Le maître de maison sort pour embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Pas
un mot sur le travail qui leur est demandé.
Pas
un mot sur leurs compétences.
Tout
homme se tenant sans rien faire sur la place est possiblement un
ouvrier pour la vigne, il n’y a pas d’entretien d’embauche, pas
de bilan de compétences.
(...)
Peu
lui importe le temps de travail, peu lui importe la motivation ou la
bonne volonté, il veut donner. Comme si le travail de la vigne était
seulement un prétexte pour donner en retour.
Au
fond, ce qu’il donne, ce n’est pas un salaire. Un salaire doit
être proportionné à la quantité ou à la qualité du travail. Il
ne s’agit pas de ça ici.
Il
donne ce qu’il a envie de donner.
Et,
comme il le dit lui-même, « je vous donnerai ce qui
est juste ». Ce qu’il donne, c’est justice.
Justice
selon ses pensées, pas selon le droit du travail.
Justice
selon son chemin, pas selon le chemin des hommes.
« mes
pensées ne sont pas vos pensées, vos chemins ne sont pas mes
chemins ».
Quand
les ouvriers du matin récriminent, quel est l’objet de leur
récrimination ?
« Tu
fais d’eux nos égaux »
En
leur donnant la même chose qu’à nous, tu nous rends égaux.
Et
bien oui, la logique du royaume semble bien être celle-là :
qui que nous soyons, quoi que nous fassions, du moment que nous nous
tenons dans la vigne, nous recevons ce qui nous rend égaux.
Il
n’y a plus de différence entre nous
Il
n’y a plus de hiérarchie, de préséance, de leaders et de
suiveurs… de premiers et de derniers.
Le
maître, par son bon vouloir, parce qu’il est juste et parce qu’il
est bon, ne fait pas acception des personnes, il donne à chacun la
même chose et chacun devient l’égal de l’autre.
Si
nous tentons de sortir de la parabole
- Où
est la vigne où le Seigneur nous envoie ?
Je
n’en sais rien. n’allons pas trop vite à imaginer la réponse.
Peut-être
simplement est-ce là où sa parole nous envoie.
Alors
ça peut être partout. (...)
- Quel
est notre travail dans la vigne ?
Simplement
y être.
Simplement
accepter de s’y tenir parce que le Seigneur nous y a envoyés.
Laissons
tomber nos fantasmes d’efficacité, de rendement, cessons de croire
qu’il veut que nous soyons le meilleur ouvrier du mois.
Il
recrute de tout, il embauche n’importe qui, il n’a aucun souci de
nos capacités, de notre leadership (voilà un mot atroce qui
s’invite dans nos formations diocésaines* !).
(...)
- Qu’est-ce
qu’il nous donne ?
La
seule chose qu’il peut donner : son amour.
Le
don unique, systématique, identique pour chacun, c’est son amour.
Il
n’est pas possible pour lui d’en donner plus aux uns et moins aux
autres… son amour est indivisible, il n’y a pas de petites doses
et de grandes portions. Des petites doses pour les petits ouvriers
maladroits et de grandes portions pour récompenser les leaders
hyper-efficaces.
Nous
voilà égaux. Egalisés par son amour. Unifiés, liés, reliés,
fraternisés par le don de son amour. Un don qui échappe à toute
logique, qui échappe à toute mesure.
« mes
pensées ne sont pas vos pensées, vos chemins ne sont pas mes
chemins ».
(...)
╬ Amen
Sylvain
diacre
*La fabrication de leaders est absolument contre-évangélique. L'Evangile travaille au surgissement de Serviteurs, de témoins, de disciples, de Saints, de Fils....jamais de leaders.

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