Au risque de la Parole / Mt25 14-30 / Une homélie


« Il est où le bonheur, il est où ?» (Christophe Maé)
Je ne prétends pas que par cette homélie je puisse vous donner une réponse à cette question.
Les textes proposés par l’Eglise nous font faire comme un grand écart entre des paroles de Bonheur et « les pleurs et les grincements de dents ».
Dans le psaume que nous avons prié (ps127) les mots « heureux », »bonheur »,  « bénie » s’y répètent. Quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux sur terre ; l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison etc…
Même message dans le livre de Proverbes où l’auteur rédige ce qu’on pourrait appeler les deux béatitudes de la femme : »Heureuse est tu toi qui aimes et sers le Seigneur (crains) » et encore «  Heureuse es-tu, avec tout ton travail humble, tu crées le bonheur ».
C’est simple, non ? Quoi dire de plus….Ces textes nous orientent vers les questions du rapport entre notre foi et la recherche du bonheur dans la vie des hommes. Mais nous nous trompons si nous en restons là. La parabole rapportée aujourd’hui par Matthieu nous est si bien connue que spontanément on pourrait qualifier cet évangile d’éloge du profit. Il vanterait en effet les astucieux gérants de portefeuilles. Il inviterait au rendement maximum
Mais nous ne sommes pas ici en présence d’un plan de développement, mais d’une révélation en vue de « la venue du Seigneur ». Ce temps de la venue du seigneur c’est aujourd’hui.
La parabole est construite sur les rapports d’un maître et de trois types de serviteurs.
Quelque chose du maître est « confié » ( confiance) à chacun des serviteurs dans l’attente de son retour. Confiance du maître. A l ‘époque de Jésus un talent est un capital important, un lingot d’or qui vaut trente années de salaire : quasiment toute une vie.
Dans la construction de la parabole vous avez sans doute été frappés par la répétition, presque mots pour mots de la façon dont les deux premiers serviteurs ont fait fructifier ce qui leur était confié, selon la capacité de chacun, et comment au retour du maître ils étaient invités à entrer dans la joie du maître. Voilà le bonheur!!
Les deux premiers serviteurs ont fait fructifier les dons reçus du maître ; Ils ont géré les biens confiés comme s'ils étaient leurs biens.
Ce qui nous pose problème et nous interpelle c’est ce qui est raconté à propos du 3e serviteur.

Pour celui-ci l’argent du Maître est au Maître qu’il s’en arrange. Il pense n’avoir rien à voir avec cet argent. Et ce qui le bloque c’est sa relation agressive par rapport au Maître. SA PEUR. Il s’est laissé enfermer dans un sentiment de peur, car il a porté sur son maître un regard de défiance. Il s’enferme dans le » je sais ». » je savais que tu es un homme dur ; tu moissonnes là où tu n’as pas semé. » aussi n’ai-je pris aucun risque, et je me suis bien gardé de m’occuper de tes affaires. Certes les mains de cet hommes sont restées propres, mais elles sont aussi restées vides car même le talent confié lui sera enlevé.
S’occuper des affaires de Dieu, pourrait être une des questions que soulève cette parabole.Jésus la propose peu de temps avant sa passion. Il va en effet partir et confier à ses disciples et à leurs successeurs la mission de poursuivre l'oeuvre du Père. Aujourd'hui nous sommes en Eglise les dépositaires de cette mission.
Quel regard portons nous sur Dieu ? C’est notre regard sur le Seigneur, qui conditionne notre engagement.
La confiance fait oser et entreprendre, se dépasser. Sommes-nous actifs ou inactifs ?
« Endormis ou vigilants » comme nous y invite St Paul dans la 2e lecture.
Comment nous risquons-nous dans les affaires Seigneur au contact avec la Parole, en acceptant que cette parole nous interroge et peut être nous bouscule, sans nous enfermer dans ce que nous croyons savoir, à propos du Maître.

Voilà plusieurs dimanches que les paraboles nous parlent d’un dedans et d’un dehors. Dans celle d’aujourd’hui, le retrait de l’unique talent du 3e serviteur vient consacrer sa séparation avec le Maître.Il est voué au dehors «  la où sont les pleurs et les grincements de dents ». il a perdu le bonheur. Cette séparation est sans doute nécessaire et même salutaire.
Les grincements de dents seuls pourraient être le signe d’une colère contre ce Maître dur et exigent. Associés aux pleurs ces grincements ne seraient-il pas aussi, une colère contre lui- même au moment où il découvre ce qu’il a perdu… et où la séparation lui révèle la vérité à propos de ce maître. Ces pleurs ne sont-ils pas le premier signes de la conversion et d’un changement de regard. Une possibilité de retrouver le bonheur de la relation.
Dans cette parabole Jésus nous place dans le mouvement de sa venue. Ici rassemblés nous sommes un lieu privilégié de cette venue. Mais nous ne sommes pas rassemblés pour garder jalousement un dépôt, celui de notre foi (Credo) comme on garderait un beau et riche trésor dans un musée. Nous sommes convoqués pour nous occuper des affaires du Seigneur partout, où nous vivons, travaillons, luttons, aimons. Le seigneur nous demande de gérer le trésor de la Parole de Dieu, il faudra savoir prendre des initiatives pour qu'elle porte du fruit.
Nourris de la Parole et du Corps et du sang du Christ nous sommes non seulement les témoins de sa résurrection mais aussi les artisans de la joie du Maître pour tous les humains.
Tâche exigeante aujourd’hui, pour laquelle nous demandons que soit renouvelés les dons venus du Seigneur que nous allons recevoir dans le sacrement qui nous unis ce matin..

Robert Zimmermann
(Photo : trésor enterré à Cluny,  retrouvé en novembre 2017)

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