Jeudi Saint / Jn 13 1-15 / Une homélie


Nous nous avançons pour manger le pain rompu, et le Christ se saisit de nos pieds.
Nous venons lui présenter nos cœurs, et le Christ semble préférer nos pieds.
Nous voulons lui présenter une âme sans tâches, et il regarde nos pieds.
Nous imaginons être tout petits pour le recevoir, et c’est lui qui tombe à nos pieds.
Nous croyons faire preuve d’humilité, et c’est lui qui se met à nu.

Eucharistie et lavement des pieds, unis dans l’heure du plus grand amour.
L’amour « jusqu’au bout ».
Eucharistie et lavement des pieds pour dire la même chose, pour la participation au même repas, pour entrer dans le même événement. : avoir part avec Lui.
Deux gestes aussi incompréhensibles l’un que l’autre. Car « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » L’Eucharistie comme le lavement des pieds c’est à comprendre plus tard, il nous faudra la patience du « plus tard »… Pour le moment, le Christ ne nous demande pas de comprendre, il nous demande de nous laisser faire, de nous laisser saisir. Car en tout cela, nous ne sommes pour rien.

Nous ne sommes pas aimables, il n’a aucune raison de nous aimer, et il nous aime jusqu’au bout… et le bout de son amour, ça ne sera pas demain sur la croix, ça ne sera pas dimanche devant le tombeau vide, le bout de son amour, c’est ce soir…
Nous ne sommes pas aimables, et il fait de nous son corps, pas le corps de Jésus, le corps du Christ, le corps du Royaume.
Nous nous croyons propres, certains ont même l’audace de se croire sans péchés, et il met ses mains sur notre crasse, il nous lave… lui, nous lave.

Alors nous, que devons-nous faire ?
Consentir, nous laisser faire, nous laisser aimer. Nous taire et nous laisser aimer.
Et arrêter nos petits cinémas de piété, nos petits théâtres de pseudo-respect, tout cela est orgueil, tout cela est mise en scène.
Ne plus refuser que le Corps du Christ, maître et Seigneur, soit désormais en nous, que nous en soyons ses membres.
Ne plus vouloir que ce corps reste extérieur à nous, qu’il reste dehors, bien coincé dans son tabernacle, bien enfermé à double tour derrière sa porte qui nous préserve de sa présence.

Que devons-nous faire ? Ne plus refuser de lui donner nos pieds, nos pieds sales, salis par nos chemins de tristesse.
Accepter son pain dans nos bouches et dans nos corps.
Laisser ses mains sur nos pieds.
Laisser le maître et Seigneur à genoux devant notre nullité
Accueillir la caresse

Maintenant, certains vont se faire laver les pieds devant nous. Ils se feront laver les pieds pour nous, en notre nom, ils représentent chacun de nous.Ouvrons nos yeux, et retrouvons la stupeur qui devrait nous saisir devant ce geste.
 
Et puis, cette nuit, nous serons invités à veiller, pour demeurer dans la stupeur.
Prenons cette nuit comme l’occasion de repenser à cet amour
Prenons le silence de la nuit pour interroger cet amour
Pour que demain matin, nous venions chanter les laudes tout surpris d’être aimés
Pour que demain soir, nous soyons stupéfaits devant le bois de la croix
Pour que nous soyons noyés dans la grande nuit de samedi
Et pour que dimanche matin, enfin, nous soyons anéantis d’avoir été aimé
jusqu’au bout.    

╬ Amen
Sylvain diacre

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