Les sourds et le pape ; des rencontres

     

Nous sommes partis samedi matin pour arriver à Lourdes vers midi. Après avoir déjeuné et installé notre campement, nous avons rejoint le groupe des sourds dans l’une des salles du sanctuaire. Nous avons retrouvé avec joie nos amis, Frère Xavier LOPINET (op), Nelly et bien d’autres.
Après ce temps de retrouvailles, nous nous sommes placé le long du parcours pour attendre le passage du pape.
Vincent, qui est l’un des descendants de Bernadette et qui travaille au sanctuaire, est ensuite allé rejoindre le carré des VIP. Lors de la visite du pape à la grotte, il a eu la joie de lui remettre un cierge que le pape a ensuite allumé. Ce fut un premier moment fort de ce week-end.

Le dimanche, à 7 heures, nous avons retrouvé le groupe. Nous sommes ensuite allés dans la prairie, dans le carré qui nous était réservé. Nous étions très, très bien placés.
Au cours de la cérémonie, trois personnes de notre groupe ont eu la joie d’apporter les offrandes au pape. Pour elles, ce fut un moment particulièrement fort et une grande joie. À la fin de la messe, nous sommes partis rapidement, afin de rejoindre le secteur de la Maison Notre-Dame.
Nous avons croisé Monseigneur JAMES, qui est venu saluer le petit groupe que nous formions. Il était heureux de nous rencontrer et a pris quelques instants pour échanger avec nous.

Puis le responsable du site nous a remis nos passes. Nous avons alors été installés à côté des reporters et des tribunes de presse. On nous avait expliqué que le pape prendrait du temps avec nous et ferait le tour de la place afin de rencontrer les personnes présentes.
Avec un volontaire, nous avons réussi à franchir un barrage humain afin de permettre à Jean d’être placé au premier rang. Finalement, il a pu saluer le Saint-Père. En voyant son regard, nous avons pu mesurer toute sa fierté et toute sa joie. Il était profondément heureux d’avoir vécu ce moment. Pour nous aussi, ce fut un instant particulièrement émouvant de le voir vivre cette rencontre.
 
Ces deux journées à Lourdes auront été riches en rencontres, en émotions, en moments de partage et de fraternité. Entre les retrouvailles avec nos amis, les cérémonies, la rencontre avec le pape et surtout la joie de Jean lorsqu’il a pu saluer le Saint-Père, nous avons vécu des moments forts que nous garderons longtemps dans nos mémoires.

Cédric, Pierre et Jean LHERMITTE

Rien de ce monde ne nous est indifférent / L'édito

   Une nouvelle année se met en place petit à petit après la grande rupture des vacances d’été bouleversées par les grands feux dans notre région et d’autres catastrophes exceptionnelles dues au dérèglement climatique. En ce weekend où nous fêtons St François d’Assise, voici quelques passages de l’encyclique ‘Loué sois-tu’ du pape François.
        Saint François, fidèle à l’Écriture, nous propose de reconnaitre la nature comme un splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté : ‘La grandeur et la beauté des créatures font contempler, par analogie, leur auteur’ (Sg 13,5) (n°12)
        Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. (n°13)
        Le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels pour notre humanité. (n°25)
        Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes …(n°26)
        L’eau potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques. (n°28)
        L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. (n° 95)
        La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent être exclus. (n°159).

        Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? (n°160)

Aux Captifs la libération / l'édito

Ce week-end, la visite du Pape Léon XIV en France est un évènement marquant. Dans son programme, au milieu des méga-rassemblements, nous n’avons peut-être pas relevé un moment discret : samedi matin, le Pape rencontrera en visite privée l’association « Aux captifs la libération ». Une trentaine de jeunes des « captifs » seront encore au Stade de France à la veillée, et 250 à la messe du dimanche.

Le nom de l’association est tirée du texte d’Evangile dans lequel Jésus annonce qu’il est venu « annoncer aux captifs la libération ».
Au début des années 80, le Père Patrick Giros a voulu prendre soin des gens de la rue : SDF, personnes en situation de prostitution.
Son intuition, c’est que ces personnes ont d’abord besoin d’être reconnues comme des personnes à part entière, avant d’être des personnes précaires. Si elles sont « captives » de la pauvreté ou de la violence du monde de la prostitution, chacun de nous est lui-même « captif »… de ses préjugés, de ses blessures, de son histoire…
La rencontre est donc possible d’égal à égal.
Mais pour cela, il faut sortir d’une logique de « dette », et donc, oser une rencontre « les mains nues». Les bénévoles iront vers ces personnes les mains vides, sans rien d'autre à leur donner qu'une parole, un sourire, une poignée de main. Sans jugement, sans discours prosélyte,. Demander des nouvelles, s’inquiéter de leur état, plaisanter avec eux, les écouter, et, parfois (souvent), prier ensemble…

A Bordeaux, l’antenne de l’association se concentre uniquement sur les personnes en situation de prostitution. pour créer ce contact de confiance et de dignité. Chaque semaine, une petite équipe de bénévoles se retrouve dans le quartier Belcier. Avec régularité et fidélité, ils vont à deux ou trois, la nuit, sur les lieux de prostitution pour tenter de créer ce lien fragile et ténu qui réaffirme la dignité de ces personnes.
Une fois par mois, un temps prière est organisé : une « prière rue », qui rassemble les bénévoles et ceux et celles qui veulent se joindre à eux.

Le monde de la prostitution est un monde en pleine mutation (réseaux sur internet, prostitution des mineurs, prostitution « logée »…) inscrit dans un paysage urbain lui-même en constante évolution. Il est de plus en plus difficile de rencontrer les personnes en situation de prostitution, rejetées aux marges de la ville, invisibilisées.
L’Association a besoin de renforts pour défricher de nouveaux terrains !

Publicains et prostituées / Mt 21 28-32 / Une homélie


Il y a donc ceux qui disent « non » et qui font « oui », et ceux qui disent « oui » et qui font « non ». Et au bout du compte, la seule chose qui importe, c’est d’avoir « fait » et pas d’avoir « dit ».
Ces deux enfants de parabole peuvent bien dire ce qu’ils veulent, ce que le Père attend d’eux, ce n’est pas de parler, c’est d’aller à la vigne. Car ce sont deux grands enfants, de jeunes adultes. L’âge où l’on apprend qu’il y a une distance possible avec ses parents, et que, dans cette distance, il y a la place pour un libre choix, la place pour de la révolte ou pour de l’obéissance.
Le Père demande d’aller travailler à la vigne, je suis libre de lui répondre ce que je veux, je suis libre de faire sa volonté ou de rester sur le canapé…

En face de ces deux enfants, Jésus pose un autre binôme : les publicains et les prostituées.
Je m’interroge sur ce couple étrange : « publicains et prostituées ».
Les prostituées ne sont pas si nombreuses dans l’Evangile. Chez Matthieu, elles n’apparaissent que dans ce texte, et on en trouve un écho chez Luc dans la parabole du fils prodigue… et c’est tout… nulle part ailleurs il n’est question de prostituées. Or elles ont ici une importance considérable puisqu’on apprend qu’avec les publicains, elles nous devancent dans le Royaume. Ce n’est pas rien !

On nous dit que ce sont des figures de pécheurs irrécupérables qui se sont repentis et c’est pour ça qu’ils ont ce privilège, d’entrer avant nous dans le royaume. Mais rien dans le texte ne dit ça. Ceux qui ont à se repentir, ce sont les grands prêtres. Ce qui caractérise les publicains et les prostituées, c’est qu’ils ont cru. Ils ont entendu la Parole, là où les grands-prêtres sont restés sourds.
Ce n’est pas une question de péché, c’est une question de foi, et, comme toujours, c’est donc une question d’oreilles.

Les publicains et les prostituées ne sont pas des pécheurs. Pas plus que vous et moi.
Le péché c’est toujours le fruit de ma liberté. Le péché, c’est mon œuvre, c’est mon choix. Le péché, c’est refuser d’entendre la voix du Père qui me veut dans la vigne, c’est refuser d’entendre la voix qui m’attend sur les chemins de justice. Le péché, c’est refuser le désir du Père pour moi, refuser d’être aimé… pour mille raisons. Mais refuser, c’est encore un acte de liberté : L’enfant qui dit « non », il découvre, en disant « non » qu’il est libre.

Le publicain, il ramasse les impôts… il n’a pas le choix, on ne lui demande pas son avis. Il se tait et il ramasse l’argent des uns pour le donner à d’autres.
Cet argent n’est pas le sien. Rien ne lui appartient. Il perd jusqu’à sa réputation et ne gagne que de la honte.
La violence de l’argent et de ceux qui le possèdent le tient sous sa domination.

La prostituée, rien ne lui appartient plus, ni son argent (car l’argent qu’elle gagne n’est pas pour elle), ni son désir, ni son temps, ni son nom, ni sa voix, ni même son corps devenu marchandise. Elle perd tout et ne gagne que de la honte.
La violence de l’argent et de ceux qui le possèdent la tient sous sa domination.

Le publicain et la prostituée comme figures du non-choix, de la non-liberté. Le publicain et la prostituée comme ceux qui, du fond de l’ultime humiliation entendent la voix, entendent là où personne n’entend. Contraints au silence, ils répondent avec une joie débordante à la voix du Père.
Bien sûr qu’ils nous précèdent dans le Royaume !! Pour eux, les portes du royaume s’ouvrent sans réserve, il ne leur sera rien demandé… puisqu’ils sont au plus bas, puisqu’ils sont sans parole, puisqu’on leur a tout pris. Ils sont dès aujourd’hui dans le Royaume.

Et nous qui jouissons de notre liberté, nous qui sommes en mesure de choisir, vers où dirigerons-nous nos pas ? Vers qui se tourneront nos oreilles ?
Aurons-nous la foi des publicains et des prostituées ?
Serons-nous capables d’apprendre d’eux ?

Le Père n’attend pas de nous de beaux discours, de grandes déclarations, des « oui » enflammés ou des « non » d’enfants gâtés… Il nous demande de travailler à la vigne, c’est à dire de prendre soin du fruit, de veiller à ce qu’il ne se perde pas.
╬ Amen
Sylvain diacre

Parce que personne ne nous a embauchés / Mt 20 1-16 / Une homélie

Ce dimanche, nous apprenons que le royaume des cieux est comparable à une entreprise qui est injuste. Elle rémunère à la même hauteur, ceux qui ont peiné une journée de travail à la vigne, et ceux qui se sont contentés d’une petite heure de travail ! Les derniers embauchés ne sont même pas fatigués, aucune auréole de sueur ne souille leur vêtement et ils reçoivent la même rétribution que les premiers embauchés ! Où est la justice dans cette affaire !

Or, Jésus, ce dimanche, nous enseigne par sa parabole que le royaume des cieux n’est pas comparable à une entreprise. La loi, la justice qui y sont appliquées ne se basent pas sur le mérite, la quantité ou le rendement.

En ce lieu, le royaume des cieux, la justice de Dieu s’applique. Il s’agit d’une justice qui se fonde sur la dignité, le besoin et la grâce. Dieu ne donne pas au prorata, il donne en totalité.

Nous pouvons nous poser la question suivante : pourquoi ces ouvriers n'ont-ils pas travaillé plus tôt ? La réponse dans l’Evangile est poignante : « Parce que personne ne nous a embauchés. »

On découvre que ce ne sont pas des paresseux. Ce sont tout simplement des oubliés du système.

Ce sont peut-être des personnes qui ne sont pas adaptés à des règles soumises au mérite, à la quantité ou au rendement.

Or, le maître de la vigne, celui qui règne sur ce royaume ne supporte pas que des personnes restent sur le bord du chemin sans utilité ni dignité. L'appel à la dernière heure montre que pour Dieu, il n'est jamais trop tard.

Pourquoi n’ont-ils pas répondu dès la première heure ? Une infinité de raisons justifie cela sans pour autant porter un jugement négatif.

Peut-être ne se sentaient-ils pas suffisamment qualifiés pour répondre à l’invitation ?

Peut-être sont-ils arrivés avec retard sur le lieu de l’embauche ?

Peut-être étaient-ils distraits au moment de l’appel et ils ne l’ont pas entendu ?

Peut-être ont-ils un handicap qui les empêchent de tenir debout toute une journée de travail ?

Bien d’autres états expliquent pourquoi ils n’ont pas répondu dès le matin.

Le denier reçu pour une heure de travail, les rétablit dans leur dignité, il efface ce qui pourrait les stigmatiser.

Qu’importe la valeur intrinsèque de la pièce d’argent, l’important c’est qu’ils sont reconnus dans leur dignité à l’égal de ceux qui ont travaillé toute la journée.

Cette parabole entre en résonance avec celle du bon larron dans l’évangile de Luc au chapitre 23. Il est une illustration concrète de l'ouvrier de la onzième heure. Cet homme, condamné à mort, converti dans les derniers moments de sa vie, reçoit la même promesse du Royaume que les apôtres qui ont tout quitté depuis le début : « Aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».

Et nous, comment nous situons-nous devant la parabole des ouvriers de la onzième heure ?

Les médias rappellent sans cesse la volonté politique de combattre les fraudeurs à l’assurance maladie, à l’assurance chômage, nous promettant de récupérer une manne financière importante.

Toutes ces informations nous invitent à la logique du mérite, de la quantité ou du rendement.

Voilà pourquoi ce texte choque nos critères humains de justice, et c'est pourtant là que réside le cœur du message.

Dieu ne donne pas au prorata, il donne en totalité et la justice de Dieu se base sur la dignité, le besoin et la grâce.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Amen !

Dominique Bourgoin, diacre.

Les églises de Maisonnées - L'édito

 L'historien de l'Antiquité peut donner un contenu sociologique à ce qui est devenu un concept usuel de l'ecclésiologie, celui d’ « Église domestique », et faire réfléchir aux leçons de l'histoire. L'exercice est d'autant plus périlleux que la « maison » n'a jamais été un concept simple, non plus que la « famille », comme en témoignent les lexiques grec et latin. En grec, langue des communautés chrétiennes jusqu'à la fin du IIe siècle, la « famille » était désignée par le mot ‘oikos’ qui mettait l'accent sur une unité d'habitation incluant des biens et des personnes, tandis qu'un terme apparenté, ‘oikia’ [qui a donné œcuménisme NDLR], le faisait porter sur les gens et la structuration communautaire. Paul, comme ses contemporains, emploie l'un et l'autre.
 
        En latin, le même mot ‘domus’ désignait un habitat familial ainsi que le groupe plus ou moins étendu qui y demeurait ; pris au sens de « maisonnée », il était plus utilisé que ‘familia’. L'expression « Église domestique » s'inspire d'une désignation latine technique – ‘domus ecclesiae’, la « maison de l'Église » - inventée au XXe siècle pour rendre compte des plus anciens lieux chrétiens connus, identifiés dans des maisons particulières. Dans la mesure où les aménagements architecturaux reflètent les comportements sociaux, on a étendu ce concept à une forme de l'Église et à une période de son histoire, celle des origines.
 
        Ainsi reconnue comme le cadre et la modalité de la première évangélisation, l'Église « domestique » est aujourd'hui proposée comme une alternative aux célébrations communautaires publiques, en cas d'impossibilité, mais surtout comme un modèle de lieu de vie chrétienne résistant au monde séculier : « faire Église en sa maison », c'est vivre à I ‘échelle intime et particulière ce qui est maintenant en place dans l'Église universelle. L'histoire peut-elle se répéter ?
 
        Replacer la première mission chrétienne dans son cadre authentique conduit à inventorier les potentialités de la maisonnée antique, avec toujours le même souci d'éviter les anachronismes. La maisonnée antique ne se réduisait pas à la famille nucléaire, mais rassemblait un groupe plus large, comprenant les époux, les enfants, les domestiques et toutes les personnes vivant sous le même toit. Envisagée sous l'angle du droit et celui du vivre ensemble, elle permet d'examiner de nombreuses questions et conduit à s'interroger sur les relations qui s'établissaient entre ses membres ainsi que sur la structuration communautaire d'un groupe diversifié. Les maisonnées chrétiennes fonctionnèrent- elles comme un laboratoire d'expériences et d'idées quand il s'est agi de confronter les enseignements de l'Évangile et l'amour du prochain avec un droit et une pratique fondée sur l’autoritarisme ?
Marie-Françoise BASLEZ
« Histoire des premières communautés chrétiennes »
 - pp14-15- -Éditions TALLANDIER