est habitée

L’enfant de la nuit de Noël instaure le lieu de la rencontre. Il permet la folie de l’intime de Dieu avec nous, pas en discours, pas en esprit, dans la chair.
L’enfant de la nuit de Noël nous retire de la Loi et nous offre la grâce et la Vérité.
La grâce, c’est le don absolu et absolument gratuit de Dieu. Et que donne-t-il ? Il se donne lui-même.
On ne cesse de nous répéter que notre chair n’est que viande, que notre chair n’est que mécanique plus ou moins en bon état, plus ou moins bien entretenue, plus ou moins proche de la casse… Mensonge !
La vérité, c’est que notre chair est gracieuse. Elle a la haute dignité du choix de Dieu. Il s’est penché vers elle, il l’a désiré et il est venu s’en saisir… gracieusement.

Chantez au Seigneur un chant nouveau, parce que ce matin, à cause de l’enfant nouveau-né, nous sommes des hommes nouveaux et des femmes nouvelles.
Cet enfant déracine l’ancien… il ne vient pas restaurer des vieilleries, il ne vient pas sauvegarder le même, il ne vient pas asseoir des traditions, il exige que nous le suivions dans la nouveauté radicale de son chemin. Que nous soyons disponibles pour mettre nos pas dans les siens sur un chemin que nul n’a jamais emprunté avant lui. Le chemin qui nous fera traverser les ravins de la mort à la suite du premier-né d’entre les morts.

Mais nous résistons à consentir à la grâce… Nous préférerions un échange marchand, un contrat d’assurance. Nous préférerions que son habitation en nous soit une copropriété… pour rester maître en la demeure… Nous sommes terrifiés par la nouveauté
Ce n’est pas si grave, un jour, c’est le chant nouveau qui nous saisira, il viendra de lui-même à nos lèvres. Le chant nouveau du Royaume, il est à venir, il est en promesse. La vie sacramentelle nous en donne un avant-goût, nous en fait entrevoir la Joie.
En attendant, réjouissons-nous, réjouissons-nous avec nos vieux chants, avec nos vieilles prières, avec notre vieux langage… c’est tout ce que nous avons pour le moment.

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire,
Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce »

que cela fasse de nous ce matin des chairs nouvelles capables de chants nouveaux

Joyeux Noël
Amen
Sylvain diacre

Un mot de l’EAP

 L’Equipe d’Animation Pastorale se réunit une fois par mois, elle collabore avec le curé et a pour mission de se former, d’écouter, appeler, prier pour la vie de la paroisse, animer les assemblées paroissiales.
 Voici quelques sujets abordés durant ce dernier trimestre 2025 :
 
  Deux nouvelles propositions de parcours : « Premiers pas dans la bible » et « croire et comprendre »
  Démarrage et accompagnement des différents groupes : baptême des enfants et d’adultes, confirmation, jeunes pro, groupe des sages.
  De l’éveil à la foi à l’aumônerie des lycéens, des groupes solides se sont constitués, une dizaine de ces jeunes se préparent au baptême.
  Une troisième fraternité de quartier devrait se constituer à Favard.
   Célébration d’une messe par mois dans trois maisons de retraite.
  Préparation des liturgies dominicales : la diminution des équipes liturgiques et le manque d'inscriptions sur le tableau de service obligent à repenser ce service. Des propositions ont été faites et en janvier une nouvelle organisation débutera.
  Une réunion avec l’équipe « accueil » est prévue fin janvier pour faire le point et envisager l’avenir.
  La nouvelle porte de la salle st Jacques a été posée, reste à poser un rideau occultant et à la sonoriser.
  Le remplacement de l’orgue est toujours en discussion avec la municipalité.
  La croix de procession : le projet se concrétise, Christophe Mirande la réalisera. On aura l’occasion d’en reparler.

Pèlerins d’espérance

 « En Toi Seigneur, mon Espérance... »
Huit gradignanais (Françoise B. Pierre B. Marie-Jo L. Dominique et Marie-Philomène B. Marie-Christine P.M. Jean-Luc et Angelo D.M.) ont pérégriné dans Bordeaux pour le Jubilé 2025 qui se terminera le 4 janvier 2026.

Fallait-il que ce soit pour le Seigneur, que huit gradignanais de la Fraternité de Malartic, aient affronté les premiers frimas annoncés par la météo, pour être « Pèlerins d’Espérance » ce samedi 22 novembre dans Bordeaux. Quatre étapes de 3, 6, 1 ou 5 stations pour lire, chanter, méditer le mystère de l’année de grâce proclamée par Jésus à Nazareth, pour approfondir la grâce des sacrements de l’initiation chrétienne.
Rendez-vous à 09h30, devant le portail sud de la basilique saint Seurin. Nous rejoignons le groupe des pèlerins de Castillon accompagnés par leur curé, le père Eric Schirk.
Le sacristain bénévole nous commente le tympan de la plus ancienne église de Bordeaux « Saint Seurin » puis nous invite après la lecture commune à descendre à la crypte.

◈ 1ère étape. Basilique saint Seurin. Faire mémoire de son baptême.
Dans la crypte, nous écoutons la lecture de l’évangile de Marc 1, 9-11.
Les symboles du baptême sont disposés devant nous. L’eau, le saint chrême, le vêtement blanc, la lumière. Nous sommes invités à plonger notre main dans la vasque et tracer sur nous un beau signe de croix, pour faire mémoire du jour où nous sommes devenus chrétien.
A chaque étape/rappel de sacrement, nous proclamons une partie du Credo.
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre…

2ème étape. Eglise Notre Dame. Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne.
Là encore une bénévole nous commente en détail la façade de l’église de l’ancien couvent dominicain puis nous invite à entrer pour plusieurs temps de lecture et méditation suivis de la célébration eucharistique à 12h15.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu…

Repas tiré du sac et pris dans une salle paroissiale de l’église Notre Dame.
3ème étape. La Place Puy Paulin. Vivre la communion fraternelle.
Nous découvrons l’amitié épistolaire entre saint Paulin et saint Augustin alors même qu’ils ne se sont jamais rencontrés. Leurs parcours respectifs et leur lien au Seigneur les rapprochent.
Nous méditons une lettre de saint Paulin à saint Augustin qui dit l’amitié qui les unit et ensuite le commentaire de cette lettre par le pape Benoit XVI. « … nous sommes les membres d’un seul corps, nous avons un unique chef, nous sommes inondés par une unique grâce, nous vivons d’un seul pain… »

4ème étape. Cathédrale saint André. La confirmation.
Nous découvrons l’espérance chrétienne. Surpris d’être au milieu d’une foule de visiteurs, de pèlerins venus en famille, en ce samedi après-midi, nous cheminons de la chapelle du Mont Carmel à la chapelle du Sacré Cœur, vers la chapelle saint Joseph
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie…
Nous écoutons et méditons l’évangile des béatitudes Mt 5, 1-12
Puis nous nous quittons. Nous retournons chez nous avec la certitude et la joie que nous avons partagé un moment d’Eglise tous ensemble. A écouter les écritures, à raffermir et ancrer les sacrements de l’initiation chrétienne en nous, à rencontrer des amis de Dieu.

L’année jubilaire se termine le 04 janvier. Nous étions dans les temps pour faire notre pèlerinage d’espérance. A Dieu. A nos amis et frères en Jésus Christ. OUI l’Eglise est vivante et de sortie.
Pour la Fraternité de Malartic, Marie-Philomène Bourgoin.

À quoi pensez-vous ?

À quoi penses-tu, Joseph ?
Tu regardes la mangeoire vide, et tes mains, habituées au bois et aux outils, tremblent un peu. 
Tu te souviens de l’ange, de ce rêve qui t’a dit de ne pas craindre, de prendre Marie avec toi. 
Tu as obéi, et maintenant, tu es là, Dans cette étable, avec elle. 
Tu penses à la promesse : un enfant, un sauveur. 
Mais pour l’instant, il n’y a que le silence, la paille, et cette nuit qui semble durer toujours. 
Tu te demandes si tu es à la hauteur, si tu sauras protéger ce qui va naître. 
Tu es Joseph, le charpentier, l’homme juste. 
Et ce soir, tu es aussi le gardien d’un mystère.

À quoi penses-tu, Marie ?
Ton cœur bat doucement, comme un écho de cette vie qui grandit en toi. 
Tu te souviens de l’ange, de sa voix qui t’a annoncé l’impossible : 
« Tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras Jésus.» 
Tu as dit oui, sans tout comprendre. 
Maintenant, tu es là, dans le froid de cette nuit, et tu attends. Tu regardes Joseph, son visage marqué par la fatigue et l’inquiétude, et tu sais qu’il est ton rocher. 
Tu penses à toutes les femmes avant toi, 
à Sarah, à Rachel, à tant d’autres qui ont espéré contre toute espérance. 
Et toi, tu portes l’espérance elle-même.

À quoi penses-tu, Joseph ?
Tu repenses à Bethléem, à cette ville qui n’avait plus de place pour vous. 
Tu te dis que c’est peut-être un signe : celui qui va naître n’aura jamais vraiment de place dans ce monde. 
Tu regardes Marie, et tu te demandes comment tu pourras être un père pour cet enfant qui ne sera pas le tien, mais qui te sera confié. 
Tu te souviens des prophéties, de ce que les Écritures disent du Messie. 
Et tu pries, en silence, pour que tout cela soit vrai.

À quoi penses-tu, Marie ?
Tu poses une main sur ton ventre, et tu sens qu’il est proche, ce moment. 
Tu penses à Élisabeth, à sa joie quand tu lui as annoncé la nouvelle, 
à la façon dont l’enfant a tressailli en elle. 
Tu te souviens de ton cantique, de ces mots qui t’ont échappé : 
« Mon âme exalte le Seigneur » Ce soir, il n’y a plus de cantique, il n’y a que l’attente. 
Mais tu sais que cette nuit est sainte, que chaque instant te rapproche de Lui.

À quoi penses-tu, Joseph ?
Tu regardes la mangeoire, et tu te dis que demain, elle ne sera plus vide. 
Tu ne sais pas encore comment tout cela va se passer, mais tu fais confiance. 
Tu es là, présent, et c’est tout ce qui compte.

À quoi penses-tu, Marie ?
Tu fermes les yeux, et tu écoutes. Le monde entier semble retenir son souffle. 
Tu sais que cette nuit est différente, que quelque chose de grand est sur le point d’arriver. 
Et tu attends, le cœur léger, parce que tu as déjà dit oui.

À quoi pensez-vous, Marie et Joseph ?
Vous êtes là, tous les deux, unis dans cette nuit qui bascule.
Vous ne savez pas encore que des bergers viendront bientôt,
guidés par une lumière étrange, ni que des mages suivront une étoile pour trouver cet enfant.
Vous ne savez pas que cette mangeoire vide deviendra le berceau du monde.
Mais ce soir, vous êtes simplement là, 
l’un près de l’autre, avec vos doutes, vos espérances et cette certitude silencieuse :
quelque chose de plus grand que vous est en train de naître. 
Vous ne le voyez pas encore, mais vous le sentez. Et c’est assez.

Alexandre PICOT

Seigneur, qui es-tu ?

        Souvent, dans nos prières, nous invoquons ‘le Seigneur’ ! Mais à qui nous adressons-nous ? Je me propose de répondre à cette simple question posée un dimanche après la messe par un paroissien.

        Seigneur est un titre qui traduit le mot grec ‘Kyrie’. Nous le trouvons dans ‘Kyrie eleison’ : Seigneur, prends pitié : invocation du début de nos célébrations eucharistiques. Cette petite prière qui semble se répéter trois fois nous donne déjà une indication. Quand nous disons Seigneur, nous nous adressons à Dieu, unique mais qui se décline en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Le Credo, nous le rappelle. Ici aussi Seigneur, prends pitié, Ô Christ prends pitié, Seigneur prends pitié ! Trois invocations pour les trois personnes de la Trinité, au centre le Christ, Jésus.
        Pour les chrétiens, Jésus, le Christ est central : c’est lui qui nous révèle le Père et nous fait vivre de l’Esprit Saint.  Comme le précise le Credo, Jésus est Seigneur :’Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ’. Dieu, le Père est Seigneur, Jésus, le Christ est Seigneur et l’Esprit Saint aussi est Seigneur : Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie.
        Quand nous disons ’Seigneur’, nous nous adressons avec respect et foi à Dieu. Notre louange et nos supplications vont de manière égale au Père, au Fils et au Saint Esprit, dans une même adoration. Selon les circonstances, nous pouvons nous adresser à Dieu, notre Père, à Jésus, le Christ, le fils unique de qui nous tenons la grâce de la filiation ou à l’Esprit-Saint, souffle de Vie et force d’Amour.
        Écoutons Jésus qui n’a pas repoussé ce titre pour lui-même mais qui s’en sert pour nous faire entendre son Évangile : Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? (Lc 6,46)
        ‘Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  (Jn 13, 13-14)
        Jésus-Christ, le Seigneur, nous invite à aimer comme il a aimé, accueillons son Esprit de Paix et de miséricorde qu’il reçoit du Père.

Vincent GARROS

En attendre un autre / Mt 11 2-11 / une homélie


Du profond d’une prison, une voix se fait entendre. C’est celle de Jean.
Qui est-il Jean ? Il est « la voix qui crie dans le désert », c’est comme ça qu’Isaïe parle de lui, c’est comme ça qu’il se présente lui-même. La voix qui criait dans le désert crie désormais dans sa prison. Et la voix qui remplissait le désert traverse les murs de la prison comme s’ils n’étaient qu’un écran de papier.
Que dit la voix de la prison ? Elle s’interroge : « es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? »

La prison, on connaît.
Je ne parle pas de la maison d’arrêt de Gradignan, bien que sa seule présence dans notre ville nous rappelle sans cesse la violence de cette réalité. Je parle de nos prisons, de nos cachots secrets, nos prisons intérieures… Nos espaces de « privation de liberté ».

Il arrive dans nos vies, que nous nous sentions prisonniers, privés de liberté, pas forcément à cause des autres, mais à cause de la vie que nous menons…
Enfermés dans des impasses professionnelles, emmurés dans des labyrinthes familiaux, enchaînés dans le désordre de nos addictions, de nos délires qui tournent en boucle. Ou simplement cloués par la grande fatigue de la vie
        Mis à l’isolement

Alors, de ce lieu-là, du fond de cette prison, il peut arriver que nous nous tournions vers le Christ pour lui demander : « Es-tu celui qui vient ? qui vient nous libérer ? ou devons-nous en attendre un autre ?
Un différent ?
Comment se fait-il que nous en soyons arrivés là si tu étais celui qu’on dit ? Celui qu’on nous a annoncé, celui dont on nous a fait la publicité ?
N’es-tu pas le super-héros tout-puissant qui devait sauver le monde à coup de miracles et de prodiges ? N’es-tu pas celui qui devait instaurer un règne de justice et de paix ? Celui qui devait faire de nous des frères pleins d’amour les uns pour les autres ? Puisqu’on ne voit rien de tout ça, doit-on en attendre un autre ? Un différent ? Un qui répondrait enfin à nos désirs ? »

Réponse de Jésus :
«  Je ne sais pas si je corresponds à ton rêve, je ne sais pas ce que tu t’es imaginé à mon sujet, j’ignore quelle image de moi tu t’es construite, je n’en sais rien et ça ne m’intéresse pas… je n’ai pas de compte à te rendre, je n’ai pas à coller à ton fantasme…
Je n’ai de réponse à te donner que le fruit de mon passage en toi :
Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent,
les lépreux sont purifiés et les sourds entendent,
les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
⬩ Ce qui est aveugle en toi, ce qui faisait que tu ne voyais rien de la beauté du monde, ce qui t’empêchait de voir le pauvre au bord du chemin, ça voit désormais, à cause de moi.
Ce qui t’empêchait de marcher dans la vie, de bouger, de changer d’air, ce qui te faisait traîner la patte, ça marche désormais, à cause de moi
Ce qui te faisait pourrir de l’intérieur, ce qui t’entraînait lentement dans la mort, c’est pur désormais, à cause de moi.
Ce qui te rendait sourd à l’inouï de ma Parole, sourd à la musique de l’Esprit, sourd aussi au cri du monde, ça entend désormais, à cause moi
Ce qui faisait de toi un mort vivant, un mort au monde et à toi-même, c’est relevé désormais, à cause de moi
La part misérable en toi, celle que tu méprises, celle dont tu ne veux pas entendre parler, la part du pauvre reçoit la bonne nouvelle. »

Alors non
Pas besoin d’en attendre un différent
Il n’y en aura pas d’autre

Parce que celui-là a déjà fait le travail. Celui-là ne cesse de faire le travail
Et s’il ne correspond pas à ce que nous attendions, c’est à nous de changer, c’est à nous d’ajuster notre attente, c’est nous qui nous trompons.

Quand nous nous pencherons sur le petit enfant de la crèche, quand nous chanterons à pleine voix qu’« il est né le divin enfant », soyons bien attentifs : celui-là qui vient, celui-là que nous chantons, il n’est peut-être pas celui que nous attendions…
Pour peu que nous le laissions faire, il se pourrait qu’il nous surprenne, qu’il déborde nos attentes, qu’il nous déroute… C’est alors à nous de déceler les fruits. De discerner les œuvres de sa venue, de sa venue permanente, de sa venue aujourd’hui, chaque jour et jusqu’au dernier.

╬ Amen
Sylvain diacre

Jubilé des détenus

Dans le cadre du Jubilé des détenus, les 13 et 14 décembre 2025, les évêques de France publient ce texte sur la situation carcérale en France pour inviter les catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à s’engager au service de l’espérance pour les détenus.

Cette année 2025 est une année jubilaire. Cette tradition s’origine dans un appel ancien qui vient de la Parole de Dieu, où à intervalle régulier on annonçait une année de clémence et de libération pour le peuple. Jésus-Christ lui-même l’a reprise en inaugurant sa vie publique : “Le Seigneur m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération… “ (Is 61,1-2). “L’espérance ne déçoit pas !” Le pape François a voulu que la célébration de cette année jubilaire invite toutes celles et ceux qui sont éprouvés à demeurer dans l’espérance. Celles et ceux qui sont en prison en font partie et le 14 décembre a été retenu pour célébrer le Jubilé en détention.

Aujourd’hui, la surpopulation carcérale atteint un seuil historique en France. Elle contribue à une prise en charge dégradée – sentiment d’humiliation, augmentation de la violence et de l’oisiveté, perte du sens du travail pour les agents pénitentiaires. Elle empêche que les personnes détenues ressortent “meilleures” qu’au moment de leur incarcération et génère ainsi plus de récidive que de sécurité. Pour la société, la prison est la sanction la plus coûteuse, non seulement financièrement mais en termes de récidive. Toute mesure qui vise à augmenter la population carcérale va à l’encontre de la sécurité de nos concitoyens.

Si la Justice doit légitimement sanctionner les crimes et délits, la loi pose le principe d’une peine qui vise à prévenir leur réitération et à réinsérer leurs auteurs. N’appréhender la sanction que comme châtiment qui doit faire mal, réduirait la peine à déshumaniser au lieu de relever. Choisir de restaurer dans leur humanité ceux qui ont failli en les aidant à assumer leur responsabilité et à envisager un nouvel avenir, c’est l’intérêt de toute la société, à commencer par les victimes. Des prisons qui débordent sont des prisons qui détruisent, où l’on n’enferme pas seulement les personnes condamnées derrière des murs mais dans une déchéance désespérée, comme s’il n’y avait plus rien à attendre d’elles. Personne n’y a intérêt.

À l’occasion du Jubilé des personnes détenues, nous tenons à rappeler que tout être humain est créé à l’image de Dieu et que la dignité qui en résulte est inaliénable, indestructible. Personne ne peut être réduit à l’acte qu’il a commis, quel qu’il soit. La révélation de Dieu en Jésus-Christ nous dit qu’il paye de sa personne pour nous arracher au pouvoir du mal. L’Évangile nous montre à chaque page Jésus qui fait bon accueil aux pécheurs, mange avec eux, les relève.

Nos aumôniers en détention sont témoins que derrière les murs d’une prison, l’amour du Christ relève, réconcilie et ouvre à l’espérance. La foi en un Dieu crucifié entre deux condamnés de droit commun pour nous libérer du cycle infernal de notre violence, ne peut s’accommoder du renoncement à croire en ce que chacun porte en lui de meilleur, de la désespérance de l’autre, d’une justice qui ne ferait que punir sans restaurer, d’une peine dans laquelle on n’offre pas à la personne condamnée les moyens d’aller vers le meilleur d’elle-même.

La Bonne Nouvelle de la révélation en Jésus-Christ est la rédemption de l’humanité et elle rejoint, au-delà du cercle des croyants, la vision d’une communauté fraternelle inscrite dans la devise de notre République.

Devant ce constat alarmant et inquiétant, nous souhaitons interpeler les responsables politiques et les juges de notre pays afin que nous nous engagions délibérément sur des voies nouvelles pour exercer la justice et condamner ceux qui commettent des infractions ou même des crimes. Le “tout carcéral” est une impasse. Il existe d’autres manières de sanctionner en respectant vraiment la dignité des personnes tout en permettant un changement de comportement.

Nous appelons non seulement les catholiques, mais aussi toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, à ne pas renoncer à la perspective d’une fraternité inclusive qui est au fondement de notre société, à résister à la méfiance, au rejet de l’autre. Désespérer de l’autre conduit à un monde infernal fait d’exclusion et de violence toujours plus grande, à une société de plus en plus fracturée.

Cultivons la confiance, prenons soin de celles et ceux qui ont besoin d’être relevés.

L’Espérance ne déçoit pas !

Information sur les collèctes

 pour le DENIER et les CHARGES PAROISSIALES
(Toutes les deux ouvrant droit à un reçu fiscal)
 
DENIER (enveloppes Denier ou site donnons-bordeaux.catholique.fr )
Le Denier sert à payer les prêtres et les salariés du Diocèse.
 
À fin novembre 2025, la collecte des paroissiens de GRADIGNAN était de 46 081 euros ce qui correspond à 68,5% par rapport à l’année entière 2024.
Plus globalement au niveau du Diocèse, cette collecte du denier est en baisse importante avec très peu de dons en provenance des moins de 50 ans et une baisse globale du nombre de donateurs suite aux décès des donateurs âgés.
 
CHARGES PAROISSIALES (enveloppes bleues) + SOLIDARITÉ PAROISSE (dons via le site du Diocèse pour une paroisse donnée)
Ces fonds, avec les quêtes, servent à payer les salariés en paroisse,
les utilités et l’animation pastorale en général.
 
A fin novembre 2025, la collecte est de 21 300 euros ce qui correspond à 74% par rapport à l’année entière 2024.
 
Un grand MERCI à tous pour votre générosité.

Saint André

 Dimanche dernier, c’était la fête de la saint André. Chaque année, c’est pour notre diocèse l’occasion de le fêter dans la cathédrale de Bordeaux qui porte son nom. Mais cette année, le jour coïncidait avec le premier dimanche de l’Avent, occasion pour chaque paroisse de le fêter comme elle le souhaitait. 

    André, nous le savons est le frère de Simon-Pierre. Né à Bethsaïde, en Galilée, il est pêcheur sur le lac de Tibériade. Il est appelé par Jésus avec son frère dès les premiers versets des évangiles de Marc et Matthieu (Mc 1, 16 ; Mt 4, 18). Pour saint Jean, André est disciple de Jean-Baptiste. C’est lui qui va chercher son frère Simon pour lui faire connaître Jésus, ‘l’agneau de Dieu’ (Jn 1,40). C’est lui aussi qui présente à Jésus un petit garçon qui possède cinq pains d’orge et deux petits poissons (Jn 6, 8). Ils serviront à nourrir une grande foule. 
    André fait partie du groupe appelé ‘les Douze’ (Mt 10, 2 ; Mc 3, 18 ; Lc 6,14) Fidèle parmi les disciples, on le retrouve avec les premiers apôtres, en prière dans la chambre haute après la montée au ciel de Jésus ressuscité (Ac 1, 13).  
    La tradition rapporte qu’après la Pentecôte, il annonça l’Évangile en Achaïe et mourut en croix à Patras, en Grèce, en l’an 60. Une croix que l’Apôtre aurait voulue en forme de X, comme l’initiale grecque du nom du Christ.
    Patron de la Roumanie, de l’Ukraine, de la Russie et de l’Écosse, André est très vénéré à Istanbul-Constantinople dans l’église des saints Apôtres où sont ses reliques. 
    Nous comprenons alors combien était très symbolique cette rencontre avec les hauts responsables des Églises d’Orient avec le pape Léon 14 ce jour du 30 novembre 2025, l’année même où tous les chrétiens fêtent les 1700 ans du Crédo, dit de Nicée. Nicée, cette petite ville proche d’Istanbul où se réunit ce concile qui définit la double nature de Jésus, le Christ, pleinement homme : ‘engendré’, ‘né de la Vierge Marie’ et pleinement Dieu : ‘il est Dieu, né de Dieu, lumière, né de la lumière’ ‘de même nature que le Père’…
    Notre diocèse étant sous le patronage de Saint André, puissions-nous ouvrir davantage notre prière et nos relations fraternelles avec les chrétiens venus d’Orient, de rites orthodoxes : c’est la communion des Saints. 
Vincent GARROS

Le Seigneur vient

     En ces jours commence le temps de l’Avent, quatre semaines qui précèdent les célébrations de la Nativité. Le monde et son commerce nous envahissent de ses slogans et de ses images tape-à-l’œil. Redécouvrons paisiblement ces quatre dimanches où l’une après l’autre, des bougies viendront éclairer la crèche prépa-rée devant l’autel. Le Seigneur vient !
    À chacune de ces bougies la tradition a attribué un mot : Pardon, Paix, Joie, Amour, nous invitant à les décliner dans nos quotidiens car essentiels au vivre en-semble. Ces mots et ce qu’ils recouvrent ne sont pas spécifiquement chrétiens et notre prière rejoint tous les hommes, les femmes et les enfants pour qui ces mots ne sont pas lettres mortes. Le Seigneur vient !
    Christiane Gaud, dans un poème de l’Avent pour les enfants, déclinait ces bougies selon quatre autres mots : sourire, silence, prière, tendresse. Quatre bougies pour un quotidien tout simple, tourné vers l’autre, mon prochain, mon voisin, mon collègue de travail, mon enfant, mon conjoint, mon ami, vers celui qui vient à moi et que je ne connais pas, que je ne reverrai probablement pas : un livreur, un passant, un paroissien en voyage, un passager dans le bus ou le train, un enfant dans la rue, un jeune assis contre un mur avec son animal, mais aussi vers celui que mon travail ou mon engagement met en relation : un malade, une personne âgée et dépendante, un migrant en quête d’une terre hospitalière … Le Seigneur vient !
    Comme un voleur, à notre insu, au moment où nous ne nous y attendons pas, le Seigneur vient. Car il vient ! Ce n’est pas nous qui allons vers Lui, c’est Lui qui vient vers nous. Il nous faut bien quatre semaines et le recommencer chaque an-née, pour réaliser que le Seigneur, qui nous a été révélé par Jésus-Christ, est venu en notre humanité ; le créateur de toute chose est devenu l’un d’entre nous, la parole est venue dans le monde, le Verbe s’est fait chair. Il nous faut bien quatre dimanches pour disposer notre âme à résonner au chant du chœur qui la nuit de Noël, envahira le Ciel de sa louange. Il nous faut bien ce temps de l’Avent pour travailler encore cette Espérance qui est comme une humble disposition du cœur à accueillir le quotidien comme un don de Celui qui est la lumière qui brille dans les ténèbres. Le Seigneur vient !

Vincent GARROS

Les mots pour le dire

    Comment bien parler de LUI et utiliser les mots qui conviennent ? Autant cette question vaut pour chacun et chacune d’entre nous, autant c’est beaucoup plus complexe pour parler de Celui dont le nom l’emporte sur tout nom (Phil 2, 9) : le Christ Jésus. Les évangiles utilisent des noms, des qualificatifs, des titres et souvent nous les mélangeons ou nous utilisons l’un pour l’autre. Je propose ici quelques repères. 
    Je mot ‘Jésus’, seul, désigne cet enfant né de Marie (Lc 2,6) annoncé à Joseph (Mt 1, 21), ce fils du charpentier qui sera baptisé par Jean dans le Jourdain (Mc 1,9), qui aura des disciples, prêchera et mourra sur une croix (Jn 19,30). Être de chair et de sang, rempli d’Esprit Saint dont le nom en hébreu veut dire ‘Dieu sauve’. Puis, des hommes et des femmes de Palestine vont reconnaître en lui un prophète (Jn 6, 14), vont vouloir le faire roi, l’Envoyé de Dieu, le Messie an-noncé par les prophètes, Celui qui allait restaurer Israël. 

    Nos traductions confondent souvent Messie et Christ. S’ils traduisent l’un en hébreu (Messie) et l’autre en grec (Christ) Celui qui est l’Oint de Dieu, celui qui a reçu l’onction, signe de son élection par le Très Haut, ces deux mots disent deux réalités bien différentes. Avec le Messie, c’est une fonction royale et sacerdotale que Jésus refuse et fuit (Jn 6, 15), espérance du peuple d’Israël que les disciples auront du mal quitter (Ac 1, 6). Avec le mot Christ, c’est une autre réalité, ouverte vers un monde au-delà des frontières … Ce mot que nous portons en tant que chrétiens, enfants de la diversité du monde, ayant également reçu l’onction à notre baptême.
    Jésus est Seigneur et nous le prions : Kyrie eleison, Seigneur prends pitié, dans le ‘Gloire à Dieu’ et dans le ‘Credo’… Reconnaissant en Lui cette double nature humaine ‘Jésus’ et divine ‘Christ’ : Jésus-Christ, ressuscité, à la droite du Père, Parole qui a créé toute chose (Prière Eucharistique n°2), le Vivant (Ro 6,10), le Seigneur-Jésus dont nous attendons la venue, (Ap 22,20).
    Nous qui sommes le Corps du Christ (1 Co 12,27), qui disons Amen quand nous accueillons en nos corps l’Eucharistie et veillons en présence du Saint Sacrement, discernons le Corps du Christ avec la présence de tous et toutes, jusqu’aux malades, aux infirmes et les morts (1 Co 11,29-30). Quand Jésus re-connait pour lui-même le titre de Fils de l’Homme (Dn 7, 13 & Mt 26, 24), il nous invite probablement à entendre cette place de Fils unique désignant un Père (Mt 6,9) et l’humanité dont il est issu et qu’il sauve : une humanité aimée, accueillant la Paix. (Lc 2,14). C’est la jubilation des anges à Noël, puisse-t-elle devenir la nôtre.

Vincent GARROS

Récollection....

de l'équipe d'accompagnement
des familles en deuil.
Journée au couvent du Broussey.
Travail sur ces textes : 📖 

Le vitrail du Bon Samaritain

     Dans la salle saint Jean, nous voyons une copie du vitrail du déambulatoire de la cathédrale de Bourges (XIII° siècle). Copie remarquable réalisée par Christian LAFON. Venez la contempler. 
Voici le commentaire qu’en fait Marie-Gabrielle LEBLANC dans son ouvrage ‘La vie publique du Christ dans l’art’. Téqui 2019. Cette parabole fut découverte dans le groupe ‘Premiers pas dans la Bible en octobre.
 
    Ce vitrail est composé de quatre petits cercles et d’un grand cercle, super-posés, alternés avec de grands demi-cercles. Il se lit de haut en bas. La signification en est que Le Christ s'est abaissé pour devenir un homme, c'est ce que l'on appelle, en théologie, la ‘kénose christique’.

    La parabole représentée est relatée uniquement au chapitre 10 de saint Luc. Les médaillons circulaires du centre racontent la parabole elle-même. Ils s'entremêlent avec les scènes de la Genèse dans des demi-cercles sur les côtés. Si la parabole nous incite à aider notre prochain, son véritable sens est que le Christ est lui-même le bon Samaritain venu sauver du péché l’humanité, victime des brigands (les démons). C'est pourquoi on représente souvent le Samaritain avec le visage du Christ. La victime a aussi un visage qui ressemble au Christ, puisque l‘homme a été créé à la ressemblance de Dieu, et notre verrier donne une grande ressemblance à Dieu et Adam…

    Premier cercle en haut : le voyageur, lourdement chargé quitte Jérusalem. Il est l’image de l'homme pendant sa vie terrestre. Jérusalem étant le nom symbolique du jardin d’Eden, le voyageur qui chemine de Jérusalem à Jéricho est la figure de l'homme déchu qui quitte le paradis après la chute. Jéricho, en hébreu signifie « la lune » : cela symbolise les manquements de l'humanité qui, comme la lune a des éclipses…
  
  En bas, la victime est conduite à l'auberge (l'Église) par le Samaritain qui l’a installée sur sa mule, encadré par la flagellation et une crucifixion solennelle. Ce-la donne son sens à cette verrière qui résume la Rédemption et l'attente du Messie Sauveur… Depuis saint Augustin, tous les commentateurs ont interprété ainsi cette parabole

Fidèles à son Nom / Lc 21 5-19 / Une homélie

Saint Laurent distribuant les trésors de l'Eglise aux pauvres

Ce dimanche de la journée mondiale de la pauvreté, nous accueillons des paroles fortes de Jésus. Il annonce la fin de bien des choses construites par l’homme. Il prophétise des guerres, des famines, des persécutions. Cependant au cœur de ces annonces, Jésus promet un soutien à ceux qui se réclament de son nom. Pas un cheveu de leur tête ne sera perdu, c’est en persévérant à la fidélité à son nom qu’ils sont sauvés.
Je propose de méditer sur ce que peut signifier la fidélité à son nom.
Les bâtiments, bâtis en pierre, si grands si beaux soient-ils ne dureront pas. Ces constructions humaines qui rassurent par leur solidité tomberont un jour.
Cette église que nous aimons tant, si solide avec ses pierres apparentes, ne durera pas. Un jour elle s’effondrera. Je sais que cela peut nous choquer.
Mais c’est parce que nous sommes riches que cela nous choque.
Quand on est pauvre, on n’est pas attachés à ces grandeurs.
Quand on vit dans la précarité où tout peut s’effondrer du jour au lendemain, la destruction brutale n’est pas une idée lointaine.
Quand on ne sait pas le matin où on va dormir le soir, on est proche de Celui qui ne sait pas où poser sa tête pour dormir.
Quand on compte son argent liquide et qu’on calcule au plus près le nécessaire pour nourrir ses enfants, on est au plus proche de la veuve qui verse son obole.
Quand on craint de se faire contrôler en marchant dans la rue parce qu’on est sans papier, la beauté des pierres et des ex-voto est tout-à-fait secondaire.
Les pauvres sont pour nous source d’Evangile. Ils nous rappellent à fonder notre foi sur ce qui est vraiment solide. Là s’exprime la fidélité au nom de Jésus.
Tout l’Evangile nous appelle à faire preuve de plus de justice. Il nous invite à orienter nos actions vers ce qui vaut la peine d’être sauvé, à savoir la vie, la vie de notre prochain et par la même notre propre vie.
Tout l’Evangile nous provoque à exercer la charité. Il nous oblige à sortir de notre confort et à nous laisser toucher par les situations désespérées. Il ouvre nos yeux sur la dignité humaine. Tout être humain est une créature de Dieu. C’est quand nous établissons des relations vraies basées sur la reconnaissance d’une mutuelle dignité que se construisent des structures qui bravent l’éternité. Car rien de ce qui est fait aux plus petits n’est perdu.
La foi est une pratique qui se mesure à l’amour des plus petits. Être avec les pauvres, les écouter, soulager leur douleur, lutter contre les structures qui les oppressent : c’est là une manière concrète de vivre la parole de Jésus qui annonce et console. La persévérance, dont parle Jésus, passe par des actes quotidiens de partage et de présence.
Ce n’est pas un chemin facile, c’est un chemin exigent. Il implique souvent de prendre le vêtement du serviteur inutile qui n’attend ni remerciement ni rétribution.
Il me vient un exemple pour illustrer le remerciement et la rétribution.
Lors d’une permanence du Secours Catholique, une maman solo se présente, avec ses deux filles de 12 ans et de 2 ans, pour demander une aide d’urgence. Je me souviens du regard de la jeune adolescente. Nous avions le sentiment d’y lire, ma collègue et moi, la honte, même si nous avons donné à la maman toute l’aide qu’elle était venue chercher.
D’autres associations pourraient venir témoigner ici de situations identiques, « A nous Tous », « Saint Vincent de Paul », la Croix Rouge.
Il faut tenir et ne chercher aucune gloire juste faire ce que nous demande l’Evangile et de rendre grâce aux pauvres de nous permettre d’approcher le royaume.
Jésus veut que notre foi soit active. Pour cela, il faut placer notre espérance dans la fidélité à son nom, manifestée par la solidarité envers les pauvres. En cette Journée mondiale des pauvres, que nos œuvres et notre prière disent que le Royaume de Dieu se construit pour et avec les pauvres. Que notre endurance, soutenue par l’Esprit, sauve des vies et fasse se lever des signes d’espérance dans notre monde.
        Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.