Nous
voilà donc aujourd’hui face à un évènement qui a de quoi nous
laisser comme les apôtres, hébétés, le nez en l’air, figés
dans l’incompréhension. Jésus
s’en va.
On
avait cru qu’il partirait, comme tout le monde, le jour de sa mort.
Descendu de la croix, on l’avait mis dans son tombeau, mort,
vraiment mort.
Mais
quand pour nous le départ est définitif, lui était revenu. Pendant
quarante jours, il marche encore sur les chemins, se promène dans
les jardins, rend visite à ses amis, fait des grillades sur la
plage.
La
mort n’était pas le départ.
La
mort n’est plus le départ.
Aujourd’hui,
il part.
Il
part pour de bon, d’une manière inédite : il monte au ciel. Il
s’élève et à peine élevé, une nuée le cache aux regards de
ceux qui sont là : il n’y a plus rien à voir… C’est
d’ailleurs très exactement ce que viennent leur dire deux hommes
en blanc : « circulez, y’a rien à voir ».
Le
problème, le paradoxe, c’est que ce même Jésus, au moment du
départ, fait une promesse : « Et
moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Alors ?
Comment comprendre ?
Il
s’en va vers le ciel, et dans le même temps nous assure de sa
présence à nos côtés chaque jour. Son
corps est définitivement retiré du monde, ses pieds ne toucheront
plus terre, il change de lieu plus radicalement qu’il ne l’avait
fait par sa mort, et, en même temps, il nous affirme qu’il est
avec nous, avec nous dès maintenant, au moment où il le dit… et jusqu’à
la fin.
Deux
solutions peut-être au problème :
-
Soit les textes se contredisent… c’est un collage… on se sait
pas trop… c’était une manière de dire…
-
Soit nous n’avons toujours rien compris à la question du ciel.
Je
choisis la deuxième hypothèse.
Depuis
le baptême de Jésus, nous vivons sous un ciel déchiré. Quand
il sort de l’eau, le ciel se déchire.
Il
y avait deux mondes, deux espaces, imperméables l’un à l’autre
Il
y avait le monde de Dieu et le monde des hommes
Il
y avait le ciel et la terre.
C’était
séparé, c’était ordonné, c’était clair.
Et
quand par exemple, les hommes de Babel voulaient construire une tour
assez haute pour aller voir un peu du côté du ciel, Dieu
s’arrangeait pour que tout rentre dans l’ordre.
Mais
par Jésus, le ciel est déchiré, le ciel descend sur la terre, le
ciel fait sa demeure chez nous.
Par
le Christ, le ciel et la terre sont mélangés… « sur la
terre comme au ciel ».
Désormais,
nous découvrons que nous sommes habitants du ciel… et si nous
avons un peu d’oreille, qu’il nous arrive d’en parler la
langue.
Je
ne suis pas en train de parler d’un délire mystique : dans
un geste qui libère, dans une parole qui relève, dans un regard qui
dit « tu es mon frère… tu portes la dignité des fils de
Dieu », dans un pardon qui délie, parfois même dans un
silence qui donne de la place, qui permet la respiration, le souffle… dans
tout cela, nous sommes du ciel. Ou
plutôt, le ciel fait de nous ses témoins, nous témoignons du ciel.
Jésus
peut rejoindre le ciel et nous promettre sa présence, parce que nous
sommes nous-même au ciel. C’est notre lieu, c’est notre maison.
Ce
que Jésus rejoint, ce n’est pas la stratosphère, ce ne sont pas
les beaux nuages blancs semés de roses… Jésus rejoint le Royaume. Le
Royaume des cieux. Et
le royaume des cieux il est au travail en chacun de nous. Ne le
cherchons pas ailleurs qu’en chacun de nous. Chacun
de nous le porte en gestation… il grandit dans le secret,
silencieux, patient, dans la chair de chacun de nous.
« pourquoi
restez-vous là à regarder vers le ciel ? »
N’avez-vous
rien compris ?
Il
n’y a rien à voir là-haut ! Il n’y a rien là-haut.
« Circulez,
y’a rien à voir ! » Bougez-vous !
Nous
sommes désormais la part de ciel que le monde attend, la part de
ciel pour les Nations, c’est à dire pour les autres.
Fondés
dans le ciel, nous sommes membres du corps du Christ qui est
l’Église. Hors de ce Corps nous ne sommes plus rien… si chacun
reste dans son coin à chercher Dieu dans les nuages, nous sommes
perdus.
Le
ciel est déchiré pour toujours.
Le
ciel et la terre s’embrassent.
Nous
marchons parmi les anges.
Nos
pieds foulent les chemins du ciel,
et
nous partageons le pain du ciel.
Nous
ne sommes témoins de rien d’autre
╬ Amen
Alleluia !
Sylvain
diacre

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