Tenons bons dans le Seigneur Jésus / Lc9 28-36 / Une homélie


En première lecture ; tirée du livre de la Genèse, nous avons entendu la description d’un rite païen d’alliance. Un sacrifice d’animaux, leur sang répandu à travers lequel « un brasier fumant et une torche enflammée passèrent. Rite ancestral. Ce qui est nouveau c’est l’intervention de Dieu « Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham ». Ce rite païen transformé en une promesse C’est le début de l’histoire Sainte, la promesse de Dieu.

Dans une des prières eucharistiques prononcée par le célébrant nous entendons :
Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit, qu’elles deviennent pour nous le Corps et le sang de Jésus le Christ Notre Seigneur
Et encore la Parole même de Jésus :
« Prenez et buvez-en tous car ceci est la coupe de mon Sang, le Sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés »

Voilà comment s’accomplit la promesse de l’Alliance : par la mort de Jésus, son sang versé. Le sang répandu toujours signe de sa mort et de son sacrifice et qui par le mystère de sa résurrection de la nuit de Pâques, devient promesse de résurrection, promesse de vie, la vie éternelle.
Comment ne pas évoquer maintenant et ici le sang versé par toutes les victimes de l’histoire et de notre temps. Les martyrs qui témoignent ; Les victimes de la violence, du terrorisme, de la haine, de la mégalomanie et de la guerre comme ces temps-ci les victimes ukrainiennes et russes.

Et voici que l’Eglise dans la même liturgie nous propose ce récit du Mont Thabor.
Ce Thabor c'est la montagne de la splendeur, de l'éblouissement, de la métamorphose. Un coin du voile se lève, un rayon de la gloire divine s'échappe du corps de Jésus, quelques jours avant sa passion.
Alors l'entourent les hommes de la Montagne. Ceux du Sinaï et de l'Horeb. Moïse qui dans le fracas de l'orage entra dans la nuée pour sceller l'alliance. Elie pour qui la rencontre ce fut le bruit d'une brise légère, d'un souffle fragile. ("silence subtil" trad de Chouraqui). Ce n’est pas un film à grand spectacle qui est proposé.
Moïse et Elie comme pour signifier que Jésus est bien celui dont tout l'Ancien testament préparait la venue. Ils apparaissent aussi dans la gloire. Leur gloire est d’avoir porté une annonce et une attente
Il est important je crois de ne pas perdre de vue que l'événement étonnant rapporté par Luc se passe en présence des trois apôtres / Pierre , Jacques et Jean
Ils avaient tout quitté pour suivre Jésus. Au long des mois passés sur les routes avec lui, ils l'ont vu vivre avec eux, comme eux; ils ont bien pris conscience du mystère de leur maître et au prix de conversions successives parfois éphémères ils ont comme Pierre l'exprime , un peu avant, reconnu qu'il était le Messie .
Mais voilà que Jésus les bouscule, les déboussole en leur annonçant sa passion. Dans peu de temps le corps de Jésus sera défiguré, couronné d’épines, mourant en croix dans le silence de la non-intervention de Dieu.
Mais là au Thabor c’est Dieu lui-même vient répondre au scandale suscité par l'annonce du Destin du Fils de l'homme.
Mais s'il n’y a au Thabor, ni tempête, ni souffle, voilà qu'une nuée vient interrompre l'installation et dans la nuée une parole
« Voici mon Fils, mon bien aimé, écoutez-le ».
La même parole prononcée au Jourdain. Mais cette fois cette parole semble s'adresser aux disciples et à travers eux à nous. Pour eux et pour nous est manifesté le lien unique entre le fils et le Père. Dans ce Jésus qu'il pensait connaître surgit une figure nouvelle.
Le Fils vient nous dire par sa transfiguration, qu’il y a en chaque humain une capacité de Dieu.
La lumière sur la face du Christ révèle notre vrai visage. Elle projette sur nous l'éclat de notre vocation de Fils et de filles de Dieu, au-delà de tout ce qui brouille si souvent l'image de Dieu en nous. Car l’homme est souvent un miroir déformant dans lequel il devient impossible de lire Dieu

Pendant le carême ne sommes-nous pas appelés à porter notre regard sur la " face " de notre être, sur la face de tout humain où se reflète " l'image et la ressemblance de Dieu"
Nous pouvons alors nous rappeler que c'est à cet endroit caché en tout homme que devient possible une relation filiale avec le Père, fraternelle avec le Christ et avec les autres. Découvrir la lumière du Christ sur les visages et dans les cœurs. Porter un regard qui soit un cadeau d'espérance, jusque dans nos ténèbres
Nous sommes invités aussi à ne pas faire obstacle à la nouveauté radicale qui mûrit mystérieusement en nous.
Pour laisser surgir du neuf dans nos vies et dans nos relations dans notre fraternité. Même dans ce qu'il y a de plus quotidien et de plus ordinaire. Nous avons vraiment besoin de nous désencombrer pour aller au Christ et pour que sa Parole nous transfigure.

Il va nous falloir descendre de la montagne ; Nous ne pouvons pas nous installer, nous enfermer dans nos rites, dans nos célébrations aussi belles soient elles.

Au Mt Thabor la vision a disparu. Mais il reste cette parole "Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le», qui est comme une parole de tendresse, une grande lumière qui accompagnera Jésus lors de sa traversée de la mort. Cette parole est à présent gravée dans notre chair humaine. Cette tendresse est aussi pour notre temps au milieu des tribulations, de nos peurs, de nos doutes.
Cette tendresse et aussi pour l’Eglise que nous sommes tous ensemble. Qu’elle n’oublie jamais que l’Esprit Saint elle est avant tout le Corps du Christ et non une institution à animer

Redescendons de la montagne, faisons silence encore quelques semaines avant que soit manifestée la lumière qui nous transforme. Mais que dès maintenant l’Eucharistie que nous allons célébrer ensemble, nous unisse à la divinité de celui qui a pris notre humanité.

A L’appel de Paul, nous qui sommes ici rassemblés…. « TENONS BON DANS LE SEIGNEUR JESUS »

Robert Zimmermann
diacre

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