La Parole de Dieu / l'édito

    Dimanche dernier, 25 janvier, l’Église fêtait le dimanche de la Parole en même temps qu’elle concluait la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Heureuse conjonction car c’est bien la Parole de Dieu qui est commune au-delà des divergences de dogme ou de rite entre les différentes confessions chrétiennes. 
    Aujourd’hui, dans notre paroisse, nous célébrons la deuxième étape vers le baptême de 15 enfants et jeunes. Cette étape célèbre le chemin parcouru par chacun à la découverte de Jésus-Christ dans le groupe de leur âge : l’Éveil à la foi, le catéchisme, l’aumônerie des collégiens ou des lycéens. Permettez-moi de remercier ici les hommes et les femmes de notre communauté qui les accompagnent en répondant à leurs questions et en témoignant par leur vie de foi. 
    Le signe proposé pour cette étape est la remise d’un livre, d’une bande dessinée ou d’une bible adaptée à leur âge. En recevant ce livre, l’enfant ou le jeune s’engage à suivre Jésus, pour mieux le connaître et mieux l’aimer. Cette Parole de Dieu se trouve dans la Bible mais pour nous, chrétiens, elle se trouve plus particulièrement dans les Évangiles. C’est là que nous rencontrons Jésus, le Fils de Dieu, celui qui nous révèle Dieu comme un Père, lui qui nous donne son Esprit Saint afin de vivre dans la Paix que Dieu seul peut donner. Paix et Joie du cœur nés de la miséricorde accueillie et donnée. 
    L’Évangile de ce jour : les Béatitudes, ce texte fameux de Saint Matthieu (chapitre 5). Il est comme un poème rythmé par ce mot ‘Heureux ou bienheureux’. Ce texte, mille fois entendu tout au long de l’année liturgique ou à l’occasion de célébrations heureuses ou tristes. Un texte comme cette façon unique qu’à Jésus de regarder le monde et les évènements et nous tourner vers un avenir au-delà des apparences. La découverte d’un espace-temps différent : le Royaume de Dieu
    Si l’Évangile est un trésor, notre patrimoine, il n’est pas fait pour un musée, il doit habiter et éclairer nos vies, nos cœurs, nos actes, nos propres paroles, c’est pourquoi il est présent tout au long de la vie de foi de chacun.  Écoute intérieure, partage en groupe, prière silencieuse, sacrements sont nourris et éclairés de la Parole de Dieu. Heureux ceux et celles qui écoutent la Parole de Dieu et la gardent dans leur cœur. 

Vincent GARROS

Semaine de prière pour l'unité des Chrétiens 2026 / l'édito

    Historiquement encadrée par la fête d’une relique attribuée au disciple de Jésus, Pierre, à Rome, célébrée le 18 janvier, et la commémoration de la conversion de l’apôtre Paul, actée au 25 janvier, cette semaine particulière semble, au premier abord, donc, plus sonner catholique à son origine remontant à l’année 1908… [Paul WATTSON, prêtre épiscopalien américain converti au catholicisme]
    Dans l’Église catholique, c’est vrai que ça remonte à cette période-là. Mais il y avait déjà des prémices avant, notamment dans l’anglicanisme. On peut aussi tracer des sources plus anciennes. La semaine qui avait été lancée par l’Alliance évangélique remonte au XIXe siècle. Bien avant, il y a eu des chrétiens qui ont prié pour l’unité et, à l’origine de tout ça, il y a la prière de Jésus même pour l’unité des disciples (Jn 17,20).
    Décider de s’unir au même moment autour d’un même sujet, au-delà des sensibilités chrétiennes différentes et des expressions de foi parfois même op-posées, envoie sans aucun doute une image particulière à la fois aux croyants qu’aux non-croyants. Pour moi, c’est précisément redonner la place à la prière de Jésus qui était soucieux de l’unité de ses disciples, parce qu’Il avait conscience que de cette unité-là, de cette communion-là, dépendait la crédibilité de la parole de l’Évangile.
    Cette année, le thème retenu est : « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance. (Ep 4, 4) ». À travers le monde, plus de 2,5 milliards de chrétiens sont ainsi appelés à prier ensemble pour l’unité de l’Église, car, à l’image des premiers disciples, sans unité en interne, pas d’impact en dehors des murs des églises. La question de l’unité, c’est vraiment une question qui traverse non seulement les relations entre les églises, mais chaque église elle-même, travaillée par des tensions, et parfois, des divisions. Et puis, c’est aussi une réalité qui concerne la vie de chacun. Finalement, nous-mêmes, on peut se sentir parfois un peu divisé en nous-mêmes.
    Cet événement annuel est une invitation effective à faire de la prière un acte de dévotion régulier, jusqu’à produire des effets notables dans le monde cette année, alors même que les tensions et instabilités ne cessent d’occuper l’actualité, et parfois, avec insistance. Un acte de dévotion et de résistance aussi. Parce que, finalement, prier pour l’unité, c’est entrer en résistance contre toutes les forces de division, qu’elles soient internes ou externes. Alors, ça me semble être un grand enjeu, non seulement pour les églises, mais aussi pour le monde. Notre monde est vraiment très divisé lui-même, de plus en plus polarisé, et manifester un désir d’unité, je crois que c’est aussi un témoignage dans le monde qu’il est possible de vivre une vie pacifiée, réconciliée.
    Cette année, la Semaine de prière pour l’unité a été préparée par les chrétiens d’Arménie, un pays qui a la foi chevillée au corps depuis longtemps, puisque, plus de 20 ans avant Rome, ce pays avait choisi la foi chrétienne pour l’ensemble de cette nation. Mais c’est un pays aussi qui a traversé beaucoup de difficultés et un peuple chrétien qui a été martyr, non seulement à travers le génocide, mais aussi à travers l’actualité d’aujourd’hui. Pour moi, c’est une manière de vivre une attention particulière avec tous ces lieux où la foi est souvent malmenée. On pense aux chrétiens d’Orient, parce que les Arméniens sont des chrétiens d’Orient, mais, en définitive, aux chrétiens qui luttent parfois pour vivre libre-ment leur foi dans différents endroits du monde.
Pasteur Pierre BLANZAT,
responsable du Service des relations avec les Églises 
chrétiennes pour la Fédération protestante de France 

Frères pêcheurs / Mt 4 12-23 / une homélie

Jésus recrute pour un nouveau métier : « pécheurs d’hommes »,« Pécheur d’humain ». L’idée lui vient en passant à côté des pécheurs de poissons. Mais, étonnement, ce n’est pas leur talent de pécheurs qui l’intéresse. Ce qui a l’air de faire de ces hommes des candidats sérieux pour le nouveau type de pèche qu’il inaugure, c’est qu’ils sont frères.
Pourquoi appeler deux fois deux frères ? Est-ce qu’on travaillerait mieux en fratrie ? Est-ce qu’on serait plus efficace ? Ou est-ce qu’on s’entendrait mieux ? On serait plus doux, plus patient, plus indulgent ?

Je me tourne vers tous ceux qui ont des frères, (et je crois que ça marche aussi entre sœurs) : Sommes-nous certains que les activités en fratries soient beaucoup plus détendues ? Beaucoup plus apaisées ?
Avez-vous déjà bricolé avec vos frères ? Avez-vous déjà partagé un canoë avec votre frère ? Combien de temps faut-il avant que l’ambiance se tende ? Avant que le ton monte ?
Ça ne veut pas dire qu’on ne s’aime pas, au contraire, mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de lien plus compliqué, tissé de souvenirs, d’histoires communes et pourtant vécues différemment, de relations verrouillées par le temps, de blessures silencieuses…

Alors, pourquoi constituer une équipe de fratries ? Il y a peut-être une réponse dans le texte de Paul : « J’ai été baptisé par Apollos, j’appartiens à Appolos », « J’ai été formé par Machin, j’appartiens à Machin »…
Double piège : d’une part les communautés se divisent parce que chacun se revendique de son héros, de son leader charismatique… D’autre part, ceux qui œuvrent à l’annonce du Royaume peuvent finir par se prendre pour la source, tout renvoyer à eux-même, faire écran, au lieu d’indiquer le Christ.
Alors, dans les cas de poussée d’orgueil, quand on prend la grosse tête, quand les pieds ne touchent plus terre, personne mieux qu’un frère pour nous faire redescendre ! Mon frère sera sans pitié pour me rappeler ma juste mesure, pour me remettre à ma place… Mon petit théâtre mondain peut fonctionner pour tout le monde sauf pour lui.

Jésus, en choisissant des frères ne se contente pas de créer une équipe soudée, pleine de bons sentiments, il inscrit au cœur de ce lien nouveau, une exigence de vérité, l’assurance d’une humilité, la capacité de pouvoir se reprendre les uns les autres, non pas dans l’amertume et le ressentiment mais dans l’amour.
La fraternité que Jésus va faire advenir, cette fraternité qui ne sera plus de sang, celle dont nous nous réclamons peut-être parfois un peu à la légère, devrait avoir ce même type de fonctionnement… cette même liberté, cette même audace.
Si mon frère est mon frère, on peut se dire les choses, on peut prendre le risque de se bousculer un peu, on peut accepter de lui des mots un peu raides… parce que quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, c’est mon frère. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, nous nous aimons.

Pêcher des humains appelle peut-être directement ce type de lien.
On est toujours un peu embarrassés par cette analogie entre la pêche de poissons et la pêche des humains… parce que c’est embarrassant de mettre les humains en position de gibier… et puis parce que les poissons, une fois pêchés, ils meurent ! Alors on contourne l’obstacle, on parle de rassemblement, les disciples auraient à ramener plein de monde dans leur grand filet, pour les offrir à l’Église, ou au Christ…

Et si l’on osait entrer dans la folie de l’image créée par Jésus ?
Comme les poissons de la pêche, ces hommes et ces femmes ne choisiront pas et ne seront pas choisis… seront pris ceux qui passaient par là.
Comme les poissons de la pêche, ils sortiront des ténèbres des profondeurs et découvriront la lumière.
Comme les poissons de la pêche, ils seront retirés de leur milieu naturel, et il faudra bien qu’ils meurent à leur vie d’avant.

Nous qui sommes du Christ, nous sommes de ces poissons, le baptême nous a fait mourir à nous-même, l’Evangile a mis un souffle nouveau dans nos poumons… et si nous nous débattons encore un peu c’est que nous refusons le passage, c’est que ce passage à la vie nouvelle nous fait encore peur. Nous voudrions parfois retourner nager tranquilles dans nos ténèbres…

Réjouissons-nous d’avoir été pêchés ! Réjouissons-nous d’avoir part à cette vie nouvelle !
Nous ne sommes plus ces poissons barbotant à l’aveugle dans la nuit, indifférents les uns aux autres, nous sommes des frères et des sœurs d’une fraternité nouvelle, que nous n’avons pas choisie mais qui surgit à chaque fois que nous consentons à devenir Fils.

Sur ceux qui nageaient dans le pays de l’ombre, une lumière a resplendi !

╬ Amen
Sylvain diacre

Chercher le silence / l'édito

    Beaucoup de personnes cherchent un sens à leur vie. Elles cherchent quelque chose de plus grand que les promesses faciles qui envahissent si souvent nos écrans. Dans l’Évangile selon saint Jean, les premières paroles de Jésus sont : « Que cherchez-vous ? (Jn 1,37) » 
Après une semaine à Taizé, lorsque l’on demande aux jeunes ce qui a été le plus important pour eux, beaucoup évoquent l’expérience du silence. Dans un monde hyperconnecté et en perpétuel mouvement, cela peut sembler surprenant. 
Quand nous prenons le temps de nous détacher des flux ininterrompus d’informations, c’est parfois dans le silence que nous nous rencontrons vraiment nous-mêmes, et que nous entrevoyons aussi une réalité plus grande. 

Dans la beauté de la création de Dieu, le souffle du vent (Jn 3, 8), le murmure d’un ruisseau et le chant des oiseaux peuvent nous envelopper et nous conduire vers ce silence intérieur où la communion avec tout ce qui existe devient tangible. Une nuit étoilée peut nous remplir d’émerveillement ! (Mt 2, 10)
Jésus est entré dans le monde silencieusement : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14). » Celui qui était auprès de Dieu et qui était Dieu avant le commencement de tout est venu demeurer avec nous par une naissance humble et pauvre, dans le silence de la nuit : la lumière qui brille dans les ténèbres.  (Jn 1, 1-5)

Ainsi, ce silence n’est pas vide. Il devient un lieu de rencontre. Dans le silence, nous ne sommes pas seuls. 
Il y a bien des siècles, quelqu’un priait : « Mon cœur me dit de ta part : “Cherche ma face !” C’est ta face, Seigneur, que je cherche (Ps 26). » Dans le silence de notre cœur, reviendrons-nous sans cesse à la recherche de Dieu ? 
Quand nous ne savons pas comment prier, l’Esprit Saint est là, priant en nous par des gémissements plus profonds qu’aucun mot. En écoutant cette part, la plus intime de notre cœur, nous pouvons comprendre que c’est là que demeure l’Esprit Saint. Je me trouve alors face à moi-même et face à Dieu, qui respire en moi. 
Dieu vivant, apprends-moi à te chercher dans le silence de mon cœur, dans la beauté de la création, dans l’écoute de ta Parole, dans l’accueil de ton humble présence. 

Frère Matthew, prieur de Taizé

J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe / Jn1 29-34 / Une homélie

Ce dimanche, l’Evangile nous donne à contempler l’œuvre de l’Esprit Saint du début à la fin.
 
Jean Baptiste n’agit pas de lui-même, il a été visité par l’Esprit-Saint. Il agit tout le long de ce passage d’Evangile sous la conduite de l’Esprit-Saint.
Comment peut-il annoncer : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » si l’Esprit-Saint ne lui a pas désigné celui qui vient.
 
Présent à de nombreuses reprises dans l’Ancien Testament, l’image de l’agneau, animal fragile et innocent, prend pleinement sa force aujourd’hui. Il prend aujourd’hui la force de la victime pascale, il représente en images, comme en message, le sacrifice ultime du Christ pour la rédemption des hommes.
 
Jean, en annonçant le messie, sait-il ce qui va se passer à la fin de la vie publique de Jésus ? Il n’y a pas de surprise pour nous qui lisons ce texte à la lumière de la résurrection. Nous connaissons la destinée de Jésus, nous savons son sacrifice. Nous sommes habitués à utiliser l’image de l’agneau pour désigner Jésus. Nous le proclamons tous les dimanches en chantant « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde prends pitié de nous ».
Tout cela est donné à Jean Baptiste par l’Esprit-Saint.
 
Ensuite vient cette phrase déroutante : « c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »
    L’homme qui vient derrière moi : cet homme c’est celui que Jean annonce. Jean est le précurseur.
    Est passé devant moi : Jean sait qu’il va s’effacer. Il va laisser la place à celui qu’il annonce.
    Car avant moi il était : Seul l’Esprit-Saint peut aider Jean à prononcer ces paroles. Paroles qui vont faire couler beaucoup d’encre sous la plume des théologiens et qui peuvent se traduire dans le CREDO par : « engendré non pas créé ». Certes Jésus est né après son cousin Jean Baptiste mais Jean sait que le Fils de Dieu est de tout temps, qu’il existe depuis bien avant lui.
Jean nous dit ensuite qu’il est venu baptiser dans l’Eau pour qu’il soit manifesté. Jean a donc agit sous la conduite de l’Esprit-Saint.
 
Enfin tout devient clair : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. », Jean Baptiste révèle comment il a su que Jésus est le Fils de Dieu. Depuis le début, l’Esprit est au travail.
 
L’Esprit Saint est donc celui qui révèle Jésus par l’intermédiaire de Jean le Baptiste. Sans l’Esprit, Jésus serait resté pour nous un personnage du passé, un homme admirable parmi d’autres. Avec l’Esprit, nous découvrons qu’il est le Fils de Dieu, il est celui qui enlève les péchés du monde.
La colombe qui est une image de l’Esprit Saint évoque pour nous la douceur, la paix, la création nouvelle. Au baptême de Jésus, l’Esprit demeure sur lui. Il nous ainsi signifié que tout ce que Jésus accomplit, il le fait sous le regard de Dieu. Toute la mission de Jésus est en cohérence avec l’Esprit : ses paroles, ses guérisons, son pardon, et le don total de sa vie.
 
Mais l’Évangile ne s’arrête pas là. Jean ajoute le pouvoir de Jésus : « celui-là baptise dans l’Esprit Saint. ». Autrement dit : ce que Jésus reçoit, il nous le donne.
 
A notre baptême, nous les baptisés avons aussi reçu l’Esprit Saint. Sans signe visible, sans colombe, sans voix du ciel. Cependant nous le recevons réellement. L’Esprit habite en nous. Il nous apprend à reconnaître Jésus, à lui faire confiance, à vivre comme des enfants de Dieu.
 
L’Esprit Saint n’est donc pas pour nous une idée abstraite. Il est présence vivante que nous pouvons éprouver. Il nous éclaire quand nous cherchons la vérité. Il nous fortifie quand nous sommes faibles. Il nous console quand nous sommes blessés. Il nous pousse à aimer quand il serait plus facile de nous fermer. Il nous invite au pardon quand notre cœur est de pierre.
 
Et plus encore, comme Jean le Baptiste, nous sommes appelés à être des témoins de l’Esprit Saint et désigner Jésus aux autres. C’est une des missions de tous les baptisés, être proche des catéchumènes et toujours leur désigner celui qu’on suit, le Christ.
 
Demandons aujourd’hui cette grâce simple, savoir dire, comme Jean, habité par l’Esprit-Saint : « J’ai vu, et je rends témoignage. »
Amen !
Dominique Bourgoin, diacre.

Baptême du Christ / Mt 3, 13-17 / Une homélie


        
Le récit du baptême de Jésus par Matthieu met en scène un dialogue entre Jésus et Jean pour nous rassurer peut-être sur la pertinence de ce geste de celui qui est reconnu sans péché. Pourquoi viendrait-il célébrer un baptême de repentance ? Jésus, en faisant ce geste, transforme ce rite de la plongée dans l’eau du Jourdain en passage comme une naissance. « Aujourd’hui, je t’ai engendré ! » entendrons-nous dans les autres évangiles. Sortir des eaux et venir au jour, à la lumière, s’ouvrir aux Cieux. Seconde naissance : naissance d’en Haut comme Jésus  l’évoquera probablement à Nicodème venu le voir de nuit : Il te faut naître d’en haut (Jn 3,7).

        Regardons, ce trois expressions de Mathieu nous parlant de ce baptême.

        Les cieux s’ouvrirent  Cette expression remonte à plus loin dans le temps. Dans l’ancien Testament, les cieux s’ouvrent ou se ferment indiquant que la parole de Dieu se fait entendre ou pas, que le peuple prie ou non. Un prophète apparaît quand les cieux s’ouvrent. Avec Jésus qui inaugure sa vie publique par son baptême, Matthieu nous indique qu’un prophète est là : la parole de Dieu par lui, se fera entendre.

        Jésus vit l’Esprit descendre comme une colombe et venir sur lui. Matthieu fait entendre à ses lecteurs que Jésus est Celui qu’Isaïe avait annoncé : un messie humble  et non violent, un serviteur de Dieu qui fera régner le droit et la justice sur la terre, faisant alliance avec Israël mais aussi lumière pour toutes les nations, ouvrant les yeux de ceux qui refusent de voir ce qui est en train de naître, de changer  et libérant ceux qui sont prisonniers de leurs ténèbres.

        Et puis une voix qui semble s’adresser à nous, auditeur : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. ! Jésus, par son baptême est révélé comme prophète, comme messie- serviteur et enfin comme fils. Et voici que Dieu se manifeste comme Père !

        Nous qui avons été baptisés ou qui nous préparons à l’être, à la suite de Jésus, c’est une nouvelle vie inaugurée, ouverte sur les Cieux, à l’écoute de la Parole de Dieu, engagée dans une filiation nouvelle qui nous mène à la fraternité universelle. Tout au  long de cette nouvelle année, faisons nôtres les paroles de Jésus que nous allons entendre, ouvrons nos cœurs à la prière et nos mains à nos frères et sœurs en Christ. Amen

Vincent Garros

Le baptême, source des sacrements / l'édito

  Ce weekend, nous fêtons le baptême de Jésus dans le Jourdain. Jésus entre dans ce geste que propose Jean, le baptiste, pour signifier une conversion, un nouveau départ. Le lieu : un fleuve qui coule du nord au sud d’Israël et se jette dans la Mer Morte, il sert de frontière. C’est ce fleuve que Josué a traversé pour entrer en ‘Terre Promise’. (Jos 3, 14-17)
  Si Jean-Baptiste propose un baptême d’eau et invite à produire des fruits dignes de la conversion (Mt 3, 8), il annonce un plus grand que lui qui baptisera dans le souffle saint et le feu. (Mt 3, 11). Aujourd’hui, le baptême des chrétiens est réalisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit : baptême d’eau, de souffle saint et de feu. Départ d’une nouvelle vie avec le Christ, sortie des eaux de la mort, vie du Christ ressuscité (Ro 6,2-11). Vivant de l’Esprit, voici l’héritage des fils par le Fils unique, Jésus, le Christ : hommes et femmes qui se tournent vers Dieu qu’ils nomment ‘Père’. (Ro 8, 14-17). 

Baptisés dans le Christ, une nouvelle façon de vivre ensemble nous est enseignée : il n’y a plus de différence entre les personnes (Ga 3, 25-29) et la grâce de Dieu est répandue au-delà de toutes frontières. (Ac 10, 34-35). Quand Pierre est témoin de l’œuvre de l’Esprit de Dieu chez Corneille, le centurion romain, il le baptise, lui et ceux de sa maison. (Ac 10, 47).

    Aujourd’hui, l’initiation chrétienne nous fait célébrer le baptême puis la confirmation comme deux étapes d’une même réalité : l’adhésion à Jésus, le Christ. Alors, admis à l’Eucharistie, nous recevons ce sacrement qui nous met en communion par Jésus-Christ au Père de qui vient toute grâce et à de multiples frères et sœurs proches ou lointains. 
Cette communion nous oblige à plus de solidarité et de justice. La dynamique de Pentecôte se manifestant à la fois par une louange au Seigneur au-delà des mots (Ac 2,4) et par le partage des biens (Ac 2, 44).
    C’est dans cette foi célébrée au baptême que se vivent les autres temps de la vie chrétienne : mariage, ordination, sacrement de la réconciliation ou des malades. Chacun de ces moments offre l’occasion de réaffirmer notre foi en Dieu, de découvrir davantage Jésus dans sa Parole et dans son Eucharistie et de vivre dans le souffle saint qui fait naître d’en Haut (Jn 3, 4-8).

Vincent GARROS