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La boue du Parlant / Jn 9 / Une homélie

Depuis sa naissance, cet homme ne connaît que la nuit, et voilà que la lumière du monde s’approche de lui. Alors, il se passe ce que personne n’attendait : l’homme se met à parler.
Et tout se met à parler autour de lui : les voisins, les parents, les pharisiens, les juifs… et tous lui demandent de refaire le récit, et tous l’obligent à parler.

Jésus lui n’est pas là, et personne ne sait où il est.
Il attend.
Il attend le moment favorable pour revenir vers cet homme. Il attend le moment où cet homme sera « jeté dehors », hors des ragots des voisins, hors de la lâcheté des parents, hors de la mesquinerie et des raisonnements tordus des pharisiens.
Pour que la rencontre se fasse enfin, il faut d’abord que l’homme soit expulsé de toutes les machines aveugles et sourdes dans lesquelles il est coincé. Expulsé, jeté dehors, comme un enfant sort du ventre de sa mère.

Alors la vraie question, la seule qui soit vraiment importante peut enfin être posée :
« Crois-tu au fils de l’homme ? » « Et qui est-il ? » « Tu le vois, c’est le parlant à toi »
C’est comme ça que dit le texte : « le parlant à toi »
La semaine dernière déjà, quand la Samaritaine interrogeait Jésus sur le Christ, il lui répondait : « c’est moi, le parlant à toi »

Le Fils de l’homme, le Christ, c’est le parlant
Le parlant absolu, le parlant par définition
Le seul qui parle vraiment, qui parle en vérité
La Parole véritable.
Nous étions nés aveugles
Nous étions du peuple qui marchait dans la nuit.
On se fabriquait des fausses lumières, on suivait des phares qui n’étaient que des lucioles, on mettait nos vies dans les mains d’aveugles comme nous qui se disaient plus éclairés que nous… c’était du mensonge, du discours, du bruit.
Nos vies étaient prisent dans les machineries redoutables des voisins, des parents et des champions de la loi.
La peur du regard des autres, le souci de plaire, de correspondre à la belle image, aux bonnes normes du bon voisinage… surtout que rien ne dépasse.
La peur du regard de nos familles, tout ceux qu’il ne faudrait surtout pas décevoir, tout ceux qu’il faudrait aimer absolument… même s’ils ne sont pas aimables, même s’ils nous laissent mendiants au bord de la route.
La peur du jugement des gardiens de la loi et de la morale. Les donneurs de leçons, les gardiens du temple, tout ceux qui pensent Dieu, qui pensent pour Dieu, qui parlent à sa place…

Mais la lumière du monde est passée près de nous,
Elle a nous a donné l’onction de sa salive mélangée à la poussière du sol
Nous avons été sali de cette boue bienheureuse, de la boue des origines, de la boue du Verbe créateur.
Et en sortant de l’eau qui nous a lavés, nous avons été jetés dehors, expulsés du monde, expulsés de la ténèbre, expulsés de notre génération, du commun des mortels. Nous sommes devenus « enfants de la Lumière ». Le monde des ténèbres n’a plus de prise sur nous…
    A moins que…
A moins que nous ne désirions ardemment retourner dans les structures de mort qui sont si puissantes, si séduisantes au fond, si rassurantes même parfois.
Nous sommes toujours libres d’aller nous blottir, roulés en boule, sous le discours étroit de la loi, de la culpabilité, du jugement du monde, du regard qui condamne, nous pouvons aller dormir bien au chaud dans la nuit du péché.

Ou alors, entendre la question du parlant
Du seul qui peut, qui sait, parler : « Crois-tu au fils de l’homme ?»
                                                    Crois-tu au parlant ?

Réveille-toi, ô toi qui dors,
relève-toi d’entre les morts,
et le Christ t’illuminera.
╬ Amen
Sylvain, diacre

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