LE PÉCHÉ DANS L’ÉGLISE

     L'Église ne peut pas être conçue autrement que comme le peuple eschatologique de Dieu cheminant à travers les temps, annonçant la mort et la résurrection du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne (1 Cor. 11,26). Mais cette marche eschatologique est souvent comprise de façon trop abstraite. Si nous parlons de l’Église en marche, au sens biblique, il faut aller plus loin : l'Église est appelée itinérante, parce que le peuple, dans toutes les difficultés et les souffrances de cette vie, n'est pas sans faute, sans péché. Les hommes de ce monde constatent souvent que l'Église concrète est très différente de celle que décrivent théologiens et prédicateurs. La théologie a l'air de décrire l’Église des saints ; sa vie, cependant, semble témoigner de l'Église des pécheurs. 
    Voilà la réponse à cette question posée très souvent aux chrétiens d'aujourd'hui. Si notre réponse veut convaincre les hommes d'aujourd'hui, elle ne doit pas être triomphante et mensongère, mais réaliste et totalement sincère, c'est-à-dire que nous n'avons pas le droit, sur cette terre, de proclamer seule-ment l’ecclésiologie de la gloire, qui relève de la fin des temps. Quand nous parlons de l'Église en marche, nous devons toujours partir de l'ecclésiologie de la croix. Nous croyons et confessons l’Église sainte. Mais cette sainteté n’est pas la sainteté parfaite de Dieu qui est - comme nous le chantons - « seul saint ». La sainteté de l’Église est exposée continuellement au péril de la tentation. Au Christ seul, non à l’Église, s'applique : Lui qui a été éprouvé en tout de la même manière que nous, à l‘exception du péché (He 4,15). Mais ce qui convient à l’Église, c’est : ‘Approchons-nous avec assurance du trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune’ (He 4,16). Elle veut, et doit être, et elle est, la communion des saints selon la volonté du Christ, mais dans cette situation d’itinérance, communion de pécheurs et donc communion de pénitents. L'Église est dans le monde, mais le monde est aussi dans l'Église : le lieu du combat entre la grâce et le péché est le cœur de l’homme. « En effet, autre est ce que nous voulons parce que nous vivons dans le Christ, autre ce que nous voulons parce que nous vivons encore dans ce monde », (St Augustin). La sainteté propre à l'Église exige d'elle qu'elle soit toujours à nouveau l’Église repentante, et qu'elle implore très humblement de Dieu le pardon de ses péchés.

Mgr Stéfan LASZLO (Autriche 1913-1995)


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