Jésus recrute pour un nouveau
métier : « pécheurs d’hommes »,« Pécheur
d’humain ». L’idée lui vient en passant à côté des
pécheurs de poissons. Mais, étonnement, ce n’est pas leur talent
de pécheurs qui l’intéresse. Ce qui a l’air de faire de ces
hommes des candidats sérieux pour le nouveau type de pèche qu’il
inaugure, c’est qu’ils sont frères.
Pourquoi appeler deux fois
deux frères ? Est-ce qu’on travaillerait mieux en fratrie ?
Est-ce qu’on serait plus efficace ? Ou est-ce qu’on
s’entendrait mieux ? On serait plus doux, plus patient, plus
indulgent ?
Je me tourne vers tous ceux
qui ont des frères, (et je crois que ça marche aussi entre sœurs) :
Sommes-nous certains que les activités en fratries soient beaucoup
plus détendues ? Beaucoup plus apaisées ?
Avez-vous déjà bricolés
avec vos frères ? Avez-vous déjà partagé un canoë avec
votre frère ? Combien de temps faut-il avant que l’ambiance
se tende ? Avant que le ton monte ? Avant que les remarques
assassines ne se fassent entendre ?
Ça ne veut pas dire qu’on
ne s’aime pas, au contraire, mais il faut bien reconnaître qu’il
n’y a pas de lien plus compliqué, tissé de souvenirs, d’histoires
communes et pourtant vécues différemment, de relations verrouillées
par le temps, de blessures silencieuses…
Alors, pourquoi constituer une
équipe de fratries ? Il y a peut-être une réponse dans le
texte de Paul : « J’ai été baptisé par Apollos,
j’appartiens à Appolos », « J’ai été formé par
Machin, j’appartiens à Machin »…
Double piège : d’une part
les communautés se divisent parce que chacun se revendique de son
héros, de son leader charismatique… D’autre part, ceux qui
œuvrent à l’annonce du Royaume peuvent finir par se prendre pour
la source, tout renvoyer à eux-même, faire écran, au lieu
d’indiquer le Christ.
Alors, dans les cas de poussée
d’orgueil, quand on prend la grosse tête, quand les pieds ne
touchent plus terre, personne mieux qu’un frère pour nous faire
redescendre ! Mon frère sera sans pitié pour me rappeler ma
juste mesure, pour me remettre à ma place… Mon petit théâtre
mondain peut fonctionner pour tout le monde sauf pour lui.
Jésus, en choisissant des
frères ne se contente pas de créer une équipe soudée, pleine de
bons sentiments, il inscrit au cœur de ce lien nouveau, une exigence
de vérité, l’assurance d’une humilité, la capacité de pouvoir
se reprendre les uns les autres, non pas dans l’amertume et le
ressentiment mais dans l’amour.
La fraternité que Jésus va
faire advenir, cette fraternité qui ne sera plus de sang, celle dont
nous nous réclamons peut-être parfois un peu à la légère,
devrait avoir ce même type de fonctionnement… cette même liberté,
cette même audace.
Si mon frère est mon frère,
on peut se dire les choses, on peut prendre le risque de se bousculer
un peu, on peut accepter de lui des mots un peu raides… parce que
quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, c’est mon frère. Quoi qu’il
dise, quoi qu’il fasse, nous nous aimons.
Pêcher des humains appelle
peut-être directement ce type de lien.
On est toujours un peu
embarrassés par cette analogie entre la pêche de poissons et la
pêche des humains… parce que c’est embarrassant de mettre les
humains en position de gibier… et puis parce que les poissons, une
fois pêchés, ils meurent ! Alors on contourne l’obstacle, on
parle de rassemblement, les disciples auraient à ramener plein de
monde dans leur grand filet, pour les offrir à l’Église, ou au
Christ…
Et si l’on osait entrer dans
la folie de l’image créée par Jésus ?
Comme les poissons de la
pêche, ces hommes et ces femmes ne choisiront pas et ne seront pas
choisis… seront pris ceux qui passaient par là.
Comme les poissons de la
pêche, ils sortiront des ténèbres des profondeurs et découvriront
la lumière.
Comme les poissons de la
pêche, ils seront retirés de leur milieu naturel, et il faudra bien
qu’ils meurent à leur vie d’avant.
Nous qui sommes du Christ,
nous sommes de ces poissons, le baptême nous a fait mourir à
nous-même, l’Evangile a mis un souffle nouveau dans nos poumons…
et si nous nous débattons encore un peu c’est que nous refusons le
passage, c’est que ce passage à la vie nouvelle nous fait encore
peur. Nous voudrions parfois retourner nager tranquilles dans nos
ténèbres…
Réjouissons-nous d’avoir
été pêchés ! Réjouissons-nous d’avoir part à cette vie
nouvelle !
Nous ne sommes plus ces
poissons barbotant à l’aveugle dans la nuit, indifférents les uns
aux autres, nous sommes des frères et des sœurs d’une fraternité
nouvelle, que nous n’avons pas choisie mais qui surgit à chaque
fois que nous consentons à devenir Fils.
Sur ceux qui nageaient
dans le pays de l’ombre, une lumière a resplendi !
╬ Amen
Sylvain diacre

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire