Je n’ai assassiné personne.
Je ne connais pas la femme de mon voisin, je n’ai pas répudié mon
épouse, et je ne crois pas avoir fait le moindre serment au
Seigneur. Donc, jusqu’ici, tout allait bien.
Nous étions sereinement assis
sur une vieille parole, entendue depuis les anciens, qui nous dictait
le minimum pour vivre en humains, pour vivre en société : « Tu
ne tueras pas. Tu ne convoiteras pas la femme d’un autre. Tu seras
fidèle à tes serments… »
Mais voilà que quelqu’un
s’autorise à dire « Mais »…. « Mais moi je
vous dis »
La Parole elle-même prend la
parole. Le Verbe de Dieu vient préciser les choses, il vient les
compléter, il vient les accomplir… et là tout se complique.
J’entends tout à coup que
se mettre en colère contre mon frère, c’est la même chose que de
le mettre à mort. Le traiter de « fou », c’est un
meurtre.
J’entends que regarder une
femme, n’importe laquelle, avec un regard qui est plus qu’un
regard, c’est commettre l’adultère.
J’entends que l’adultère
ne se commet pas seulement dans un lit, mais d’abord dans le cœur.
J’entends des histoires
effrayantes d’œil et de main dont il vaut mieux se séparer s’ils
risquent de nous faire tomber.
Notre première réaction,
c’est souvent de se dire que Jésus vient tout compliquer, qu’il
vient pousser le curseur de la morale et de la culpabilité à un
niveau d’exigence terrifiant. Il resserre les boulons, verrouille
tout, pose un cadre encore plus étroit que ne le faisait la loi des
anciens.
Quand j’étais enfant, nous
avions un jeu, complètement idiot, qui consistait à fabriquer avec
une feuille de papier pliée une sorte de figure articulée qu’on
appelait « shadock ». On demandait à notre camarade un
chiffre au hasard, ce chiffre ouvrait à un choix de couleur, et, en
dépliant le rabat correspondant, on découvrait une phrase imbécile
qui nous faisait rire.
Jésus, est en train, non pas
d’ajouter de la loi à la loi, mais de soulever le rabat qui
cachait ce qu’était réellement la loi.
Il n’est pas en train de
prolonger la loi sur une morale nouvelle, il est en train de déplier
la loi. Il ne modifie rien, il fait un travail de lecture. Et il est
seul à pouvoir le faire car il est lui-même la Parole. C’est déjà
sa voix qui parlait aux anciens, mais avant sa venue, personne
n’avait encore déplié la loi.
Déplier « Tu ne tueras
point », c’est entendre : ta colère à pouvoir de vie
et de mort sur ton frère… on ne tue pas qu’avec des armes
Déplier « Tu ne
convoiteras pas la femme d’un autre », c’est entendre :
il y a des manières de regarder qui sont pires que des mains
prédatrices. Il y a des cœurs qui sont plus crasseux que des hôtels
de passes.
C’est pour ça qu’il ne
faut pas perdre un iota de la loi, le plus petit signe de l’Ecriture,
le point sur le i. Si nous passons à côté du petit détail, celui
qui nous paraît inutile, insignifiant, nous risquons de rater ce qui
se cachait sous le rabat, ce qu’il fallait déplier…
Jésus ne donne pas un tour de
vis pour mieux nous condamner, il ne cherche pas à ouvrir des pièges
nouveaux pour nous y faire tomber, il nous révèle ce que c’est
que la Parole : le contraire du discours.
On appelle souvent bêtement
ces chapitres de Matthieu « le discours sur la montagne »…
mais c’est tout sauf du discours ! Ici, tout de nos vies est
engagé, tout est percuté, au-delà même de la question de la loi,
dans ce que ça révèle de la puissance des mots.
Et nous découvrons que là où
nous étions bien installés, nous étions hors-la-loi… Tous, par
nos paroles, nos colères, nos regards, nos liens tordus, nous voilà
hors-la-loi… il n’y a plus les bons et les méchants… ne
restent que des hommes et des femmes sauvés par pur amour…
indépendamment de nos mérites… Le Christ viens sauver des
hors-la-loi, il vient donner sa vie pour eux !
« Vous avez entendu,
mais moi je vous dis »
Aurons-nous des oreilles pour
entendre à nouveau ?
Saurons-nous déplier nos
oreilles ?
Saurons-nous déplier nos vies
pour que se manifeste enfin ce qui est caché sous le rabat ?
le
rabat-Joie !
╬ Amen
Sylvain diacre

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