Maître des eaux profondes / Lc 5 1-11 / Une homélie

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Dans nos vies aussi, nous avons nos eaux profondes.
Nous pouvons avoir la sensation que nous nageons dans nos vies comme suspendus au-dessus du vide, au-dessus d’un monde dont nous ne voyons rien…

Ce peut être un avenir incertain. On aimerait bien y deviner quelques points de repère, discerner un peu le paysage vers lequel on s’avance… mais l’horizon est bouché, on nage un peu à l’aveugle, sans idée de ce qui nous attend.
Cette angoisse de l’avenir, elle peut être individuelle, mais elle peut aussi être collective : nos incertitudes sur l’avenir de notre planète, de nos systèmes démocratiques, du futur de l’Église….
Nager au-dessus du vide, c’est probablement aussi la sensation de chacun quand il pense à sa propre mort…. On aimerait bien voir quelque chose dans cette affaire, y discerner un peu de solide… mais on ne voit que du bleu, de plus en plus profond, de plus en plus mystérieux.
Enfin nager en eaux profondes, c’est souvent l’impression que l’on a dans notre vie intérieure, au profond de notre intimité…
quand on a l’impression de ne plus rien comprendre à nos vies, de ne plus rien attendre de nos vies….
quand on a l’impression d’avancer dans la vie sans plus savoir ni pourquoi ni comment, quand nos repères se sont effacés peu à peu à mesure que le fond s’éloigne,
quand notre vie intérieure n’est plus pour nous qu’un grand flou qu’on imagine aussitôt peuplé de créatures dangereuses : nos colères, nos lâchetés, nos rancœurs… tout ça comme autant de vilains poissons nageant dans l’invisible.

Nous n’aimons pas les eaux profondes.
Elles nous font peur parce que nous n’y maîtrisons rien.
Elles nous font peur parce qu’elles sont pleines d’inconnu…
« Avance en profondeur et laissez descendre les filets »
 
(...)
Jésus répond : « sois sans crainte »
Ne crains pas les eaux profondes, ne crains pas tes profondeurs, ne crains pas ce que tu imagines qui se tient là….
Jésus est maître des eaux profondes, il sait ce qui s’y tient et ce n’est pas cela qui l’intéresse en nous. « Désormais ce sont des hommes que tu prendras »,
désormais, qu’importent les poissons, tous les vilains poissons réels ou imaginaires de tes angoisses ou de ton péché, désormais, c’est l’humain qui sera ton objet, c’est vers l’humanité que je t’envoie, c’est là que j’ai besoin de toi.
Jésus nous détourne de notre obsession de l’inconnu qui nous terrifie, il nous tourne vers ce qui fait de nous des hommes et des femmes et il nous tourne vers l’autre.
Sois sans crainte, occupe-toi donc un peu de ton frère.
 
 « Alors ils ramenèrent les barques au rivage…. [parce que c’est là que mon frère m’attend] et, laissant tout…. [parce que les poissons qui nagent en eaux profondes ne sont plus mon affaire], ils le suivirent…. [parce que sans lui devant moi, le gouffre s’ouvre à nouveau sous mes pieds.] »

╬ Amen
Sylvain, diacre

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