Depuis
sa naissance, cet homme ne connaît que la nuit, et voilà que la
lumière du monde s’approche de lui. Alors,
il se passe ce que personne n’attendait : l’homme se met à
parler.
Et
tout se met à parler autour de lui : les voisins, les parents,
les pharisiens, les juifs… et tous lui demandent de refaire le
récit, et tous l’obligent à parler.
Jésus
lui n’est pas là, et personne ne sait où il est.
Il
attend.
Il
attend le moment favorable pour revenir vers cet homme. Il
attend le moment où cet homme sera « jeté dehors »,
hors des ragots des voisins, hors de la lâcheté des parents, hors
de la mesquinerie et des raisonnements tordus des pharisiens.
Pour
que la rencontre se fasse enfin, il faut d’abord que l’homme soit
expulsé de toutes les machines aveugles et sourdes dans lesquelles
il est coincé. Expulsé,
jeté dehors, comme un enfant sort du ventre de sa mère.
Alors
la vraie question, la seule qui soit vraiment importante peut enfin
être posée :
« Crois-tu
au fils de l’homme ? » « Et
qui est-il ? » « Tu
le vois, c’est le parlant à toi »
C’est
comme ça que dit le texte : « le parlant à toi »
La
semaine dernière déjà, quand la Samaritaine interrogeait Jésus
sur le Christ, il lui répondait : « c’est moi, le
parlant à toi »
Le
Fils de l’homme, le Christ, c’est le parlant
Le
parlant absolu, le parlant par définition
Le
seul qui parle vraiment, qui parle en vérité
La
Parole véritable.
●
Nous
étions nés aveugles
Nous
étions du peuple qui marchait dans la nuit.
On
se fabriquait des fausses lumières, on suivait des phares qui
n’étaient que des lucioles, on mettait nos vies dans les mains
d’aveugles comme nous qui se disaient plus éclairés que nous…
c’était du mensonge, du discours, du bruit.
Nos
vies étaient prisent dans les machineries redoutables des voisins,
des parents et des champions de la loi.
La
peur du regard des autres, le souci de plaire, de correspondre à la
belle image, aux bonnes normes du bon voisinage… surtout que rien
ne dépasse.
La
peur du regard de nos familles, tout ceux qu’il ne faudrait surtout
pas décevoir, tout ceux qu’il faudrait aimer absolument… même
s’ils ne sont pas aimables, même s’ils nous laissent mendiants
au bord de la route.
La
peur du jugement des gardiens de la loi et de la morale. Les donneurs
de leçons, les gardiens du temple, tout ceux qui pensent Dieu, qui
pensent pour Dieu, qui parlent à sa place…
Mais
la lumière du monde est passée près de nous,
Elle
a nous a donné l’onction de sa salive mélangée à la poussière
du sol
Nous
avons été sali de cette boue bienheureuse, de
la boue des origines, de la boue du Verbe créateur.
Et
en sortant de l’eau qui nous a lavés, nous
avons été jetés dehors, expulsés
du monde, expulsés
de la ténèbre, expulsés
de notre génération, du
commun des mortels. Nous
sommes devenus « enfants de la Lumière ». Le
monde des ténèbres n’a plus de prise sur nous…
A
moins que…
A
moins que nous ne désirions ardemment retourner dans les structures
de mort qui sont si puissantes, si séduisantes au fond, si
rassurantes même parfois.
Nous
sommes toujours libres d’aller nous blottir, roulés en boule, sous
le discours étroit de la loi, de la culpabilité, du jugement du
monde, du regard qui condamne, nous pouvons aller dormir bien au
chaud dans la nuit du péché.
Ou
alors, entendre la question du parlant
Du
seul qui peut, qui sait, parler : « Crois-tu
au fils de l’homme ?»
Crois-tu
au parlant ?
Réveille-toi,
ô toi qui dors,
relève-toi
d’entre les morts,
et
le Christ t’illuminera.
╬ Amen
Sylvain,
diacre

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