Retour de Taizé

Une dizaine de lycéens, se réunissant durant l’année à Gradignan, sont allés à Taizé la semaine suivant Pâques avec les autres lycéens de Bordeaux. Alors que certains venaient pour la 3ème fois, la plupart découvrait le lieu et l’ambiance. Il faut environ 2 jours d’adaptation pour prendre ce rythme si particulier que pro-posent les frères de Taizé aux jeunes : 3 prières quotidiennes, des temps de silence, du partage biblique avec des jeunes de toute l’Europe, des services à rendre …

Voici quelques-unes de leurs impressions :
- C’est une vraie coupure avec notre vie habituelle et le temps scolaire. J’ai découvert une prière différente : au début pendant les temps de silence, je priais de façon classique en récitant des prières dans ma tête, puis au fil des jours je me suis mis à l’écoute de mes pensées et j’ai même obtenu des réponses à des préoccupations que j’avais.
- Le vendredi soir la prière s’est prolongée avec la vénération de la croix, un des temps forts de notre semaine. J’ai attendu en procession pendant 2h30. Les gens qui avançaient à genoux : ça m’a rappelé Fatima.
- Au fur et à mesure qu’on s’approche dans la file, on se recentre avec les chants qui nous portent. Ce temps d’attente permet de se préparer. On fait un peu le chemin de croix avec Jésus. En approchant de la croix, on sent la tension et on est saisi par les gens qui pleurent.
- En posant mon front sur la croix, j’ai eu l’impression de ne plus pouvoir me dé-tacher tant que je n’avais pas déposé tous mes problèmes et mes intentions de prière. Après on se sent tellement léger.
- Ça me conforte dans ma foi et m’encourage de voir autant de monde de différents pays et de différentes langues qui partagent et croient à la même chose. C’est super beau ! J’en ressort grandie.
- Chanter et faire le silence à 2000 personnes, c’est une expérience unique. On en a des frissons et on ressent la présence de Dieu.
- Ça va me manquer, les rencontres, la gentillesse des gens, les journées avec beaucoup moins de temps sur mon téléphone. Les chants et les temps de silence, ça apaise vraiment. On repart vidé de tous ses problèmes. On a pris du recul grâce à la connexion à Dieu.
- De retour, j’ai envie … de plus prier … d’aller plus souvent à l’église … de plus lire la bible …de plus partager sur ma foi.

Vocation - Election / Jn10 27-30 / Une homélie

 Le seigneur appelle. On appelle ça : « vocation ». La racine de ce mot, c’est le mot « voix ». Une vocation, c’est d’abord une voix qui se fait entendre.
 
La Voix, elle résonne partout dans l’Ecriture pour peu qu’on arrête de parler à sa place. La Voix, c’est aussi celle de nos frères, les mille voix qui nous guident et nous rassurent. Pour l’entendre, il faut avoir des oreilles de brebis.

Une brebis, ça ne réagit pas aux grands discours. Un beau sermon très émouvant, un raisonnement brillant, une belle leçon de théologie, tout ça est inutile pour faire bouger une brebis. La brebis n’a que faire des mots qu’elle entend. La brebis entend le son d’une voix, sa musique, sa vibration. C’est à cette voix qu’elle répond, et sa réponse c’est de se mettre en mouvement, c’est de suivre celui qui marche devant. Elle ignore tout de sa destination.

Bien souvent, nous confondons « vocation » et « élection »
Ceux qui, dit-on, auraient eu « la vocation », seraient élus, choisis par Dieu… Et on a pris l’habitude de réduire cette vocation à l’élection des pasteurs, au surgissement des prêtres. L’Église, quand elle prie pour les vocations, prie d’abord pour que de jeunes hommes deviennent prêtres. On comprend bien pourquoi, on ne peut pas lui en vouloir, et on ne peut que la suivre dans ce désir nécessaire et brûlant.
Mais ne penser qu’à ça, c’est un peu court, c’est méconnaître la puissance de la voix, c’est sous-estimer la finesse des oreilles de brebis. C’est aussi prendre le risque de se croire exempté… pas concerné…
Quelque chose de nous est connu du Fils, quelque chose de nous recevra de lui la vie, quelque chose de nous est donné au fils par le Père, quelque chose de nous s’est mis à la suite du Fils… Ce quelque chose de nous est dans la main du Fils. Et ce qui est dans la main du Fils est aussi dans la main du Père et nul ne peut l’en arracher. Ce quelque chose de nous, porte le nom de "Brebis".
Et la brebis n’est pas le pasteur. La brebis ne peut pas se prendre pour le berger.
(...)

╬ Amen, Alleluia
Sylvain diacre

Retour de pèche / Jn 10 27-30 / Une homélie


       
Nous avions entendu il y a deux semaines dans l’évangile de Jean. « Il y a beaucoup de signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrit dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu et pour que en croyant, vous ayez la vie en vous. »  Et nous pensions que l’évangile était fini. Mais voilà, un nouveau chapitre étonnant nous est livré aujourd’hui. D’une grande richesse.

        Et nous revoilà en Galilée, avec les mêmes qu’au début de l’Évangile, Simon-Pierre maintenant associé à Thomas -lui qui voulait mettre son doigts dans les blessures de Jésus – Nathanaël, lui que Jésus avait vu sous le figuier et qui nous rappelle le premier signe à Cana, les fils de Zébédée, nous savons leur noms Jacques et Jean et deux autres, nous pouvons penser à André et Philippe. C’est comme un retour au début… et les voilà partis à la pêche comme si rien ne s’était passé !?

        Et nous voilà, avec eux, de nuit et rien ! la pèche est nulle ! Au lever du jour, tout change ! Il est sur le rivage et aucun d’entre eux n’ose le nommer… Il les appelle ‘les enfants’ comme si c’était un père ! Et cette question étrange : "Auriez-vous quelque chose à manger ?" On aurait pu s’attendre ; "La pèche a été bonne ?" non…  Il a donc faim… J’avais faim … Alors s’opère quelque chose qu’on a déjà entendu dans les évangiles : un pèche inattendue, inespérée au-delà de ce que l’on pouvait imaginer !

        Et sur la plage, un repas prêt : du poisson cuit sur la braise et du pain ! On compte les poisson : 153 ! certains pensent que c’est le nombre de nations connues à cette époque …et le filet ne se déchire pas : en grec : "ne schisme pas"

        Saint Jean nous fait un récit comme d’un temps hors le temps, après le temps… À la fin du temps ? Jésus sur l’autre rive, et les disciples le rejoignent. À la suite de Pierre, les disciples sont allés à la pèche… pécheurs d’hommes … mais à la seule initiative des hommes, rien … sur l’appel de Jésus, voilà qu’elle se réalise et le filet ne se déchire pas… le rassemblement que le filet réalise par le baptême ne schisme pas…  Mais ce n’est pas tout, une autre pèche a eu lieu et celle-là, c’est celle de Jésus !  Ne désespérons pas de nos pauvres résultats pastoraux ou de nos échecs, Jésus est à l’œuvre, par nos mains à son initiative mais aussi seul, à notre insu. Par Son Esprit, il appelle et mène vers le Père.

Christ est ressuscité, il est vivant. Alleluia !                        

Vincent GARROS

Parce que tu m’as vu, tu crois / Jn 20 19-31 / Une homélie

 La pierre est roulée et le tombeau est vide. C’est ce que voit Jean le matin de Pâques quand il arrive en courant. Il voit une pierre roulée et il voit du vide. Il voit et il croit.

Quelques jours plus tard, dans une maison où sont réunis les apôtres, Jésus apparait. N’a-t’il pas dit que quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis présent ? 
 
Jésus est présent et il est bien visible. Sa présence est bien réelle. La présence de Jésus réjouit les apôtres réunis en son nom. Et comme dans une liturgie, Jésus donne la paix, il donne sa paix.
 
Le geste de paix n’est pas un geste anodin. Il ne s'agit ni de saluer ses voisins ni de saluer l'assemblée. Il s'agit de se transmettre le Christ, notre paix, celui qui nous fait dire « Père » à Dieu et qui fait de nous un même corps dans le pain partagé. Le geste de paix préfigure la communion, le partage du corps du Christ dans le pain.

Les apôtres sont rassemblés. Le Christ prouve que c’est bien lui le Jésus qui a été crucifié. Il montre ses plaies. Jésus de nouveau donne sa paix à cette petite assemblée qui préfigure l’Eglise.

Jésus souffle sur les apôtres qui reçoivent déjà l’Esprit Saint comme à la pentecôte.

Dans cet Evangile, Jésus constitue son Eglise. Il la rejoint parce qu’elle est rassemblée en son nom. Il envoie son Esprit sur elle pour la fortifier. Il l’envoie dans le monde avec mission de pardonner.

Les témoins sont nourris de la présence du Christ. 

Il en manque un. Il manque Thomas. Les disciples s’empressent auprès de lui, tous remplis de l’Esprit-Saint qu’ils ont reçu. Ils lui relatent l’événement.

Thomas n’a pas vu la pierre roulée et le tombeau vide. Thomas n’a pas assisté à liturgie qui s’est déroulée plus tôt. Il ne faisait pas partie de cette assemblée réunie autour du Christ. Alors, Thomas doit-il croire ce qui est rapporté par ses compagnons ? Thomas peut-il croire ce que lui rapporte ses compagnons ? Thomas n’a pas reçu la paix du Seigneur. Thomas n’a pas reçu l’Esprit, soufflé par Jésus.

Alors, le raisonnement prend le dessus. Il provoque ses amis par cette phrase : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard. Curieux, huit jours, comme le délai entre deux messes dominicales. L’événement se reproduit. Alors qu’ils sont TOUS réunis, Jésus vient, et dit : « La paix soit avec vous ! »

Cette simple phrase du Christ, cette adresse si réconfortante suffit à Thomas. Il ne met pas ses doigts dans les plaies de Jésus mais exprime aussitôt sa profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

La seule présence de Jésus suffit à nourrir la foi de Thomas !

Nous en sommes tous là. Nous avons besoin de voir, d’entendre, de sentir, de goûter pour affermir notre foi. Là est la justification de la liturgie qui se déploie lors de la messe. 

Nous nous rassemblons au nom du Seigneur. Le Christ nous fait la grâce de sa présence dans la parole de Dieu qui nous est proclamée à cet ambon. Le Christ se fait présent dans le pain et le vin consacrés à cet autel.

C’est dans la foi de sa présence que nous avançons vers l’autel pour le recevoir.

Demain matin, [ce matin] trois jeunes femmes feront leur première communion. Leur démarche est pour nous tous à l’exemple de Thomas. Elles viennent se nourrir de la présence du Seigneur.

Heureuses celles qui croient sans avoir vu. Elles viennent à la source recevoir la paix du Christ.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre

Matin de Pâques / Jn 20 1-9 / Une homélie

Ce matin, nous venons d’entendre le récit du petit matin de Pâques par Saint Jean. Comme hier soir avec le récit de Saint Luc, Marie-Madeleine, seule vient au tombeau. Un tombeau vide. Et Pierre qui court pour voir. Mais là, il n’est pas seul, avec lui un disciple plus jeune, plus rapide, celui que Jésus aimait…

Ce matin : pas d’hommes en vêtement éblouissant pour annoncer aux femmes la résurrection de Jésus et rappeler ce qu’il avait dit en Galilée annonçant sa mort et sa résurrection après trois jours.

Aujourd’hui, comme hier, un tombeau vide…Enfin, pas tout à fait : des linges sont laissés là. Saint Luc et Saint Jean les mentionnent. Et aujourd’hui plus de détails. Par deux fois, on lit que ces linges probablement offerts par Joseph d’Arimathie et Nicodème sont ‘à plat’ et le linge de la tête roulé, à part, à sa place. Dans ce tombeau, les linges sont comme une écriture. Comme un texte à lire, à interpréter. Ils désigne l’emplacement d’un corps, ils signent l’absence de celui qui avait été mis au tombeau. Le linge de la tête, à sa place, à part, est roulé…

Alors, me revient un autre passage de l’Évangile, celui que nous avons entendu lors de la messe chrismale, il y a quelques jours. Dans ce passage, Saint Luc nous raconte la lecture dans la synagogue faite par Jésus d’un passage du prophète Isaïe. Nous sommes à Nazareth en Galilée. Après la lecture, Jésus roule le livre, le remet au servant et s’assoit. Puis Jésus commente : « Aujourd’hui est accomplie l’Écriture pour vous qui l’entendez ! »

Le livre est roulé, le suaire est roulé. Jésus a accompli les Écritures ! Jésus de Nazareth, rempli d’Esprit-Saint a fait le bien et a guéri… la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, la libération est proclamée aux captifs, à ceux qui vivaient dans les ténèbres… La résurrection est à l’œuvre ! La résurrection s’accomplit aujourd’hui pour ceux qui entendent.

Le tombeau est vide, les linges sont à plat ou roulés, ultimes traces de Celui que la mort n’a pas retenu au-delà des trois jours annoncés. Sont à lire désormais les récits des premiers témoins dans les Évangiles et aussi les vies de ceux et celles qui ont accueilli le Ressuscité dans le silence de la prière, dans le mystère de l’Eucharistie et des sacrements, dans le service des plus pauvres, dans l’amour des frères…

Le Christ est vivant, il est ressuscité, il est vraiment ressuscité !

Alléluia. Amen 
Vincent Garros
Email de Christophe Mirande