Alain Dagron sur RCF

Le Père Alain Dagron, ancien curé de Gradignan, propose une lecture suivie de l'Evangile selon St Matthieu sur RCF Bordeaux.
Les émissions sont diffusées le samedi à 11h et le dimanche à 17h
Elles sont écoutables en replay sur ce lien :
Tendons l'oreille !

Recevoir le sacrement des malades

Comme chaque année, à l’occasion de la journée mondiale du malade et lors du dimanche de la santé, vous aurez la possibilité de recevoir, au cours de la messe, le sacrement des malades.
        Mais qu’est-ce que le Sacrement des Malades ?
        Qui peut le recevoir ?
        En quoi consiste-t-il ?
        Comment s’y préparer ?

Le sacrement de l’onction des malades est assez méconnu, il a pour but de donner une aide spéciale au chrétien confronté aux difficultés d’une maladie grave ou de la vieillesse. Tout baptisé peut recevoir le sacrement des malades chaque fois qu’il est atteint d’une grave maladie.
C’est le sacrement de la présence du Seigneur à nos côtés dans les moments d’épreuve que sont la maladie ou la vieillesse.
La célébration de ce sacrement consiste en l’onction d’huile bénite sur le front et en l’imposition des mains. Voici les mots qui accompagnent l’onction avec l’huile sainte sur le front et dans les mains des malades :
« Par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève. »
Avec l’imposition des mains, l’onction rappelle l’attention et la tendresse de Jésus Christ envers les personnes malades.
« Si l’un de vous est malade, qu’il fasse appeler les anciens de la communauté qui prieront pour lui en pratiquant une onction d’huile au nom du Seigneur. Leurs prières, inspirées par la foi, sauveront le malade, le Seigneur le relèvera, et s’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. » Jc 5, 14-15

Dans l’onction, le Christ manifeste la tendresse du Père pour celui qui souffre en donnant son Esprit, force pour lutter contre le mal.
Alors que la maladie apporte souffrance, inquiétude et peut même entamer le goût de vivre, le sacrement rappelle la dignité de chacun, raffermit la confiance, donne la force de supporter son épreuve et l’assurance qu’il la vit en proximité avec le Christ.
Signe de la tendresse de Dieu pour les malades, le sacrement pacifie et réconcilie le malade avec lui-même, avec les autres et avec Dieu.

Pour recevoir ce sacrement, il est bon d’y réfléchir avant, de bien se préparer dans la prière, de se rendre disponible au don que Dieu nous fait.
Il ne s’agit pas d’un sacrement pour une petite maladie passagère ou un léger mal-être, mais bien d’une consolation et d’une force pour l’épreuve d’une vie douloureuse ou d’angoisse.

Lazare / Luc 16 19-31 / Une homélie

D’abord il faut redire avec force : Jésus n’est pas ici en train de nous décrire ce qui nous attend après la mort.
Ce séjour des morts où l’on reçoit le contraire de ce qu’auront été nos vies : le malheur pour une vie de bonheur, le bonheur pour une vie de malheur, ce n’est pas une promesse, c’est une parabole.

Nous sommes ici dans un récit adressé à des pharisiens « amis de l’argent » dit le texte quelques versets plus haut.

Face à une parabole, nous avons souvent deux mauvais réflexes :
- D’abord vouloir décoder qui est qui. On cherche aussitôt où sont les gentils, où sont les méchants, où est Dieu, et où suis-je moi-même ?
- Et puis tirer une leçon de morale… comme si Jésus nous faisait des fables de La Fontaine.
Mais Jésus ne fait pas de leçon de morale.

Ici par exemple les deux personnages disent bien autre chose que « le méchant riche » et « le gentil pauvre ».
Il y a trop de détails qui en font des figures bizarres, complexes et excessives :
    (...)
Le problème du riche, au fond, quel est-il ?
Que sa richesse lui donne une vie où le pauvre n’existe pas.
Non pas qu’il le méprise ou qu’il l’ignore… mais que pour lui, il n’y a pas de pauvre.
Il est au portail… dehors, hors de sa vie.
Abraham ne lui reproche rien. Il n’y a pas de leçon de morale là-dedans.

Seulement, on ne peut pas vivre en vérité sans le pauvre.
On ne peut pas vivre en vérité sans le pauvre devant nous mais surtout en nous.
Car je suis riche.
Je suis riche d’abord de mon argent…
Mais je suis riche aussi de mon travail, ou de ma famille, ou des mes amours, de ma santé, de mes talents, de ma sagesse….

Mais quel terrible piège que d’ignorer que je suis aussi pauvre et nu.
Ignorer que je suis blessé et meurtri, que je suis affamé.
Je suis pauvre de mes lâchetés, de mon mauvais esprit, de mes mesquineries,
Blessé par mes deuils, mes échecs, mes silences, mes amours ratés,

(...)

Tournons-nous sans crainte vers notre Lazare intérieur, et pour cela écoutons la Loi, les prophètes et surtout celui qui est ressuscité des morts.
Notre service du frère ne peut se fonder ailleurs que dans la lecture attentive de la Parole de Dieu…
Insister pour que vous rejoigniez des groupes de lecture, ce n’est pas une coquetterie d’intello, c’est là que nous poserons les fondations de nos actions.
C’est là que nos actions pourront devenir celles du Seigneur lui-même
Car au bout du compte, n’oublions jamais :
Le Seigneur donne du pain aux affamés,
Le Seigneur délie les enchaînés
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles
Le Seigneur redresse les accablés
Le Seigneur protège l’étranger
Le Seigneur soutient la veuve et l’orphelin

Amen
Sylvain, diacre

C'est ainsi qu'il y aura de la Joie / Luc 15 1-32 / Une homélie

Une brebis perdue, une pièce perdue, un fils perdu. Le berger rassemble ses amis et ses voisins pour se réjouir et la femme fait de même avec ses amies et ses voisines. Le père, lui, organise un grand festin.
Ce Dimanche, il y a de la perte et de la joie.
Le texte de l'Évangile débute en nous relatant des pharisiens qui ruminent contre Jésus parce qu'il attire à lui les publicains et les pécheurs. Alors Jésus s'adresse à eux.
Les trois paraboles de la miséricorde sont pour les pharisiens. Elles ne sont pas pour les foules. Jésus les adresse à des gens pieux, des personnes pratiquantes, des personnes au fait de l'amour de Dieu. Les pharisiens connaissent la prière du sh'ma Israël : "Écoute Israël, L'éternel est ton Dieu, tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et tu aimeras ton prochain comme toi-même."
Jésus s'adresse à eux comme ce berger qui part à la recherche de la brebis perdue, comme la femme qui balaie sa maison pour soulever la poussière qui cache la pièce et comme ce père qui guette le retour de son fils cadet.
Les pharisiens sont souvent caricaturés, ils ne peuvent pas être aussi noirs qu'on se l'imagine. Ils ont un cœur propre à s'émouvoir, ils sont marqués comme tout homme à l'image de Dieu. C'est pourquoi Jésus s'adresse à eux. Tout homme est touché par la miséricorde du père, même ceux qui se comportent en ennemis méritent son attention.
Quand on intègre bien à qui elles s'adressent, on perçoit mieux leur composition. Et leur actualité nous saisit d'autant plus. Si parfois nous regardons les pharisiens avec condescendance, nous avons à nous interroger sur le regard que nous portons sur les autres, sur les jugements hâtifs et sans appel que nous posons.
Dans un premier temps, Jésus propose deux paraboles sur la perte.
Même si cette perte est de 1%, elle peut nous pousser hors de nous-même et nous entraîner vers un comportement incohérent, à savoir abandonner 99 brebis pour en sauver une. La perte de cette brebis est insupportable pour le berger, il va arpenter le désert jusqu'à ce qu'il la retrouve.
Et cette femme, la perte est de un pour dix. En valeur elle est dix fois supérieure à celle du berger. Mais à bien y regarder, la pièce n'est pas perdue, elle l'a juste perdue de vue, et là aussi c'est insupportable pour la femme. Cette pièce, elle est seulement recouverte de poussière, la femme ne la voit plus. Un grand coup de ménage et la voilà qui brille de nouveau.
Comme le pape François nous y invite, je pense que la première parabole nous pousse à sortir du bercail. Il faut cesser de se coucouner entre nous. Il faut cesser de se compter, de se tourner vers nous-même. Il faut s'ouvrir. C'est dans cet esprit que le conseil pastoral réfléchit à lancer le secteur vers des actions d'évangélisation, une marche de carême ouverte à tous, une initiation à la prière. Nous serons tous invités à participer et à s'investir bientôt dans ces projets. Cela n'est pas réservé aux quelques paroissiens du conseil pastoral.
La deuxième parabole, demande un effort sur nous-même. Cette maison poussiéreuse, ne serait-ce pas nous ? La poussière ne serait-ce pas notre péché ? N'avons-nous pas besoin régulièrement d'un grand coup de ménage en nous ? La richesse que nous sommes aux yeux de Dieu ne s'appauvrit-elle pas ? Cette parabole peut être un appel au sacrement de réconciliation proposé par l'Église dans sa grande sagesse.
Le fruit des deux paraboles, c'est une grande joie. C'est une grande joie qui se partage. C'est une grande joie qui se propage dans les cieux.
Et en ce qui concerne la grande parabole dite du "fils prodigue", elle s'adresse également aux pharisiens. La tradition populaire l'a nommée ainsi parce qu'elle focalise sur le fils dépensier mais elle aurait bien pu s'appeler aussi "le frère obtus".
Les pharisiens, dans cet Évangile récriminent contre Jésus parce qu'il accueille des pécheurs. Ils ne se réjouissent pas avec lui.
Dans la parabole du frère obtus, le père met pourtant tout ce qu'il peut pour que la fête soit réussie. Il soigne particulièrement ce fils retrouvé. Il le revêt du plus bel habit, signifiant ainsi l'importance qu'il a à ses yeux. Il lui passe la bague au doigt, signifiant ainsi le renouvellement de l'alliance entre le père et le fils. Il demande qu'on lui remette des sandales aux pieds, signifiant ainsi qu'ils marchent ensembles.
Mais le frère ainé refuse de se réjouir, il refuse d'entrer dans la joie du pardon. Pourtant son petit frère ne lui a rien pris. Il peut tout au plus lui reprocher la peine qu'il a fait à leur père. Mais cette peine est oubliée puisque la maison est en fête.
Christ donne à nous tes disciples la force de sortir de notre confort pour visiter les périphéries.
Christ renouvelle en nous tes disciples la joie d'être pardonné.
Christ appelle-nous toujours à partager ta joie.
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Trouver sa place / Luc 14 7-14 / Une homélie

Trouver sa place
Savoir où l’on s’assoit
(...)
Jésus nous présente une noce, une noce où les places sont libres… ce qui est difficile à imaginer pour nous aujourd’hui tant le placement des invités d’une noce est devenu une contrainte.
Et nous avons tous assisté à des mariages où quelques invités indélicats, discrètement, viennent bouger leur petit carton pour modifier un plan de table qui ne leur convient pas.
La noce du royaume n’a pas de petits cartons…
Alors, sans petit carton, trouver sa place semble bien risqué… car on peut se tromper
Parce que les places disent quelque chose de ce que nous sommes, du lien que nous avons avec celui qui nous invite…
Jésus nous révèle qu’il nous est impossible en vérité de trouver notre place dans cette noce.
Car c’est le maître de la noce qui connaît notre place… Lui seul.
Son critère, ce n’est pas l’ordre rêvé par le maître d’école, ce n’est pas la diplomatie des puissants, son critère c’est un lien d’amour
« Ami, avance plus haut »
Avance plus haut parce que ta plus haute dignité, c’est celle d’être mon ami…

L’année dernière, nous nous sommes donné une vision pastorale.
Il y est écrit :
« soyons une Eglise dans laquelle, chacun, tel qu'il est, nourri par le christ, se sent appelé à trouver sa place »
Il y aurait beaucoup à dire… mais de quelle place parlons-nous ?
C’est quoi être appelé à « trouver sa place » ?
Ce n’est évidemment pas une question de place assise sur les bancs
Avoir une place dans l’Église, ce n’est pas faire partie d’une équipe, être engagé dans un truc
Avoir une place, ce n’est pas avoir une fonction

L’évangile d’aujourd’hui nous donne une piste fondamentale, il nous sauve d’une confusion toujours possible, il nous éveille dans ce temps de rentrée sur un point crucial :
Notre place, notre juste place, elle nous est donnée
Elle est à recevoir
Elle est à accueillir de celui qui nous invite aux noces du royaume….
Ça ne nous interdit pas de chercher notre place, mais n’oublions jamais que, comme dans la parabole, c’est Lui qui vient nous chercher pour nous dé-placer !
Notre place, ce n’est pas celle que nous nous sommes choisis, ni celle où l’on se sent bien, ni celle où l’on se sent reconnu, c’est celle que lui a prévue pour nous, dans son amour.

Comme à chaque rentrée, nous regarderons avec crainte toutes les places vides dans notre paroisse, tous les lieux en souffrance, tous les lieux qui s’essoufflent faute de relève…
Comme à chaque rentrée, nous ferons des appels, nous redirons que nous avons besoin les uns des autres, que nul n’est exempté de servir…

Que nos oreilles entendent dans ces appels la voix de celui qui invite
La voix qui vient nous dire « ami, avance plus haut »
N’ayons pas peur de répondre aux appels
Ne nous drapons pas de fausses modesties (jésus ne vient pas ici nous apprendre l’hypocrisie)
Nous le savons bien, avec le Christ, s’élever c’est devenir toujours plus serviteur…
Le plus haut c’est celui qui est au plus bas
Notre Eglise n’est pas une pyramide avec les laïcs en bas et le pape en haut
Ou si c’est une pyramide, c’est une pyramide posée sur la pointe, avec tous les humains en haut et en bas, Dieu lui-même...

Que chacun, nourri par le Christ, se réjouisse de la place que le Christ lui donne.
Bonne rentrée… dans la salle des noces
Amen
Sylvain, diacre